Gestion des écosystèmes

Gestion du feu


Ami ou ennemi?

Un éclair frappe un pin. Le feu se propage dans le sous-bois. Les broussailles sèches forment bientôt un mur de flammes qui gagne la forêt. Des étincelles et de la fumée sont projetées à des centaines de mètres d’altitude.

Feu de cime lors d'un brûlage dirigé au parc national du Canada Jasper.
Un incendie de forêt se propage dans les cimes d'un peuplement de pin tordu.
© Parcs Canada / Dave Smith

Le feu peut être à la fois fascinant et alarmant. Il est parfois un allié, parfois un ennemi. Pendant la plus grande partie du dernier siècle, les humains ont vu en lui une force destructrice et ils jugèrent préférable de le supprimer.

Depuis peu, l’écologie nous apprend que le feu est un élément naturel aussi essentiel que le vent ou la pluie. L’éliminer, c’est aller à l’encontre de l’équilibre naturel des écosystèmes.

Il est donc essentiel de redonner au feu son rôle. Mais comment concilier cette nouvelle conception du feu avec la protection de la vie, des biens et des paysages? Voilà l'enjeu que présente la gestion du feu, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur des parcs nationaux.

L'écologie du feu

Comprendre et respecter les écosystèmes

Le feu est un élément naturel indispensable. Il fait partie intégrante de la vie des écosystèmes de prairies, de brousse et de forêts depuis toujours. Au même titre que les orages, les avalanches et les inondations, le feu est un mécanisme puissant de renouvellement de la nature qui façonne les paysages.

Petit pin gris vert avec quelques semis d'épinette noir devant une souche brûlée.
Régénération de pin rigide au parc national du Canada des Îles-du-Saint-Laurent à la suite d’un brûlage dirigé.
© Parcs Canada / Victor Kafka, 1998

Vous croyez qu’un site récemment brûlé est détruit? L’endroit peut sembler mort, mais dans les faits, bien des formes vivantes y subsistent pour ensuite donner naissance à une nouvelle forêt. Le feu crée donc les conditions idéales à la croissance et stimule la régénération des végétaux.

Dans les zones fraîches tempérées, la décomposition est lente, et les troncs, les feuilles et les aiguilles s'amassent sur le tapis forestier. Le feu réduit ces matières en cendres riches en minéraux, recyclant et libérant des substances nutritives. Il crée également dans la forêt des éclaircies qui laissent pénétrer la lumière, laquelle réchauffe le sol et stimule la croissance des graines et des racines.

Les feux périodiques créent graduellement une mosaïque végétale diversifiée qui procure une variété d'habitats à différentes espèces d'insectes, de mammifères et d'oiseaux.

Cette biodiversité est le signe d'un écosystème florissant, apte à perdurer. Bref, le feu ne se contente pas de renouveler la forêt et de la recycler, il réorganise la végétation au sein d'un cycle de changement perpétuel.

Les bienfaits du feu

Pic-Bois sur le tronc d'un arbre. Orignal dans le sous-bois d'un peuplement brûlé.  On peut également voir un coléoptère et un lynx sur l'image.
Plusieurs animaux profitent des effets du feu.
© Parcs Canada

Bon nombre de plantes et d'animaux sont bien adaptés au feu et aux conditions qu'il crée.

La population de pics, par exemple, se multiplie par cinquante à la suite d'un incendie! Ces oiseaux grimpeurs viennent se régaler de scolytes et d'autres insectes qui colonisent les arbres récemment brûlés.

Leurs racines ayant été épargnées par le feu, les peupliers faux-trembles, les framboisiers et les rosiers ne tardent pas à pousser vigoureusement après un incendie. L'orignal et le wapiti profitent de l’occasion pour se nourrir de ces nouvelles pousses.

Les cônes du pin tordu et du pin gris sont scellés par la résine et restent parfois sur l'arbre pendant des années. Heureusement, la chaleur du feu fait fondre cette résine. Le cône s'ouvre alors, libérant ainsi des milliers de graines qui tombent sur le sol et qui génèreront bientôt des pinèdes.

Le lynx du Canada tire profit des incendies, qui maintiennent la diversité de la forêt : les vieux conifères lui servent d'abri, et il chasse dans les brûlis, habitat favorable aux populations de lièvres d'Amérique, sa proie préférée.

Les parcs et les écosystèmes

" Quand nous aurons compris que nous faisons partie des écosystèmes..." (Stan Rowe)

Les parcs nationaux servent à protéger des régions naturelles représentatives du Canada, dans le but de préserver l'intégrité des écosystèmes et la diversité de la vie qu'ils renferment. Les parcs sont fragiles; leur survie repose sur l'utilisation durable des terres qui les entourent. De toute évidence, les humains ont leur part de responsabilité envers ces écosystèmes. Ce sont en effet nos activités, à l'intérieur et à l'extérieur des parcs, qui détermineront l'avenir de nos milieux sauvages.

