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Affronter glace, vents et marées

Semaine du lundi le 7 avril 2003

Le 11 avril 1903, comme chaque année à la fonte des glaces, la navigation ouvre à la hauteur de Québec, sur la voie maritime du Saint-Laurent. Célèbre pour son chenal tortueux, ce fleuve est si difficile à parcourir que les navires étrangers doivent avoir recours aux services de professionnels : les pilotes du Saint-Laurent.

Certains pilotes de l'année 1899

Quelques pilotes de l'année 1899
© Photo de J.-E. Livernois
Avec la permission des Archives de la
Corporation des pilotes du Bas Saint-Laurent

L’histoire du pilotage sur le Saint-Laurent débute en 1647 avec Abraham Martin, dit l’Écossais, premier pilote du Roi. Dès 1671, le Collège de Québec, dirigé par les Jésuites, fonde l’École royale de mathématiques et d’hydrographie pour enseigner le métier aux aspirants pilotes. Un finissant, Richard Testu de La Richardière, devient le premier pilote d’origine canadienne. En plus de piloter sur le fleuve, il sonde les bas-fonds et les rives du fleuve au printemps ; durant la saison de navigation, il place des bouées qu’il retire à l’automne ; enfin, il veille à la construction de phares et effectue des relevés hydrographiques.

Sous le régime français, les pilotes conservent une terre qu’ils exploitent pour assurer leur subsistance. Puis, à partir de 1760, ils se consacrent entièrement à leur profession. Le gouvernement britannique accorde plus d’attention à la protection du commerce et des navires : il adopte notamment une série de lois pour réglementer le pilotage. En avril 1762, le gouverneur Murray fonde deux stations de pilotage : la première à l’île du Bic et la seconde à l’île aux Coudres. Dès 1805, Pointe-au-Père devient le lieu de rendez-vous des pilotes.

Jusqu’en 1860, les pilotes se font libre concurrence. Depuis leur chaloupe à voiles ou leur goélette, ils offrent leurs services aux navires européens qui pénètrent dans le golfe ou le fleuve Saint-Laurent. La forte concurrence les incite à prendre des risques importants et bon nombre perdent la vie. Le 19 mai 1860, à la demande des pilotes, une loi du Parlement du Canada-Uni met fin à la libre concurrence et crée la Corporation des pilotes pour le Havre de Québec et au-dessous. Tout pilote breveté se doit maintenant d’y adhérer.

De l'océan Altantique au lac Supérieur,<br>la voie maritime du Saint-Laurent<br>s'étend sur 3 700 km.

De l'océan Atlantique au lac Supérieur,
la voie maritime du Saint-Laurent
s'étend sur 3 700 km.

© Parcs Canada / Émilie Paquin

Au début du 20e siècle, Pointe-au-Père devient l'unique station d’embarquement et de débarquement des pilotes en aval de Québec. En 1960, le gouvernement fédéral octroie une charte à un groupe de 67 pilotes de la circonscription de Québec. Ceux-ci forment dès lors la Corporation des pilotes du Bas Saint-Laurent. Puis, en 1961, la station de Pointe-au-Père est transférée aux Escoumins, où elle se trouve encore aujourd’hui.

Le regroupement et le rôle des pilotes du Saint-Laurent ont été désignés événement d’importance historique nationale parce qu’ils ont marqué l’histoire de la navigation sur le fleuve pendant plus de 350 ans et que leur travail était directement lié au développement et à la prospérité économique du Canada.

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