Depuis 1915, près de 40 millions de poissons et d’œufs de poissons non indigènes ont été relâchés dans les bassins hydrographiques du parc national Banff. Ils ont grandement altéré les écosystèmes aquatiques. En 2002, une équipe de spécialistes des milieux aquatiques a commencé à retirer les ombles de fontaine qui avaient été introduits dans les lacs Devon, dans le parc national Banff. Ils tentent de remettre en état cet écosystème aquatique, qui, à l’origine, ne comptait aucun poisson.
Texte :
Depuis 1915, près de 40 millions de poissons et d'œufs de poissons non indigènes ont été relâchés
dans les bassins hydrographiques du parc national Banff.
Ils ont grandement altéré les écosystèmes aquatiques.
En 2002, une équipe de spécialistes des milieux aquatiques a commencé à retirer les ombles de fontaine introduits antérieurement dans les lacs Devon, dans le parc national Banff.
Les lacs Devon se trouvent dans la partie la plus reculée du parc national Banff.
Ces poissons n'auraient jamais dû s'y trouver.
Ramener le compteur à zéro
Barb Johnson :
Tous les parcs, ceux des montagnes en particulier, ont été ensemencés de poissons non indigènes.
Charlie Pacas :
Les poissons de ces lacs offraient aux visiteurs la possibilité de pêcher dans un environnement alpin d'une beauté spectaculaire.
Personne n'était conscient de l'impact futur de cette pratique.
Texte :
Art Laurenson, spécialiste de la Conservation des ressources, parc national Banff
Art Laurenson :
Relâcher des ombles de fontaine dans ces lacs, c'est un peu comme mettre un piranha dans votre aquarium.
Monika Vittnova :
Il est bizarre de penser que des gens ont eu l'idée d'introduire des poissons dans des lacs où ils n'étaient pas du tout à leur place.
Texte :
Monika Vittnova, technicienne de terrain, remise en état des lacs Devon
Charlie Pacas :
Les ombles de fontaine ont fini par avoir raison des truites fardées et sont devenus la seule espèce de poisson dans les deux lacs.
Les poissons finissent toujours par nager en aval. Ils se sont répandus un peu partout dans l'écosystème, et ils ont peuplé le bassin hydrographique de la rivière Clearwater.
C'est en 1988 que les lacs du parc national Banff ont été ensemencés pour la dernière fois. Les derniers lacs choisis se trouvaient au bord de la route. Vers 1972, je pense qu'un grand nombre de biologistes spécialistes du poisson voyaient déjà des signaux d'alarme. Ils se sont rendu compte qu'il était temps de mettre fin à cette pratique.
Texte :
Charlie Pacas, spécialiste des milieux aquatiques, parc national Banff
Art Laurenson :
Comme tous les écosystèmes de la planète qui sont aux prises avec une espèce introduite, cet écosystème a changé.
Barb Johnson :
Nous effectuons des travaux de remise en état depuis des années dans les parcs. La chose semble tellement plus naturelle en milieu terrestre, parce que c'est notre habitat à nous, les humains. Si vous vous promeniez dans un parc et que vous y voyiez des gazelles et des zèbres, vous seriez alarmé.
Pourtant, c'est à peu près la même situation que nous observons dans ces systèmes aquatiques. Vous y trouvez des prédateurs au sommet de la chaîne alimentaire qui ne sont pas du tout à leur place.
Et l'écosystème a été radicalement changé. Mais, parce que nous sommes des êtres terrestres, nous ne voyons pas vraiment le problème.
Barb Johnson :
Barb Johnson, parc national des Lacs-Waterton
Barb Johnson :
Nous espérons ramener un grand nombre de systèmes aquatiques des parcs des montagnes - et des parcs en général - à leur état naturel d'origine.
Charlie Pacas
Nous avons placé près de 2 km de filets maillants dans les lacs. Au début, en 2002 et en 2005, nous pêchions seulement jusqu'à la fin de l'été. Puis nous avons laissé les filets dans l'eau en permanence. Je suis à peu près certain que nous avons éradiqué tous les poissons qui étaient présents dans les lacs. Les filets sont toujours en place. Mais nous n'avons pas capturé de poisson depuis septembre 2006.
En regardant les lacs, on peut facilement se dire « tout va bien », mais c'est en fait à l'intérieur des lacs qu'on commence vraiment à voir les changements.
Texte :
Nous avons retiré 1 547 poissons des lacs depuis 2002.
Barb Johnson :
La documentation sur le sujet nous dit qu'il existe seulement deux moyens de se débarrasser complètement des poissons non indigènes. L'une de ces méthodes est l'utilisation de piscicides - des toxines qui tuent les poissons.
