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Marie Lacoste Gérin-Lajoie : pionnière de la défense des droits civils des Québécoises

Semaine du lundi le 13 octobre, 2015

Le 19 octobre 1867 naît à Montréal, au Québec, celle qui un jour militerait pour les droits des femmes et contribuerait à redéfinir le statut juridique des Québécoises.

Son mari, Henri Gérin-Lajoie a soutenu Marie dans son engagement social
© BAnQ, Centre d’archives de Montréal/Collection Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal/P783, S2, SS9

À une époque où les universités canadiennes françaises refusent aux femmes l'accés aux études supérieures, Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste) dévore d'abord les ouvrages de droit de son père, puis ceux de son mari, Henri Gérin-Lajoie. La juriste autodidacte partage ses connaissances avec les femmes de son entourage et milite en faveur du droit des femmes de faire des études universitaires et d'accéder à certaines professions. 

En 1907, elle s'associe avec Caroline Dessaules-Béique, une autre militante, pour fonder la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste. Cette association inspirée du féminisme chrétien réunit divers groupes de Canadiennes pour poursuivre des buts communs, autant des oeuvres caritatives que l'avancement des droits des femmes. Marie Gérin-Lajoie préside l’organisme de 1913 à 1933 et en fonde le journal, La Bonne parole, en plus de publier un Traité de droit usuel. Dans celui-ci, elle détaille l’incidence négative du droit sur la vie des femmes qui, à l’époque, ne peuvent être propriétaires ni recevoir de salaire, et elle explique aux femmes comment agir pour changer les choses.

Marie Lacoste Gérin-Lajoie
©BAnQ, Centre d’archives de Montréal/Collection Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal/Larose/P783, S2, SS9

 

Si les Canadiennes obtiennent pour la plupart le droit de voter aux élections fédérales dès 1918, les Québécoises restent interdites de vote aux élections provinciales. Comme beaucoup de féministes de la première heure, Marie Gérin-Lajoie est convaincue que le rôle des femmes est de s’occuper des autres et de défendre la moralité des familles, et que ces tâches devraient s'appliquer à l’ensemble de la société. Elle considère que le vote outillerait les femmes pour lutter contre des problèmes sociaux comme l’alcoolisme et la mortalité infantile.

Toutefois, l’Union internationale des ligues féminines catholiques, à Rome, décide que le suffrage des femmes est une question de compétence locale, et la plupart des évêques du Québec s’y opposent. La Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, en raison de ses liens étroits avec l'Eglise catholique, est donc contrainte de se retirer de la cause. Heureusement, d’autres parties prennent la reléve et les Québécoises obtiennent finalement le droit de vote dans leur province en 1940.

La plus grande cause de Marie Gérin-Lajoie demeure cependant la réforme du Code civil du Québec, qui traitait les femmes mariées comme des mineures. En 1929, avec des représentantes d’autres groupes féministes, elle témoigne devant la Commission Dorion, laquelle se penche à l'époque sur les droits civils des Québécoises.  Marie Gérin-Lajoie fait valoir que les femmes mariées devraient avoir droit à leur propre salaire et exercer plus de contrôle sur leurs biens. Grâce aux efforts de toutes les femmes qui s'adressent à la Commission, les Québécoises mariées obtiennent le droit d’être tutrices légales, de contrôler leur propre salaire et de disposer comme bon leur semble de l'argent gagné à la sueur de leur front!

En reconnaissance de son rôle à titre de fervente défenderesse des droits des Québécoises, Marie Lacoste Gérin-Lajoie a été désignée personne d’importance historique nationale.

Pour plus d'information sur l’événement historique national de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, consultez Les femmes du Québec passent à l’action ou lisez les articles suivants, consacrés aux droits des femmes dans les archives de Cette semaine en histoire: Comment ça, la «vieille fille de McGill»?, Une battante, Première femme à faire des études universitaires et La Canadian Women’s Christian Temperance Union.

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