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Une diva canadienne

Semaine du lundi le 30 octobre 2000

Connue des amateurs d'opéra de toute l'Europe, Emma Albani, née le 1er novembre 1847 à Chambly (Québec), fut la première cantatrice canadienne à se distinguer sur la scène internationale.

Emma Albani

Emma Albani
© BAC / C-049491

Dès sa tendre enfance, Marie Louise Emma Cécile Lajeunesse suit une formation musicale avec son père, qui est maître de musique. Accompagnée au piano par sa soeur, elle commence à chanter en public à huit ans et fut invitée, alors qu'elle était adolescente, à chanter comme soliste à l'église St. Joseph d'Albany, dans l'état de New-York. Elle acquit une telle renommée dans cette ville qu'une collecte fut organisée pour qu'elle puisse aller parfaire son art en Europe. Certains croient qu'elle aurait choisi son nom d'artiste, Albani, pour rendre hommage, dans une certaine mesure, à la générosité des habitants de la ville.

Elle se rendit à Paris pour étudier auprès de Gilbert Louis Duprez, ténor à la retraite. Par l'entremise de ce dernier et de Madame de Lafitte, chez qui elle avait pris pension, elle se forgea des relations au sein de la cour impériale. Lors d'un bal, un prince italien impressionné par son talent l'invita dans son pays. Elle partit juste à temps, la guerre franco-prussienne étant sur le point d'éclater.

Lorsque l'argent commença à manquer, son nouveau professeur, Francesco Lamperti, prit rapidement les arrangements nécessaires pour sa première réprésentation à l'opéra dans la Sonnambula, à Messine. Les Siciliens, très exigeants pour les débutants, furent vivement impressionnés. Elle termina la saison dans cette ville, puis se rendit à Venise, à Malte et finalement à Covent Garden, à Londres, où elle fut engagée à contrat pendant le reste de sa carrière; elle y épousa même le fils du propriétaire, Ernest Gye.

Emma Albani, 1889

Emma Albani, 1889
© BAC / C-026481

Emma Albani fit ensuite des tournées en Russie, en Europe et aux États-Unis et fut même invitée à chanter devant la reine Victoria, qui lui remit à cette occasion une croix de perles. Elle fit si bonne impression à la reine qu'elle fut par la suite régulièrement invitée à chanter des oratorios au château de Balmoral. Des compositeurs comme Franz Liszt, Johannes Brahms et sir Arthur Sullivan la tenaient également en haute estime.

Moins connue en Amérique du Nord (où certains croyaient que ses succès outre-mer étaient exagérés par la presse!), elle fit néanmoins l'objet de critiques dithyrambiques et reçut des applaudissements retentissants lors d'une tournée du continent en 1889. Elle se produisit dans plusieurs grandes villes canadiennes, parfois pour la première fois, entre autres à Ottawa, Toronto, Hamilton et Montréal.

Après avoir chanté aux funérailles de la reine Victoria en 1901, elle songea à prendre sa retraite, mais poursuivit sa carrière pendant encore une dizaine d'années. En 1906, pour sa tournée d'adieu, elle traversa le Canada en train, d'un océan à l'autre.

Emma Lajeunesse Gye Albani reçut le titre de dame en 1925 et s'éteignit à Londres en 1930. Elle fut désignée comme personne d'importance historique nationale en 1937; une plaque honore sa mémoire à Chambly (Québec).

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