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La Grosse Île

Semaine du lundi le 11 mai 1998

Le 14 mai 1847, arrive à la Grosse Île, le premier bateau de la saison clémente. La petite station de quarantaine, située à quelques milles du port de Québec, se prépare à accueillir des milliers d'immigrants malades et affamés, surtout en provenance d'Irlande. Commence alors le pire été des 105 ans d'existence de la station de quarantaine de la Grosse Île.

Émigrants irlandais partant de Cork

Émigrants irlandais partant de Cork
© Bibliothèque et Archives Canada / C-3904

En 1815, à la fin des guerres de Napoléon, le Canada devient la destination de milliers d'immigrants de Grande-Bretagne et d'Irlande. À cette époque, Québec est le plus grand port d'entrée du pays. En 1831-1832, le choléra rapporté d'Inde fait des ravages en Angleterre, et beaucoup d'immigrants malades arrivent au Canada. Pour protéger les habitants de Québec et de Montréal, les autorités coloniales décident de bâtir une station de quarantaine à la Grosse Île. Après cette première crise, on agrandit la station, mais personne n'est préparé à recevoir la vague d'immigrants irlandais qui arrivent à l'été de 1847. Les événements tragiques qui se déroulent sur la Grosse Île cette année-là sont imputables à la Grande Famine qui sévit en Irlande entre 1845 et 1849. Ce sont des années sombres de l'histoire de l'Irlande. En dix ans à peine, la population de ce pays passe de 8 millions à moins de 6 millions. Plus d'un million de personnes meurent de faim, de maladies et de malnutrition et un autre million choisit d'émigrer. Encore de nos jours, la population d'Irlande est inférieure à ce qu'elle était en 1841.

Cette Grande Famine atteint son point culminant en 1847. Au port de Québec et à la Grosse Île, la situation devient rapidement tragique. On doit, en une seule saison, accueillir plus de 100 000 immigrants alors que les arrivages des années précédentes se situaient en moyenne autour de 25 000 à 30 000 personnes. Ces immigrants, qui sont en très grande majorité d'origine irlandaise et donc déjà affaiblis par la malnutrition et la famine, voyagent entassés à bord de voiliers insalubres et impropres au transport des humains. Ils arrivent dans un état déplorable et plusieurs sont malades, victimes du typhus qui prend rapidement l'ampleur d'une épidémie.

Vue aérienne de la Grosse Île

Vue aérienne de la Grosse Île
© Parcs Canada

En 1847, le nombre de décès est effroyable : plus de 5000 en mer et 5424 inhumations à la Grosse Île. Des milliers d'autres personnes sont mortes à Québec, Montréal et Kingston. Quand la nouvelle du drame se répand, une vague de compassion soulève la population. Des centaines d'orphelins irlandais sont recueillis par des familles québécoises qui les élèvent comme leurs propres enfants. La tragédie qu'ont vécue les Irlandais a amené le personnel de la station (autant des militaires que des bénévoles) à poser des gestes héroïques et courageux. Certains ont perdu la vie en apportant aide et consolation aux malheureux.

En 1850, la Grande Famine n'était plus qu'un cauchemar. Après la création de la Confédération, le gouvernement du Canada resserre les mesures de quarantaine touchant les navires qui transportent des passagers malades. La Grosse Île continue de fournir des services jusqu'en 1937. En 1974, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada a désigné lieu historique national la Grosse Île et le mémorial des Irlandais.

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