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L'orange et le vert s'affrontent

Semaine du lundi le 8 juillet 2002

Le 12 juillet 1847, des émeutes éclatent entre orangistes et catholiques irlandais dans trois villes du Nouveau-Brunswick. Dans les années qui suivront, la violence escaladera, résultat des luttes sociales qui accompagnent l'essor démographique en Amérique du Nord.

Des émigrants irlandais quittant leur pays

Des émigrants irlandais quittant leur pays
© Bibliothèque et Archives Canada / C-003904

Au début du 19e siècle, la population du Nouveau-Brunswick est en grande partie composée de Loyalistes et de protestants qui ont des liens économiques, politiques et culturels étroits avec la Grande-Bretagne. Plusieurs vagues successives d'immigrants irlandais vont changer la dynamique dans la colonie, notamment entre 1815 et 1854. De 1845 à 1848, la maladie de la pomme de terre fait des ravages en Irlande et des milliers d'immigrants pauvres affluent au Nouveau-Brunswick et ailleurs en Amérique du Nord. Leur arrivée crée des tensions au sein du marché du travail et des pressions pour les institutions sociales de la province. La communauté irlandaise catholique en place s'efforce d'accueillir les nouveaux arrivants, mais de nombreux protestants s'inquiètent de cette augmentation soudaine du nombre de catholiques.

Cette angoisse est particulièrement palpable parmi les membres de l'Ordre d'Orange, une organisation protestante extrémiste originaire d'Irlande. Force politique dans la plupart des colonies de l'Amérique du Nord britannique, l'Ordre d'Orange réunit des protestants d'origines diverses qui se méfient des catholiques en général et des catholiques irlandais en particulier.

Aux yeux de nombreux orangistes et d'autres protestants, les catholiques irlandais sont des fauteurs de troubles pauvres et ignorants, qui envahissent les colonies. Beaucoup pensent que les catholiques irlandais constituent une menace pour les principes britanniques de liberté et de justice. À certains endroits, l'Ordre d'Orange n'hésite pas à intervenir directement lorsqu'il considère que les autorités n'en font pas assez pour mettre les catholiques à leur place.

L'île Partridge et le port de Saint John

L'île Partridge et le port de Saint John
© Bibliothèque et Archives Canada / C-008744

Des émeutes éclatent tout au long des années 1840, mais la période de 1847 à 1849 est particulièrement difficile. Le 12 juillet 1847, les orangistes de Woodstock, de Fredericton et de Saint John organisent des défilés dans leurs villes pour célébrer l'anniversaire de la victoire protestante lors de la Bataille de la Boyne, en 1690. Ils se font un point d'honneur de traverser les quartiers catholiques, où des fidèles se massent rapidement le long des rues. Des affrontements sanglants ont lieu : les blessés sont nombreux, sans compter plusieurs décès.

Vers le milieu des années 1850, les démonstrations violentes sont chose du passé, mais la tension persiste entre les orangistes et les catholiques irlandais. Les émeutes ont démontré toute la difficulté d'intégrer des communautés rivales dans les économies embryonnaires de l'Amérique du Nord britannique du 19e siècle. À Saint John, la Station de quarantaine de l'île Partridge, point d'entrée de beaucoup d'immigrants irlandais au Nouveau-Brunswick, est un lieu historique national. Elle est aujourd'hui le symbole des mouvements de population de l'époque.

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