Cette semaine en histoire

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Un endroit bien à eux

Semaine du lundi le 11 février 2002

Le 12 février 1999, le gouvernement du Canada désigne l'établissement de Buxton un lieu historique national du Canada. Cette communauté, l'un des terminus du chemin de fer clandestin, rappelle qu'avant l'abolition de l'esclavage aux États-Unis, bien des Américains d'origine africaine ont fui vers le Haut-Canada, en quête de liberté.

Plan de la colonie d'Elgin (Buxton) dans le canton de Raleigh, comté de Kent, Canada Ouest par J.S. Wilson, Lith., 1866

Plan de la colonie d'Elgin (Buxton)
dans le canton de Raleigh,
comté de Kent, Canada Ouest
par J.S. Wilson, Lith., 1866

© Archives de l'Ontario / C 279-0-0-0-3

C'est un missionnaire et un ministre presbytérien, le révérend William King, qui fonde l'établissement en 1849 avec 15 anciens esclaves. D'abord appelé établissement d'Elgin en l'honneur du gouverneur général de l'époque dont King est l'ami, il est situé dans ce qui constitue aujourd'hui le sud-ouest de l'Ontario. Il représente la tentative de loin la plus réussie d'installation des réfugiés de l'esclavage dans des établissements ruraux distincts où ils peuvent acheter des terres.

L'établissement compte 9 000 acres de terres qui sont vendues en lots de 50 acres au prix de 125 dollars chacun. Des règles strictes régissent la communauté. Chaque famille doit gagner l'argent nécessaire à l'achat de son lot et du matériel nécessaire pour l'exploiter - aucune aide sociale n'est permise. L'ivresse et le crime ne sont pas tolérés. En moins d'un an, les colons doivent avoir défriché six acres, creusé un fossé d'irrigation et construit une maison mesurant au moins 24 pi sur 18 pi sur 12 pi, à 33 pieds de la rue. Chaque maison doit avoir une véranda et un jardin entouré d'une clôture de piquets blancs. De plus, pendant une période de 10 ans, on interdit aux colons de vendre ou de louer leur propriété à des Blancs. Ces mesures favorisent l'émergence d'une communauté modèle stable.

L'ancienne école no 13 de Raleigh, construite en 1861
© Parcs Canada / W. Wylie / 1993

Les réfugiés affluent à Buxton. En 1859, plus d'un millier de personnes y vivent. L'établissement prospère et compte, outre les exploitations familiales, trois églises, trois écoles intégrées, deux hôtels de tempérance, un magasin général, un bureau de poste, une forge, une scierie, une briqueterie, un moulin à broyer le grain et une fabrique de potasse. L'école fondée par le révérend King dispense un enseignement de telle qualité que les enfants blancs du voisinage insistent pour y étudier. À une époque où ailleurs, les écoles publiques sont souvent interdites aux Canadiens d'origine africaine, de nombreux diplômés de cette école feront des études post-secondaires et poursuivront de belles carrières.

Au début de la guerre civile américaine, en 1860, de nombreux résidents de Buxton partent combattre dans les rangs de l'armée de l'Union afin de mettre un terme à l'esclavage. À la fin de la guerre, certains reviendront à Buxton, mais d'autres regagneront leur État natal et participeront à la Reconstruction. Comme beaucoup d'autres communautés rurales, Buxton voit sa population décliner au fil des ans, mais le lieu historique national de l'Établissement-de-Buxton témoigne de la foi et de la volonté de ces réfugiés qui ont fait du Canada leur demeure.

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