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Un premier ministre en exil

Semaine du lundi le 3 juillet 2000

Le 3 juillet 1870, le onzième premier ministre du Canada, Richard Bedford Bennett, naît à Hopewell Hill, Nouveau-Brunswick. Dans sa jeunesse, il se voyait gravir tous les échelons de la vie politique, jusqu'à la Chambre des lords britannique – et il avait raison!

R.B. Bennett

R.B. Bennett
© BAC / C-3868

À 27 ans, Bennett déménage à Calgary où il devient bientôt un avocat, un politicien et un homme d'affaires de renom. À la tête de plusieurs entreprises, il est membre du conseil de la Banque royale du Canada et du conseil de la New York's Metropolitan Life et compte de nombreux amis parmi les magnats des affaires dans le monde entier. Lorsqu'il se retire des affaires en 1929, Bennett est millionnaire!

Admirant sa forte présence dramatique et ses dons d'orateur, les conservateurs font de Bennett le chef de leur parti en 1927. Lorsque les années folles cède la place à la grande dépression, le Canada dévasté voit en Bennett un sauveur en 1930.

Ce célibataire industrieux prend alors les choses en main, cumulant les charges de premier ministre et de ministre des Finances et des Affaires extérieures pour offrir, aux dires de certains, un véritable « spectacle solo ». On raconte qu'un jour, à son club, Bennett était assis seul et se parlait à lui-même. À quelqu'un qui s'informait de ce qu'il faisait, on répondit : «  Il tient une réunion du Cabinet!  »

La Dépression s'amplifiant, Bennett impose des tarifs protectionnistes et crée des camps de travail pour les chômeurs, mais ces méthodes traditionnelles ne donnent pas les résultats escomptés. L'Ouest est particulièrement touché, car la sécheresse transforme les prairies en un vaste « Dustbowl » (bol de poussière). Les Canadiens blâment Bennett pour leurs épreuves - ceux qui sont incapables de s'offrir de l'essence conduisent des « bogheis à Bennett » (des automobiles tirées par des chevaux). Les fermes abandonnées sont surnommées les « enclos à  Bennett ». Beaucoup pensent qu'un millionnaire ne peut pas comprendre leurs problèmes, mais Bennett puise dans ses propres goussets et envoie de l'argent à ceux qui écrivent pour lui demander de l'aide.

Blaming it on Bennett<br>'Getting rid of the Liberal government's administrative errors'<br>on the front doorstep of the Bennett government

Blaming it on Bennett
"Getting rid of the Liberal government's
administrative errors"
on the front doorstep of the Bennett government.

© BAC / A.G. Racey / C-141243

Premier ministre, Bennett crée la Commission canadienne de radio-diffusion, la Banque du Canada et la Commission canadienne du blé. Cependant, ses projets les plus progressistes, les plus proches du New Deal, comme l'assurance-chômage et l'assurance-santé, paraissent venir trop tard – et outrepasser les pouvoirs du gouvernement fédéral. Associant Bennett à la Dépression, les Canadiens réélissent l'ancien premier ministre Mackenzie King en 1935.

En 1939, tourmenté par le rejet des Canadiens, un Bennett aigri s'exile volontairement en Angleterre. Deux ans plus tard, il devient vicomte et est admis à la Chambre des lords britannique. Il meurt en Angleterre, seul, en 1947. Il est le seul premier ministre du Canada enterré à l'étranger.

Le très honorable Richard Bedford Bennett a affronté une période difficile de l'histoire du Canada. Son dévouement au service des Canadiens a été honoré par des plaques à Calgary et à Hopewell Cape, N.-B.

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