Les feux d'antan

Des traditions qui meurent à petit feu

" Il y a longtemps, mon père et mes oncles allumaient des feux tous les printemps. Mais on nous a dit de ne plus le faire. Le paysage a changé [...] les broussailles et les arbres ont remplacé les prés, et il n'y a plus autant d'animaux [...]" (Un aîné Cri âgé de 76 ans)

Depuis le retrait des glaciers, il y a de cela environ 10 000 ans, les humains, tout comme la foudre, ont allumé des incendies dans la nature. En Amérique du Nord, les Autochtones déclenchaient des feux pour rabattre le gibier, créer des pâturages et dégager les voies migratoires. Ils ont ainsi apporté des changements à la végétation à de nombreux endroits.

Un vieux camion de pompier avec deux hommes sur un chemin de terre sur fond d'arbres et de montagnes.
Un camion de pompier au tout début de la lutte contre les incendies dans les parcs nationaux du Canada.
© Parcs Canada / Circa. 1915

Puis les Européens arrivèrent. Au début, ils utilisèrent le feu pour défricher la terre. Ils en vinrent ensuite à le considérer comme une menace à l’établissement permanent. Ainsi, peu à peu, les feux échappés furent maîtrisés. Entre-temps, les populations autochtones, déclinantes, avaient adopté les pratiques européennes à l’égard du feu.

Dans les parcs, le feu avait aussi la réputation de dévaster la faune et d’altérer la beauté du paysage. À compter des années 1950, l'ours Smokey, alors symbole de la lutte aux incendies aux États-Unis, nous mettait en garde : « La prévention des incendies de forêt, faites-en une affaire personnelle. » Mais le message de Smokey de même que le matériel et les techniques modernes de lutte contre les incendies ont privé la plupart des écosystèmes des bienfaits du feu. Ainsi, au cours des 65 dernières années, la superficie de territoire brûlé dans les parcs nationaux des Rocheuses n'a pas atteint 10 p. cent des niveaux d'antan.

Une mosaïque en péril

Feu de cime avec fumée grise et blanche fait rage sur le bord d'un lac
Les feux de cime intenses créent une mosaïque forestière très importante pour la biodiversité.
© Parcs Canada

Nous savons maintenant que l’extinction des incendies dénature un grand nombre d'écosystèmes. En vieillissant, les forêts deviennent de plus en plus denses et fermées. Les habitats ouverts, qui abritent certaines espèces végétales et animales, se font de plus en plus rares. La mosaïque végétale dépérit, entraînant à sa suite la biodiversité qui en dépend. Le problème est d'autant plus grave qu'il frappe non seulement les parcs, mais aussi les terres avoisinantes.

La gestion du feu

Rétablir l'équilibre

Quatres personnes se déplacent dans un pré en direction de la fumée au loin.  Derrière la fumée, on aperçoit une montagne.
Une équipe de combatttants travaille sur l'incendie de la Montagne Sofa au parc national du Canada des Lacs-Waterton.
© Parcs Canada / Randall Schwanke / 1998

En 1909, les premiers gardes de parcs nationaux étaient embauchés. Leur tâche consistait avant tout à éteindre les incendies. De nos jours, les responsables de la gestion du feu s'efforcent de maintenir les écosystèmes tributaires du feu tout en assurant la protection contre l'incendie.

La vocation du feu

Quelle est la meilleure façon de redonner au feu le rôle qui lui revient? Dans la plupart des parcs, il est simplement impossible de laisser la nature suivre son cours sans que cela pose de danger pour les êtres vivants et les biens qui se trouvent à l'intérieur et à l'extérieur des parcs. Dans certains parcs des régions éloignées, plusieurs incendies déclenchés par la foudre ne sont pas supprimés, mais aucun n'est laissé sans surveillance.

Un homme allume une ligne de feu à la surface du sol avec un brûleur par gravité.
Des employés de Parcs Canada allument un brûlage dirigé au parc national du Canada de la Mauricie.
© Parcs Canada / Mike Etches / 2001

Les responsables de la gestion du feu préfèrent avoir recours au « brûlage dirigé ». Dans le cadre de ce programme, les feux sont allumés par le personnel du parc, et le contrôle en est planifié. Pour brûler les forêts sans danger et atteindre les objectifs d'ordre écologique, des spécialistes fondent leurs décisions sur les conditions atmosphériques, le type de végétation présent, le comportement du feu et la composition du terrain.

