Cette semaine en histoire

Archives

Réflexion profonde à Thinkers’ Lodge

Semaine du lundi le 7 juillet 2014

« Nous en appelons, en tant qu’êtres humains, aux êtres humains : souvenez-vous de votre humanité, et oubliez le reste. Si vous le pouvez, la voie est ouverte vers un nouveau Paradis; sinon, vous faites face au risque d’une mort universelle. »

— Bertrand Russell, Manifeste Russell-Einstein, 1955

Le 7  juillet 1957 marque la date de la première Conférence Pugwash sur la science et les affaires mondiales. Elle se déroule à Pugwash, en Nouvelle-Écosse, dans une villa plus tard baptisée Thinkers’ Lodge. Nommée pour faire honneur au petit village néo-écossais où elle a lieu, cette conférence de trois jours est l’embryon d’un distingué mouvement international qui préconise le désarmement nucléaire et la paix dans le monde.

Participants à la première Conférence Pugwash à Pugwash en Nouvelle-Écosse
© Avec l’autorisation des Conférences Pugwash sur la science et les affaires mondiales

Le mouvement Pugwash voit le jour au plus fort de la guerre froide, dans les années 1950. Opposant les puissances occidentales, menées par les États-Unis, à l’Union soviétique et ses alliés, la guerre froide est une lutte pour la domination technologique, en particulier sur le front de la technologie nucléaire militaire. La prolifération des armes nucléaires alarme de nombreux scientifiques. Ceux-ci avaient constaté les retombées tragiques des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki au Japon pendant la Seconde Guerre mondiale, et ils craignaient des conséquences catastrophiques.

Le physicien théoricien allemand Albert Einstein et le philosophe et mathématicien britannique Bertrand Russell articulent leurs préoccupations dans le Manifeste Russell-Einstein. Le document est signé par 11 des plus éminents scientifiques dans le monde. Publié en 1955, le Manifeste met en garde contre les dangers des armes nucléaires et prône la coopération internationale.

Ayant entendu parler du Manifeste, l’entrepreneur canado-américain Cyrus Eaton offre d’accueillir et de financer la première conférence. Le 7 juillet 1957, 22 scientifiques des deux côtés du rideau de fer se réunissent dans la résidence d’été de M. Eaton, à Pugwash, village natal de ce dernier. Eaton est d’avis que sa vaste propriété, qui offre un cadre reposant propice aux discussions informelles, se prête merveilleusement à ce genre de rencontres entre savants. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la spacieuse demeure de 14 pièces accueille une telle rencontre intellectuelle, son propriétaire ayant entrepris de la consacrer à cette vocation au début des années 1950.

Thinkers’ Lodge, villa sise sur une vaste propriété 
© Agence Parcs Canada/Parks Canada Agency, Danielle Hamelin, 2007

L’envergure limitée de cette première conférence ne l’empêche pas de faire date. Celles qui la suivent aboutissent à la signature de plusieurs traités et conventions, notamment le Traité sur l’interdiction des essais nucléaires (1963), le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (1968), le Traité concernant la limitation des systèmes antimissiles balistiques et la Convention sur les armes biologiques (1972), et la Convention sur les armes chimiques (1993).

Berceau d’un important mouvement pour le désarmement nucléaire, Thinkers’ Lodge a été désigné lieu historique national en 2008 en raison de son rôle dans la stimulation du débat et des discussions intellectuels.

Pour en savoir plus sur la guerre froide au Canada, consultez Des espions soviétiques au Canada et Sous terre pour survivre dans les archives de Cette semaine en histoire

Date de modification :