Cette semaine en histoire

Archives

Des rations pour l’esprit

Semaine du lundi 1er décembre 2014

Le 1er décembre 1918, l’Université Khaki du Canada s’apprête à accueillir des soldats à son établissement du camp militaire de Ripon, dans le Yorkshire, en Angleterre. Premier établissement d’enseignement créé dans le but de préparer les soldats à réintégrer la vie civile, il ne tarde pas à inspirer d’autres pays.

Soldats dans un cours d’agriculture à l’Université Khaki. Dans certains camps, les enseignants annoncent leurs exposés avec des slogans tels que « Rations For the Mind » (Des rations pour l’esprit) et « Don’t Starve Mentally » (Évitez la famine intellectuelle).
© Musée canadien de la guerre / Collection d’archives George Metcalf / CWM 19940003-375
Pendant la Première Guerre mondiale, les soldats canadiens déployés en Europe peuvent se joindre à des groupes d’étude organisés par les services d’aumônerie de l’armée et la Young Men’s Christian Association (YMCA). Ces groupes connaissent un tel succès qu’en janvier 1917, le YMCA invite un éminent universitaire canadien, le Dr Henry Marshall Tory, à formaliser le programme. Le Dr Tory prend la tête de cette nouvelle institution gouvernementale que le YMCA continue d’appuyer avec des contributions en argent et en nature.

Le camp de Ripon est le principal établissement d’enseignement, mais des groupes continuent de se former partout en Angleterre, dans les Battalion Schools, ainsi que dans des collèges plus petits situés dans des camps militaires. Certaines universités de Londres ouvrent leurs installations aux Canadiens. L’Université Khaki est aussi active sur le continent, avec un campus en France, appelé l’Université de Vimy Ridge, et un autre en Allemagne à l’Université de Bonn. Pour les soldats en poste à des endroits isolés, il y a la possibilité de faire des études par correspondance.

Certificat d’études de l’Université Khaki. Les crédits accordés aux soldats sont reconnus par les universités canadiennes à leur retour au pays.
© Musée canadien de la guerre / Collection d’archives George Metcalf / CWM 19810561-001

Les soldats qui fréquentent l’Université Khaki peuvent étudier l’agriculture, les beaux-arts, les affaires, le droit, la médecine et les sciences ou, au besoin, suivre des cours d’alphabétisation de base. Ils ont accès aux laboratoires et aux bibliothèques, et ils peuvent participer à des activités hors programme, tels les sports d’équipe et les petites chorales. Les femmes qui fréquentent l’Université sont essentiellement des épouses de guerre inscrites au département d’économie familiale, et elles reçoivent une instruction sur la vie au Canada.

L’Université Khaki joue un rôle essentiel dans la démobilisation des soldats, car les cours permettent aux hommes de meubler la longue période d’attente avant de rentrer au pays. À l’époque, le gouvernement canadien entend affecter les soldats qui reviennent au pays à la colonisation de l’Ouest, et il utilise le programme d’agriculture pour promouvoir l’établissement de fermes. Mais le plus important, c’est que les soldats peuvent planifier leur avenir et leur réintégration dans la société. Lorsque l’Université ferme ses portes, à l’été de 1919, plus de 500 000 soldats y auront suivi des cours. C’est d’ailleurs ce succès qui mène à une renaissance temporaire à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Henry Marshall Tory, le maître d’œuvre de cette initiative novatrice, est une personne d’importance historique nationale, tout comme l’est le président du comité consultatif de l’université au Canada, sir Robert Falconer.

Cette année marque le début de la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale. Pour en savoir plus sur les anciens combattants, consultez Une voix pour les anciens combattants dans les archives de Cette semaine en histoire. Pour découvrir un autre établissement d’enseignement exceptionnel, lisez Des leçons de vie.

Date de modification :