Corps de garde
Édifice fédéral du patrimoine classé
Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix, Québec
Façade
© Parks Canada Agency / Agence Parcs Canada.
Adresse :
Lieu historique national du Canada du Fort-Lennox, Saint-Paul-de-l'Île-aux-Noix, Québec
Loi habilitante :
La Politique du Conseil du Trésor sur la gestion des biens immobiliers
Date de désignation :
1992-01-09
Dates :
-
1821 à 1823
(Construction)
Événement, Personne, Organisation :
-
Samuel Romilly
(Architecte)
-
Royal Engineers
(Architecte)
Ministère gardien
Parcs Canada
Référence du rapport BEEFP
90-027
Numero RBIF :
06669 00
Description du lieu patrimonial
Le corps de garde est situé au pied des remparts, à côté du logis des officiers, à l’entrée principale du lieu historique national du Canada du Fort-Lennox. La beauté architecturale classique de ce long bâtiment coiffé d’un toit en croupe est caractérisée par le portique du rez-de-chaussée qui est délimité par un jeu d’arcades en pierre de taille bossagée. Les murs sont en pierres de taille disposées selon un agencement judicieusement conçu. Les fenêtres sont placées de façon symétrique au-dessus des arcades. La désignation se limite au tracé au sol du bâtiment.
Valeur patrimoniale
Le corps de garde est un édifice fédéral du patrimoine classé en raison de son importance historique, de l’intérêt qu’il présente sur le plan architectural et de la place privilégiée qu’il occupe dans son milieu.
Valeur historique
Le corps de garde est étroitement associé au thème de la défense du Haut et du Bas-Canada. Après la guerre de 1812-1814, les officiers britanniques ont dû reformuler leur stratégie de défense pour parer au risque d’une invasion des forces américaines par le lac Champlain et la rivière Richelieu. Ils décidèrent donc de construire une fortification à l’Île-aux-Noix, plutôt qu’à Saint-Jean, en raison des nets avantages présentés par cet emplacement en cas d’attaque navale. Le corps de garde a été construit comme lieu de gardiennage et comme prison et, à ce titre, a contribué au rôle stratégique de la fortification.
Valeur architecturale
La valeur du corps de garde découle de l’excellence de sa conception esthétique, dont on remarque l’équilibre et la puissance. Le plafond voûté du rez-de-chaussée reflète le rôle défensif réservé à l’édifice. Le fait que le bâtiment a pu être adapté à des fonctions nouvelles, notamment comme atelier, entrepôt, camp d’internement pour les réfugiés et dortoir, témoigne de la souplesse de sa très bonne fonctionnalité. La très belle qualité de l’exécution se voit dans la qualité des détails de la construction et est évocatrice des normes élevées en vigueur à cette époque.
Valeur environnementale
Le corps de garde entretient un rapport inchangé avec son emplacement. Situé à un emplacement stratégique dans le fort, le bâtiment renforce le caractère militaire du cadre du fort historique où il est situé. Il est bien connu du personnel du lieu historique national du Canada du Fort-Lennox et des personnes qui le visitent.
Sources : Gisèle Piédalue avec la collaboration d’André Charbonneau, Yvan Fortier et de Paul Trépanier, Corps de garde et caserne du fort Lennox, Bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine, rapport de recherche, rapport 90-027; Corps de garde (Québec), Énoncé de la valeur patrimoniale, 90-027.
Éléments caractéristiques
Les éléments qui définissent le caractère du corps de garde devraient être respectés.
Son excellente conception esthétique, sa très bonne fonctionnalité et la très belle qualité des matériaux et de l’exécution, c’est-à-dire : la composition architecturale du bâtiment, qui consiste en un plan rectangulaire, un portique à arcades et un toit en croupe; la disposition régulière des fenêtres au-dessus des ouvertures des arcades; les murs en maçonnerie, réalisés en pierres de taille agencées de façon très étudiée comprenant les chaînages de pierres d’angle, un bandeau sur la façade et le bossage du portique et des voussoirs; les éléments qui évoquent le rôle défensif de l’édifice, comme la compartimentation de l’espace, les murs épais, les voûtes et les meurtrières; les éléments qui évoquent le rôle de l’édifice comme centre d’internement, à savoir les traces des anciennes cellules, le réseau de sonnettes et les portes en métal des cellules; les matériaux et éléments décoratifs qui demeurent à l’intérieur, comme les trois foyers en brique.
La façon dont le corps de garde entretient un rapport inchangé avec son emplacement, renforce le caractère militaire du cadre du fort historique où il est situé et est un bâtiment bien connu du fort Lennox, c’est-à-dire: son rapport soutenu avec le terrain au pied du rempart, à l’entrée du fort; la ressemblance évidente entre le corps de garde et le logis des officiers voisin, qui renforce la symétrie architecturale du fort; son échelle générale, son style et les matériaux employés, qui s’harmonisent avec les ouvrages défensifs voisins; le fait que le bâtiment est connu et visible, en raison de sa situation à l’entrée du fort et des modules d’interprétation qui s’y trouvent et qui attirent les visiteurs.
Énoncé de valeur patrimoniale
Avis de non-responsabilité -
L'énoncé de valeur patrimoniale a été mis en place par le BEÉFP, afin de clarifier l'objet de la désignation d'un bâtiment fédéral du patrimoine et ce qui confère à l'édifice son importance patrimoniale. Il est donc un document de référence clé pour toute personne impliquée dans un projet d'intervention sur des édifices fédéraux du patrimoine et il est utilisé par le BEÉFP lors de ses examens d'intervention.
