Cette semaine en histoire

Archives

La grippe espagnole ravage la planète

Semaine du lundi le 19 octobre 2015

« Le docteur n’a pas dormi depuis deux jours… Je crois que certains (patients) sont en train de mourir de faim. Nous n’arrivons plus à nous procurer de lait nulle part, les laitiers sont tous malades » - Infirmière bénévole de Calgary

Le 24 octobre 1918, l’infirmière bénévole Ethel Dickinson, originaire de Terre-Neuve, succombe à l’une des pires pandémies de l’histoire. L’épidémie de grippe de 1918-1919, catastrophe mondiale qui décime plus de trois pour cent de la population de la planète, fait plus de 50 000 victimes au Canada. À Okak, dans le nord du Labrador, 204 des 263 résidants meurent, tandis qu’en Saskatchewan, les fabricants de cercueils ne suffisent pas à la demande. La plupart des travailleurs de la santé sont partis outre-mer, et la prise en charge des malades revient en grande partie à des bénévoles, dont la majorité sont des femmes.

Canadiens portant des masques pour prévenir la propagation du virus, Alberta, 1918
© Bibliothèque et Archives Canada / PA-025025
Le virus finit par être surnommé « grippe espagnole » parce qu’il fait l’objet d’une couverture médiatique plus importante en Espagne, ce qui donne l’impression que la situation est pire dans ce pays. La maladie se manifeste d’abord par les symptômes d’une grippe normale, mais peut s’intensifier rapidement et devenir fatale en une seule journée.

Contrairement à la plupart des souches d’influenza, la grippe espagnole s’attaque aux adultes en santé âgés de 20 à 40 ans. Comble du malheur, ce groupe d’âge correspond à l’âge moyen des soldats qui ont combattu au front lors de la Première Guerre mondiale. La propagation mondiale du virus, qui ravage des bataillons entiers autant du côté des forces alliées que de celui de leurs opposants, est grandement accélérée par les mouvements des troupes, et lorsque les soldats infectés rentrent chez eux, ils ramènent la maladie avec eux.

Infirmières bénévoles du service d'urgence du King George's Institute, Terre-Neuve, 1918
© J.C. Parsons / Newfoundland Quarterly, vol. 18 no. 4 p. 21 avril 1919.

Au Canada, les infirmières des hôpitaux et des communautés travaillent sans répit. Pour les patients, elles ne peuvent qu’offrir un peu de confort et leur conseiller de respirer de l’air frais et de garder le lit. Partout au pays, les rassemblements publics sont interdits, notamment dans les églises et les écoles. Les commerces poursuivent leurs activités normales, bien que certains doivent composer avec un effectif réduit.

La plupart des gens n’ont pas les moyens de se faire soigner à l’hôpital et demeurent chez eux. Bon nombre de femmes soignent à domicile les victimes de la grippe; elles vont même jusqu’à cuisiner et s’occuper du ménage. Les femmes œuvrant comme infirmières ou soignantes bénévoles tombent souvent malades elles-mêmes, victimes des longues heures, de la surcharge de travail et de leur exposition prolongée au virus qui cause la maladie. Le nombre de personnes contaminées atteint un tel sommet que le 25 octobre 1918, un témoignage présenté à une commission gouvernementale pose que l’engorgement des hôpitaux constitue un problème grave.

En mars 1919, le nombre de personnes atteintes a considérablement chuté, mais une dernière flambée de la grippe se manifeste au début de 1920. En réaction à la pandémie, du moins en partie, un ministère fédéral de la Santé est établi en 1919, marquant là un virage dans l’établissement du système de soins de santé au Canada.

C’est le Mois de l’histoire des femmes! Pour en apprendre davantage sur les infirmières canadiennes, consultez les articles La première femme major et Une future héroïne de guerre. Pour en savoir plus sur les soins de santé au Canada, lisez Le père de l’assurance-maladie au Canada et « La ministre des femmes » dans les archives de Cette semaine en histoire.

Suivez-nous sur Twitter @ParcsCanada! De plus, visitez la page de la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.

Date de modification :