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Semaine du lundi le 5 mai 2014

Le 7 mai 1937, l'Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames met fin à sa grève des couturières de Montréal, au terme d'une action syndicale réussie. Pendant cette grève, les Canadiennes françaises et les Canadiennes de confession juive ont fait preuve d’une solidarité sans précédent pour améliorer les droits des travailleurs.

Employées de Rose Dress en grève lors d’une tempête de neige à Montréal
© Kheel Center for Labor-Management Documentation & Archives, et collection de l’International Ladies' Garment Workers' Union (5780P) / 5780PB3F4A

À l’époque, les femmes travaillent de plus en plus en dehors du foyer, nottament dans les industries du textile et de la confection de vêtements, lesquelles ont connu un essor croissant pendant les dernières décennies du 19e siècle. Les conditions de travail sont généralement déplorables : les ouvrières font des semaines de 60 à 80 heures et, dans bien des cas, elles ne réussisent pas à gagner le salaire minimum de 7 à 12 dollars par semaine. Étant donné l'abondance de femmes qui cherchent du travail pendant la Grande Dépression des années 1930, celles qui tentent de contester sont vite remplacées. Certaines adhèrent à un syndicat, mais les diverses organisations syndicales sont associées à des courants religieux ou idéologiques différents, et les ouvrières sont donc divisées selon leur communauté d’origine. Pour militer efficacement pour une amélioration de leurs conditions de travail, elles doivent s'élever au-delà de ces différences et unir leurs efforts.

Ce besoin se concrétise lorsque l'Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames (UIOVD) s'engage dans la lutte pour les droits des travailleuses à Montréal. L'organisation fait appel à une stratège de talent pour organiser les travailleuses : Rose Pesotta, une Américaine de confession juive. Celle-ci s'efforce de solidariser la majorité canadienne-française et la minorité juive en ayant recours non seulement à de méthodes classiques, comme les visites à domicile et la distribution de dépliants, mais aussi à des moyens novateurs comme la diffusion de bulletins et d’émissions de radio bilingues pour mobiliser les ouvrières francophones.

Travailleuses rassemblées dans la rue lors de la grève de l’UIOVD en 1937
© Archives de la Bibliothèque publique juive, Montréal / Montreal Standard / pr017714

Ces efforts aboutissent à la création du local 262 de l’UIOVD par les couturières lors d’une réunion syndicale en janvier 1937. Une photo de la réunion est publiée dans un journal montréalais, l’Illustration Nouvelle, et les sept femmes qui y figurent sont par la suite congédiées, car les employeurs craignent les syndicats. Les travailleuses réagissent en faisant du piquetage devant les installations de l’un de ces employeurs, l’entreprise Queen City Dress, et sont soutenues par tous les membres du local 262. Les sept femmes sont finalement réembauchées, mais leurs conditions de travail demeurent très mauvaises.

À minuit le 14 avril, l’UIOVD tente de recréer cette solidarité en déclarant une grève spontanée. Le conflit de travail se poursuit jusqu’au 7 mai. Il interpelle près de 8 000 travailleuses déterminées à améliorer leur situation. Leurs demandes sont finalement acceptées et un accord est conclu! Il prévoit l’accréditation syndicale, une semaine de travail de 44 heures et la possibilité de déposer un grief. Il mènera indirectement à une hausse du salaire hebdomadaire, qui atteindra 16 $.

La  Grève des « ouvrières de la robe » de Montréal de 1937, qui marque l'entrée des femmes dans le mouvement syndical, a été désignée événement d’importance historique nationale. Celui-ci reconnaît aussi le rôle qu'ont joué les Canadiennes de confession juive et les Canadiennes françaises dans cette action syndicale qui a entraîné une amélioration des droits des travailleurs. Pour en savoir plus sur l’histoire du mouvement syndical au Canada, consultez les articles Winnipeg en grève, Springhill en grève et « À chacun sa juste part » dans les archives de Cette semaine en histoire.

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