Le corps de garde a été construit de 1821 à 1823, sous la supervision de l'ingénieur Samuel Romilly, pour servir de lieu de gardiennage et de prison. Après le départ des troupes britanniques en 1871, il est demeuré vacant. Lors de la désignation du Fort-Lennox comme lieu historique national, en 1922, le corps de garde a servi d'atelier et d'entrepôt. Entre 1940 et 1944, il a été utilisé comme camp d' internement pour les réfugiés. Durant les étés de 1945 à 1947, l'étage a été transformé en dortoir pour des membres de la Jeunesse étudiante catholique. Puis le corps de garde est retourné à sa fonction d'atelier et d entrepôt. En 1973-1974, sa façade a été restaurée. Aujourd hui, à l'exception de quelques modules d'interprétation situés au rez-de-chaussée, il est inoccupé. Le corps de garde est partie intégrante du lieu historique national du Fort-Lennox. Parcs Canada est responsable du bâtiment. Consulter le rapport 90-27 du BEEFP.
Raisons de la désignation
Le corps de garde du fort Lennox a été désigné édifice classé pour ses grandes qualités architecturales et environnementales, et pour l'importance du thème historique qui lui est associé.
La conception esthétique du corps de garde est remarquable par son équilibre et sa robustesse. Ces qualités reposent en grande partie sur le portique longitudinal du rez-de-chaussée, délimité par un jeu d'arcades en pierre de taille en bossage. Le plafond voûté du rez-de-chaussée atteste le rôle défensif qu on réservait à cet édifice au besoin. L'adaptation du bâtiment à chaque nouvelle fonction témoigne de la flexibilité de sa conception, alors que la qualité de ses détails de construction témoigne des normes élevées de l'époque. Le défi technique de la restauration de la façade à arcades, qui s'était enfoncée au fil des ans, a été relevée avec succès.
Le corps de garde occupe une position stratégique dans le fort. Sa présence, jumellée à celle du logis des officiers qui se dresse à ses côtés, constitue l'une des images les plus mémorables de ce lieu historique national. Outre sa beauté architecturale classique, ce bâtiment exerce une fascination particulière sur le visiteur en raison de son utilisation comme lieu d'incarcération.
Suite aux expériences de la guerre de 1812-1814, les officiers britanniques reformulent la stratégie défensive du Haut et du Bas-Canada pour parer aux attaques en provenance des États-Unis. Pour arrêter toute progression ennemie par le lac Champlain et la rivière Richelieu, et pour protéger le dépôt de marchandises placé à l'île Sainte-Hélène, on décide de construire une fortification à l'Île-aux-Noix. Ce site a été préféré à Saint-Jean à cause de ses nets avantages dans le cas d'une attaque navale. Le corps de garde a contribué au rôle stratégique de la fortification.
Éléments caractéristiques
La valeur patrimoniale du corps de garde repose sur sa composition architecturale, sur ses détails de construction et sur son organisation spatiale qui exprime sa double fonction, carcérale et défensive. Elle repose également sur sa relation avec son pendant, le logis des officiers.
Un plan rectangulaire, un portique avec des arcades, un toit à croupe et une répartition régulière des ouvertures sont autant d'éléments qui définissent l'aspect architectural de cet édifice et qui méritent d'être préservés. Afin de maintenir la cohérence de la composition, le modèle et le matériau de la toiture devraient respecter le concept d origine. Dans le même ordre d'idées, les fenêtres et les portes anciennes devraient être réparées, sinon remplacées par des copies conformes aux éléments d'origine. L'installation d'appareils mécaniques modernes devrait se faire sans endommager les matériaux historiques (on pourrait utiliser si nécessaire les ouvertures existantes).
Le carré du corps de garde arbore un agencement de pierres de taille très étudié qui doit être préservé. Parmi les caractéristiques de la maçonnerie, on retrouve les chaînes d'angle, le bandeau de façade, le bossage à anglet du portique et des voussoirs (ceux de la façade sont différents de ceux des élévations latérales). Pour préserver l'intégrité visuelle des murs, il est recommandé que les nouveaux joints et les pierres de remplacement soient identiques aux éléments enlevés (matériau, couleur, profil et type d appareil).
Les aménagements futurs de ce bâtiment devraient s'adapter à sa capacité d'accueil plutôt que l'inverse. Tout aménagement muséologique à venir devrait être conçu de manière à ne pas porter atteinte aux matériaux et aux éléments de décor qui ont survécu, dont les trois foyers de brique. Sont à préserver les traces des anciennes cellules et le réseau de sonnettes qui rappellent la fonction carcérale du lieu; les portes de métal des cellules devraient être traitées contre la corrosion afin d en prolonger la durée de vie. Quant aux indices de sa fonction défensive (compartimentation de l'espace, murs épais, voûtes et meurtrières), ils sont des caractéristiques formelles à préserver.
Le maintien de l'intégrité de l'environnement et des ouvrages défensifs entourant le corps de garde est grandement souhaitable. La similitude évidente entre ce bâtiment et le logis d'officiers ne doit pas être modifiée, sinon l'impact de cette symétrie architecturale par rapport à la porte d'entrée du Fort-Lennox risque d'en souffrir. Les aménagements paysagers qui dérogent du contexte militaire du site sont à éviter.