Charlie Pacas :
Au début, nous voulions répandre une toxine appelée rotenone dans les eaux d'amont de la rivière Clearwater. Nous espérions éliminer les derniers poissons encore présents dans la rivière.
Mais nous avons renoncé à l'idée. Même si la rotenone tue seulement les poissons, elle nuit aussi aux invertébrés aquatiques, et nous craignions de ne pas pouvoir les ramener aux niveaux de référence ou à leurs conditions historiques en un court laps de temps.
Barb Johnson :
Pour se débarrasser des poissons, l'autre méthode consiste à assécher le plan d'eau.
Charlie Pacas :
Nous avons placé des Aquadams à la décharge du lac Devon Supérieur et du lac Devon Intermédiaire. Nous voulions contenir l'eau qui quittait ces lacs. Ce genre de barrage traverse la décharge sur toute sa largeur et interrompt le débit d'eau. Nous espérions pouvoir réduire la quantité d'eau dans la rivière Clearwater, pour capturer à la pêche électrique les derniers ombles de fontaine qui restaient dans un tronçon d'environ 4 km de rivière.
Nous avons installé un Aquadam et nous l'avons rempli au maximum, jusqu'à un niveau d'environ 5 pieds, et tout à coup l'Aquadam s'est dégonflé.
On nous a fourni un autre Aquadam; il est arrivé par voie aérienne le lendemain matin. à 9 h 45, nous l'avions rempli quand...
Il s'est dégonflé à peu près au même niveau que le premier.
Réalisateur :
Quel était le problème, à votre avis?
Charlie Pacas :
Le plastique n'était pas très résistant. La faiblesse du plastique.
Réalisateur :
Et c'est fini?
Charlie Pacas :
C'est fini. Aujourd'hui, nous allons passer la journée à nettoyer. Nous arrêtons notre travail avec le barrage.
Réalisateur :
Que va-t-il se passer pour la suite du projet?
Charlie Pacas :
Le projet va se poursuivre. Nous allons y arriver d'une façon ou d'une autre, mais c'était censé être le meilleur complément à la pêche électrique.
Groupe :
Adios. à la prochaine, Frank. Merci!
Texte :
Campement aux lacs Devon - à 80 km au nord de Banff
Charlie Pacas :
Nous avons divisé la rivière en tronçons de 100 m et placé des filets à des intervalles de 100 m. Essentiellement, ces filets bloquent le passage des poissons, et le PVC est maintenu au fond de l'eau par des poids. Il n'y a aucun moyen pour les poissons de passer par-dessous.
Nous avons divisé nos pêcheurs en quatre groupes de deux. Il faut passer dans le même tronçon une deuxième fois lorsqu'une première pêche ne donne aucun résultat. On retourne pêcher dans le même tronçon jusqu'à ce qu'il ait été ratissé à deux reprises sans qu'aucun poisson ait été capturé.
à peu près à la marque des 4 km, il y a des chutes. Les poissons peuvent passer par-dessus l'obstacle, mais ils ne peuvent plus remonter le courant par la suite.
Nous allons nous rendre juste en aval des chutes, tout près de la décharge du lac Devon Inférieur.
D'ici 9 à 10 jours, nous aurons retiré tous les poissons.
Groupe :
Salut, je suis Alex. Et moi Jimmy. Ensemble, nous formons le groupe de travail sur l'omble de fontaine. Et nous allons à la pêche électrique. Ouaip! Texte :
140 jours de pêche électrique depuis 2002
Capture de 3 616 poissons
Charlie Pacas :
Charlie est toujours entouré d'un halo.
Radio :
...Poste de radio portatif des lacs Devon
Charlie Pacas :
Lacs Devon, bonjour.
Radio :
Comment ça va aujourd'hui?
Charlie Pacas :
Je pense que tout le monde va bien. Il y a un peu de neige qui tombe en ce moment. Nous allons travailler dans la rivière, et nous serons tous au même endroit ce soir.
Espérons que le temps va s'améliorer un peu.
Ah, une journée maussade. Nous avons dû repenser notre journée. Je pense que nous allons aider Art, Monika et Ray à déplacer les filets en matinée.
Je pense qu'il a neigé presque tous les ans depuis le début du projet. En fait, je ne me souviens pas d'une année où nous n'avons pas eu de neige. Nous avons même déjà dû travailler dans un mètre de neige.
Réalisateur :
Vous avez une bonne journée?
Monika Vittnova :
C'est une excellente journée. Le dernier jour de l'été, c'est superbe. Du temps exceptionnel!