Le brûlage dirigé n'est pas sans danger, mais les risques sont moindres que ceux qui sont associés à un feu échappé laissé sans surveillance ou à la suppression totale des incendies. Des décennies d’extinction des incendies ont permis l'accumulation de bois mort (combustible) susceptible de provoquer des incendies très violents. Le brûlage dirigé et l'éclaircissement des forêts permettent de réduire la quantité de matières combustibles près des installations et près des villes.

Parcs Canada étudie les effets du feu sur l’intégrité et la biodiversité des écosystèmes. Les études en cours dans plusieurs parcs révèlent une dynamique complexe entre le feu, les humains et l’environnement. Le programme de gestion du feu s’enrichit de ces nouvelles connaissances au fur et à mesure qu’elles nous parviennent.

Assurer la protection contre les incendies

Un hélicoptère laisse tomber l'eau de son réservoir sur un feu.
Un hélicoptère laisse tomber de l’eau sur un feu.
© Parcs Canada / Randall Schwanke / 1998

Parcs Canada utilise la science et des techniques modernes pour gérer les incendies. Le climat, les caractéristiques physiques du territoire, la végétation, le comportement du feu, la sécurité du public et les valeurs à protéger représentent tous des éléments qui sont pris en considération dans le cadre de la gestion du feu. Le risque d'incendie fait l'objet d'une surveillance constante. La plupart du temps, les incendies sont rapidement éteints, mais s’ils continuent à brûler, ils sont évalués et une réponse appropriée est apportée.

Afin d’assurer la protection des gens, des biens, des terres avoisinantes et des ressources naturelles rares, plusieurs mesures de prévention contre les incendies sont utilisées. C’est le cas notamment de l’éclaircie ou de l’élimination de la végétation autour des bâtiments ou des municipalités, de l’usage de matériaux de construction résistant au feu, de l’approvisionnement suffisant en eau et de l’accès aux terres à protéger. Pour atteindre cet objectif de protection, il est primordial de travailler de concert avec les municipalités et les autres partenaires.

Une indispensable collaboration

La gestion du feu, c'est l'affaire de tous. Voilà pourquoi Parcs Canada et d’autres groupes mettent en commun leurs idées et leurs méthodes. Le but recherché est d'assurer une planification exemplaire en matière de gestion du feu qui tient compte des préoccupations locales et régionales. Dans le but d'améliorer l'efficacité des interventions et d'en réduire les coûts, Parcs Canada favorise les échanges de personnel et partage son matériel avec d'autres organismes.

Questions éclair

L'allumage de feux n'entrave-t-il pas les processus naturels?

Les paysages non touchés par l'être humain sont rares. Même dans les parcs, certains processus naturels ont été modifiés. Nous avons, par exemple, supprimé les incendies au cours d’une longue période. Le brûlage dirigé est le moyen le plus efficace de redonner au feu son rôle écologique.

Pourquoi préférer le brûlage dirigé à l'abattage des arbres?

L'abattage, contrairement au feu, offre peu d'avantages écologiques. Les arbres et les substances nutritives sont enlevés après l'abattage, alors qu'ils sont recyclés à la suite d'un incendie. De plus, dans bien des régions, les plantes qui colonisent les parterres de coupe sont différentes de celles qui poussent à la suite d'un incendie. Enfin, pour être rentable, l'exploitation forestière exige l'aménagement de chemins et de jetées, ce qui perturbe profondément les écosystèmes que les parcs nationaux ont le mandat de protéger.

La fumée des incendies de forêt nuit-elle aux visiteurs et aux résidants des parcs?

Le brûlage dirigé s'effectue quand les conditions météorologiques favorables à la dispersion de la fumée sont réunies. Il est important que la fumée soit dirigée le plus loin possible des endroits habités. Les examens menés auprès des combattants d'incendies révèlent que les risques pour la santé du public sont infimes lorsque la manœuvre est bien exécutée.

Qu'arrive-t-il aux animaux en cas d'incendie?

Le feu nuit rarement aux gros mammifères. Il peut toutefois tuer des oiseaux et de petits animaux. Cependant, à long terme, la plupart des espèces tirent profit des habitats créés par un incendie, et l'observation de la faune s'en trouve également améliorée.

Combien coûte le programme de brûlage dirigé?

Le coût varie entre 10 $ et 1000 $ par hectare, selon la taille et la nature du brûlage. Le coût moyen est de 80 $ par hectare. La lutte contre les incendies, quant à elle, coûte dix fois plus cher et n'est pas toujours efficace.

Pour de plus amples renseignements sur la gestion du feu, veuillez communiquer avec le spécialiste de la gestion du feu et de la végétation, au parc national le plus près de chez vous.

Un hélipcoptère vole au dessus de la forêt en laissant tomber des flammes avec une hélitorche sur fond de fumée grise.
À l’aide d’un hélicoptère, on tente de créer un contre-feu avec une hélitorche dans le parc national du Canada Kootenay.
© Parcs Canada / Dave Smith / 2001