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Le racisme légal

Semaine du lundi le 28 août 2000

Le 2 septembre 1878, le gouvernement de la Colombie-Britannique adoptait une première loi imposant aux Chinois un impôt spécial. En vertu de cette loi, les Sino-Canadiens devaient se procurer un permis de 10 dollars tous les trois mois, pour obtenir le droit d'habiter en Colombie-Britannique. C'était la première d'une longue série de lois discriminatoires contre les immigrants chinois.

Certificat d'entrée, ca 1912

Certificat d'entrée, ca 1912
© BAC / C-96443

Confrontés à la pauvreté et aux troubles politiques qui sévissaient en Chine, les jeunes gens de la province de Guangdong, dans le sud du pays, ont longtemps cherché fortune outre-mer, envoyant de l'argent à leur famille et rentrant en Chine lorsqu'ils le pouvaient. Les premiers immigrants chinois sont arrivés à Victoria en 1858; des milliers d'autres sont plus tard venus construire le chemin de fer Canadien Pacifique. Après la fin des travaux, beaucoup trouvèrent du travail dans les mines et les conserveries ou comme domestiques; certains lancèrent également de petites entreprises.

Ces premiers immigrants furent l'objet de beaucoup de discrimination. Les employeurs voulaient de la main-d'œuvre bon marché, mais beaucoup de Canadiens se plaignaient de cette concurrence. Les Sino-Canadiens n'avaient pas le droit de voter aux élections, ni d'acheter certaines terres. Et puis, il y avait les taxes!

Quand la loi soumettant les Chinois à un impôt spécial fut votée en 1878, à Victoria, les travailleurs d'origine chinoise firent la grève pour protester. Des centaines d'entre eux cessèrent de travailler, paralysant la ville. Cette loi fut plus tard abrogée, non en raison de son caractère raciste, mais parce qu'elle n'était pas du ressort de la province.

Le portail « The Gate of Harmonious Interest »,<br>à l'entrée du quartier chinois de Victoria,<br> est décoré de l'inscription suivante :<br>« Travailler dans l'union du coeur<br>pour que chacun atteigne l'harmonie »(traduction)

Le portail « The Gate of Harmonious Interest »,
à l'entrée du quartier chinois de Victoria,
est décoré de l'inscription suivante :
« Travailler dans l'union du coeur
pour que chacun atteigne l'harmonie » (traduction)

© Parcs Canada / J. Butterhill / 1994

Des groupes anti-Chinois se mobilisèrent afin d'inciter Ottawa à mettre un terme à l'immigration chinoise. Quand le Canadien Pacifique fut terminé, en 1885, Ottawa adopta une série de lois visant à décourager les immigrants chinois. Chaque Chinois était tenu de payer un droit d'entrée de 50 dollars; en 1900, ce montant fut porté à 100 dollars et, en 1904, à 500 dollars. Le1er juillet 1923, Ottawa déposa une loi dont l'objet était de mettre fin à l'immigration chinoise. Au Canada, le 1er juillet était la Fête du Dominion. Pour les Chinois, ce fut un « Jour d'humiliation ».

La communauté chinoise s'organisa et fonda divers groupes, comme la Chinese Association, afin de combattre la discrimination. Cependant, les choses ne bougèrent pas avant la Seconde Guerre mondiale, lorsque le Canada et la Chine devinrent alliés et que des Canadiens d'origine chinoise donnèrent leur vie pour ce pays. Les Sino-Canadiens combattirent pour obtenir le droit de vote et la citoyenneté canadienne, et l'immigration reprit peu à peu.

Les Sino-Canadiens font aujourd'hui partie intégrante de la société multiculturelle du Canada. La Commission des lieux et monuments historiques commémore les travailleurs chinois qui ont participé à la construction du chemin de fer Canadien Pacifique, à Yale, (Colombie-Britannique). Le quartier chinois de Victoria, premier du genre au Canada, et le cimetière chinois d'Harling Point, à Oak Bay (Colombie-Britannique) sont également reconnus comme des lieux historiques nationaux.

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