Charlie Pacas :
Eh bien, devinez quoi? Nous avons presque terminé. Nous sommes rendus au pied du lac Devon Inférieur; la décharge est probablement à une quarantaine de mètres en amont. Il y a des chutes ici; les poissons ne peuvent pas remonter le courant. Nous avons pêché jusqu'ici. Il y a encore trois autres équipes dans la rivière, mais il ne leur reste encore probablement que 10 à 15 minutes de travail. Jusqu'ici [fait un zéro avec ses doigts], c'est le nombre d'ombles de fontaine que nous avons capturé.
Réalisateur :
Comment vous sentez-vous à l'idée d'avoir terminé?
Groupe :
Très bien! Nous sommes satisfaits, très contents.
Charlie Pacas :
Nous avons fini!
On va prendre une bouchée?
Tout n'a pas fonctionné comme nous l'avions espéré, mais nous avons quand même pratiqué la pêche électrique pendant 130 000 secondes dans ce ruisseau, sans que nous capturions un seul poisson. Nous en avons capturé un l'an dernier et zéro cette année. Je suis donc à peu près certain que nous nous sommes débarrassés de tous les poissons de la haute Clearwater.
Barb Johnson :
En tant que biologistes et en tant que citoyens, nous sommes particulièrement préoccupés par le changement climatique. Le réchauffement planétaire va imposer un stress énorme à nos systèmes naturels. Les créatures ont évolué pendant des milliers d'années pour survivre dans un système avec ses différentes composantes. S'il existe une communauté qui réussit à s'adapter assez rapidement pour survivre à un agresseur aussi puissant que le changement climatique - ou à d'autres menaces -, c'est probablement celle des plantes et des animaux indigènes qui sont présents ici depuis les débuts.
Les visiteurs pensent probablement que ce secteur est intact.
Charlie Pacas :
Je ne sais pas s'ils ont cette impression parce que le secteur a l'air de ne jamais avoir été touché et que nous avons réussi à recréer en partie cet état.
Barb Johnson :
Ce n'est pas un remède instantané. II faut apprendre à connaître le système dans ses moindres détails. Charlie travaille ici depuis 2001 et connaît cet endroit comme sa poche. Et, pour réparer une chose, il faut apprendre à la connaître le plus possible avant de la manipuler. C'est une des leçons dont je vais sûrement me souvenir : apprendre à connaître le système avant de déterminer le meilleur moyen de s'attaquer aux défis. Et garder la conviction qu'il y a une solution. Je pense que c'est un message très important : ne jamais abandonner. Le défi est énorme, surtout lorsqu'il s'agit d'un système complexe avec des affluents et plusieurs lacs. Mais en persévérant on peut y arriver.
On dit que les parcs nationaux sont les derniers bastions de nature sauvage au Canada. S'il existe un endroit où tout devrait revenir à son état d'origine et ne garder aucune trace d'altération antérieure, c'est peut-être ici qu'il se trouve. Et voici un endroit où nous avons dit : « C'est notre politique. C'est ce que nous allons faire au mieux de nos capacités. »
Réalisateur :
Comment vous sentez-vous à l'idée d'achever ce projet et de partir, probablement pour ne plus jamais revenir accomplir la même tâche?
Charlie Pacas :
Je me sens un peu triste. Mais je suis très satisfait de ce que nous avons accompli. Alors...
Texte :
La population d'invertébrés commence déjà à se rétablir par suite de l'enlèvement des ombles de fontaine.
En aval du tronçon remis en état, les poissons non indigènes se sont mélangées à l'omble à tête plate, une espèce indigène.
En 2010, Charlie et son équipe sont retournés une dernière fois à la rivière et n'ont pris aucun poisson. Plus en aval, ils ont capturé au-delà de 100 poissons non indigènes en un après-midi.
à suivre...
Réalisateur :
Ok, je veux que vous vous mettiez juste ici. Et c'est là que vous dites : « Zéro! »
Groupe :
Zéro. Zéro poisson!
Pas de poisson.
Je ne peux ni voir, ni sentir ni capturer de poisson. Zéro poisson.
Ah, ça ne mord pas... Je n'ai pas vu de poisson depuis une semaine. Zéro.
Pas de poisson!
Zéro poisson.
Point de poisson dans le ruisseau, Raymond, point de poisson.
Je n'ai pas l'habitude de m'en vanter, mais ça ne mord pas. Il n'y a tout simplement pas de poisson.
La pêche est bien mauvaise dans ce coin de pays...!
Pas de poisson, pas de capture. Youpi pour les végétariens!
Zéro poisson.