Gestion des écosystèmes

Facteurs de stress

Nous avons tendance à croire que les parcs nationaux sont des aires vierges, protégées des influences extérieures par leurs limites. La réalité est fort différente. Les parcs sont affectés par les pratiques antérieures et actuelles de gestion des terres comme l'exploitation forestière, le contrôle des insectes, la construction de barrages et la protection contre le feu. Même les régions éloignées sont touchées par les polluants et le changement climatique. En fait, les parcs font partie d'un grand écosystème et sont soumis à des facteurs de stress provenant de diverses sources; ils doivent donc être gérés en conséquence. Le plan directeur fournit le contexte général pour la gestion des parcs nationaux.

Les facteurs de stress sont des événements, actions, ou changements à long terme dans les processus naturels qui font en sorte que les écosystèmes ne peuvent retrouver leur intégrité. De par leur nature même, les facteurs de stress affectent l'état de l'intégrité écologique des parcs nationaux. L'importance des facteurs de stress écologiques dans la plupart des parcs nationaux a été décrite dans le Rapport sur l'état des aires patrimoniales protégées - 1999 et dans le Rapport sur l'état des parcs - 1997 .

Les facteurs de stress proviennent de l'intérieur et de l'extérieur des parcs. À l'intérieur des parcs, la présence d'espèces étrangères, la suppression des feux d'origine naturelle, les niveaux élevés d'utilisation par les visiteurs, les corridors de transport, les activités non conformes et les infrastructures inappropriées affectent tous l'intégrité écologique . Les facteurs de stress provenant de l'extérieur sont également source de problèmes, et sont de nature régionale, nationale et même internationale. Un exemple de facteur de stress régional est le changement dans l'utilisation des terres voisines des parcs nationaux causé par des facteurs tel le développement urbain, l'exploitation forestière, minière et agricole ainsi que le transport. Les facteurs de stress de nature internationale, comme le transport sur une longue distance des polluants atmosphériques et le changement climatique, affectent également l'intégrité écologique des parcs. Ces derniers font partie d'écosystèmes plus large et sont fort révélateurs de l'état des grandes régions où ils se trouvent.

Voici quelques exemples d'importants problèmes internes et externes qui menacent les parcs du Canada :

  • Perte d'habitat - Au Canada, plus de 90 p. 100 des forêts caroliniennes ont été converties en terres agricoles ou en milieux urbains. Dans les Prairies, 99 p. 100 des peuplements d'herbes hautes indigènes et 75 p. 100 des prairies mixtes ont disparu. Dans la région de l'Atlantique, 65 p. 100 des marais côtiers ont été drainés ou remplis. Dans le nord du pays, seulement 35 p. 100 de la forêt boréale est encore intacte. En raison principalement de cette perte d'habitat, de nombreuses espèces canadiennes sont actuellement menacées;
  • Corridor routier dans le parc national de Banff
    Corridor routier dans le parc national de Banff
    © Parcs Canada / McCloskey, P. /09.93.08.02(107), 1982

    Fragmentation de l'habitat - La fragmentation de l'habitat qui reste est un problème aussi grave que celui de la perte d'habitat. De nombreuses espèces, du grizzli aux polatouches et aux salamandres, ont de la difficulté à survivre dans des habitats fragmentés et isolés. La fragmentation se produit même à l'intérieur des parcs en raison de l'aménagement de communautés, d'installations, de sentiers, de routes et de voies ferrées. Les routes et les voies ferrées sont aussi une cause directe de la mort d'animaux sauvages. Des centaines de gros mammifères et des milliers d'oiseaux, d'amphibiens et d'autres créatures sont tués chaque année sur les routes des parcs;
  • Ours grizzly marchant dans une rivière
    Ours grizzly marchant dans une rivière
    © Parcs Canada / Lynch, W. / 11.110.10.01(29), 1998

    Pertes de gros carnivores - Partout au pays et notamment dans le sud, les gros carnivores disparaissent ou brillent par leur absence, bouleversant ainsi les systèmes et les relations naturelles proie-prédateur. Même si les gros carnivores sont protégés dans les parcs nationaux, ils sont menacés par des facteurs de stress comme l'utilisation par les humains et les projets de développement à l'intérieur des parcs ainsi que par la chasse, l'aménagement du territoire et d'autres pressions qui s'exercent à l'extérieur des limites des parcs. À partir de l'est de l'Ontario, les loups ont disparu de tous les parcs nationaux à l'exception de ceux de Pukaskwa et de la Mauricie. Dans l'Ouest, ils ont disparu des parcs nationaux Elk Island et des Prairies. Dans plusieurs parcs nationaux, la population de loups est faible et a une faible probabilité de survie;
  • Pollution atmosphérique - Les polluants atmosphériques, comme ceux qui sont à l'origine des pluies acides, continuent de nuire à de nombreux parcs. Les régions de l'Atlantique et du sud du Québec ont été qualifiées de " tuyaux d'échappement de l'Amérique du Nord " parce qu'elles se trouvent sous le vent qui vient des grandes régions urbaines et industrielles du continent. Une recherche menée sur plus de deux décennies au parc national Kejimkujik révèle que les faibles niveaux de pH de l'eau du parc sont associés à la diminution de la reproduction des truites mouchetées. Les parcs nationaux des Îles-de-la-Baie-Georgienne et de la Mauricie sont toujours menacés d'avoir des dépôts acides supérieurs à la capacité des paysages qu'ils renferment de tamponner les sulfates et autres composés acides;
  • Plongeon huard au parc national de La Mauricie
    Plongeon huard au parc national de La Mauricie
    © Parcs Canada / Pleau, J. / 05.51.10.02(122), 1997

    Pesticides - On trouve dans les parcs des traces des pesticides utilisés à l'extérieur de ceux-ci. Par exemple, le toxaphène était largement utilisé (à l'extérieur des parcs nationaux) il y a plus d'une vingtaine d'années. Ce pesticide peut perturber le système endocrinien, endommager les poumons, le foie et les reins, causer des problèmes aux systèmes reproducteur et immunitaire, des troubles du développement et le cancer. Une recherche réalisée au lac Bow dans le parc national Banff a permis de déceler la présence de toxaphène dans certains zooplanctons; la truite du lac contient des concentrations de toxaphène jusqu'à 20 fois supérieures à celles trouvées dans d'autres poissons du lac et jusqu'à 1 000 fois plus grandes que celles trouvées dans des truites d'autres lacs du parc. Une étude réalisée au parc national de la Mauricie a révélé des niveaux élevés de mercure dans le sang et les plumes des huards du parc; le niveau de mercure dans les plumes de ces oiseaux est plus élevé que ce qui a été constaté dans tous les autres sites étudiés en Amérique du Nord. Les niveaux de mercure trouvés chez les huards du parc national Kejimkujik sont également élevés, ce qui entraîne une baisse de la nidification et de l'éclosion. Des niveaux importants de DDT ont été trouvés dans des sédiments lacustres et chez des couleuvres fauves au parc national de la Pointe-Pelée. Un lien a été établi entre les niveaux élevés de DDT et la diminution des populations de grenouilles de même que la disparition d'espèces dans plusieurs autres parcs et réserves fauniques en bordure de la partie nord du lac Érié;
  • Espèces étrangères - Les espèces exotiques envahissantes, tant végétales qu'animales, créent des problèmes dans les parcs au Canada. Au parc national de la Pointe-Pelée, l'alliaire officinale envahit les forêts caroliniennes et l'emporte sur les espèces indigènes. Au parc national du Mont-Riding, le nombre élevé d'espèces végétales exotiques dans les prairies de fétuque scabre est une source de préoccupations puisque les plantes indigènes ne peuvent rivaliser avec les plantes envahissantes. Au parc national du Gros-Morne, les orignaux et les lièvres d'Amérique introduits à Terre-Neuve il y a plusieurs décennies altèrent le régime des habitats et de la végétation à l'intérieur du parc;
  • Surutilisation - Le niveau grandissant d'utilisation par les humains dans la plupart des parcs nationaux a donné lieu à une surfréquentation, à une surutilisation des installations et de l'infrastructure comme le système de traitement des eaux usées, à un développement excessif et à une multitude d'autres problèmes qui, à leur tour, détériorent la qualité de l'eau et de l'air, créent de l'érosion et font du tort à l'habitat faunique. Au parc national des Lacs-Waterton, il y a une route ou un sentier de randonnée, ou les deux, dans chaque vallée. Seuls les parcs les plus au nord ne font pas encore l'objet d'une fréquentation élevée.

Malheureusement, cette liste des facteurs de stress qui affectent les parcs nationaux n'est pas complète; un certain nombre d'autres activités menacent également l'état naturel des écosystèmes des parcs.