Évaluation des impacts environnementaux
Planification de gestion
Plan directeur du lieu historique national du Canada du Manoir-Papineau
Contexte
Le plan directeur du lieu historique national du Canada du Manoir-Papineau a fait l’objet d’un examen environnemental stratégique en vertudu Processus d’évaluation environnementale des projets de politiques et de programmes qui découle d’une directive du Cabinet. Ce processus fédéral d’évaluation environnementale est un mécanisme d’autoévaluation utilisé par les ministères et les organismes fédéraux pour déterminer, évaluer et atténuer, à un niveau général, les répercussions sur l’environnement des aménagements et des activités qu’ils projettent. En vertu de la directive nationale de gestion 2.4.2 de Parcs Canada sur l’évaluation des impacts, la portée de ces évaluations environnementales est étendue aux ressources culturelles de manière à regrouper tous les éléments d’évaluation dans un seul rapport. L’évaluation environnementale de ce plan directeur est exposée dans un document distinct, intitulé Évaluation environnementale stratégique du plan directeur du lieu historique national du Canada du Manoir-Papineau, et un résumé est présenté ci-dessous.
La gestion du lieu historique national du Canada du Manoir-Papineau s’effectue dans un contexte particulier, car ce territoire est de superficie restreinte et il se retrouve enclavé entre la gare de Montebello et le Château Montebello, de telle sorte qu’il est difficile d’en contrôler l’accès. Les ressources forestières qu’on y retrouve constituent une partie d’un ensemble qui se prolonge à l’extérieur de la propriété.
Approche méthodologique
L’approche adoptée pour l’évaluation du plan directeur s’effectue en plusieurs étapes. Les orientations exposées dans le plan sont d’abord révisées pour vérifier leur conformité avec le mandat et les politiques de Parcs Canada. Par la suite, les aménagements et les activités qu’implique la mise en valeur du lieu sont examinés de manière à faire ressortir les sources de stress. Les impacts identifiés sont par la suite caractérisés en termes de durée (impact temporaire ou permanent) et d’intensité (impact nul, faible, atténuable, non atténuable, inconnu). Des mesures générales visant à amoindrir les impacts négatifs anticipés sont ensuite définies.
Portée de l’évaluation environnementale
Cette évaluation environnementale est fondée sur la documentation existante ainsi que sur les avis de divers spécialistes de la gestion des ressources naturelles et culturelles. Les ressources biophysiques (sols, air, eau, végétation et faune) et les ressources culturelles (paysages culturels, patrimoine bâti et ressources archéologiques) sont considérées. Toutefois, l’examen des impacts cumulatifs se limite pour sa part aux éléments valorisés du milieu.
Conformité des orientations stratégiques du plan directeur
Les aménagements et les activités proposés dans ce plan directeur ne compromettent pas l’intégrité commémorative ni la connaissance et l’appréciation du patrimoine. Au contraire, ils fournissent dans l’ensemble un appui à ces composantes.
Les orientations stratégiques énoncées dans le plan relativement à la protection et à la mise en valeur des ressources naturelles sont relativement précises. Ces orientations sont assujetties à un éventuel plan de protection et de valorisation des paysages culturels. Les prescriptions de ce plan pourraient avoir une incidence sur la protection de ces ressources.
Identification des sources d’impacts et évaluation des préoccupations
L’analyse des impacts appréhendés sur les ressources naturelles révèle que la restauration des bâtiments, la valorisation des paysages et les visites autonomes soulèvent des préoccupations quant aux éventuels impacts négatifs que ces mesures pourraient susciter sur le milieu, tout particulièrement en ce qui a trait à la végétation. En effet, en raison de la superficie réduite du site, de la vocation touristique du secteur et de la difficulté d’en contrôler l’accès, l’utilisation du site en sera d’autant imprévisible et en période d’achalandage, les visiteurs seront plus difficiles à contenir dans les endroits aménagés. De plus, la faible épaisseur du till glaciaire sur laquelle se maintiennent les peuplements forestiers du cap Bonsecours confère à ce secteur une certaine fragilité, tout particulièrement en raison de sa susceptibilité aux érosions dans les pentes fortes.
Par ailleurs, il faut noter la présence d’herbe à la puce dans certains secteurs de la propriété, laquelle peut constituer un danger d’infection cutanée pour les personnes qui ont à effectuer des travaux de recherche et d’entretien ainsi que pour les visiteurs.
Les impacts appréhendés sur les ressources culturelles sont également préoccupants, mais ces impacts sont atténuants. Une préoccupation importante sous-tend les interventions proposées sur le paysage, qui a trait à la création d’un rapport de continuité entre le paysage culturel ancien et l’actuel processus de mise en valeur. Entre ces deux temps forts, s’est déroulé un scénario de dépérissement des ressources culturelles, y compris du paysage culturel. Dans ce contexte, il nous faudra voir, en nous appuyant sur des études ethnohistoriques, archéologiques et autres, à protéger et à rétablir ce qui fait l’esprit du lieu, par le renouvellement du dialogue entre le patrimoine bâti et son aménagement paysager propre.
Advenant que Parcs Canada puisse conclure un jour une entente qui lui permettrait d’aménager une aire de stationnement sur le terrain compris entre la gare de Montebello et l’allée seigneuriale, il va de soi qu’une telle implantation exercerait un impact sur ce milieu densément boisé. Une étude d’impacts environnementaux accompagnée de mesures d’atténuation devra être élaborée avant qu’interviennent les travaux de conception de ce stationnement.
Par ailleurs, les travaux de mise en valeur prévus pourraient avoir des effets secondaires négatifs sur les paysages culturels si les mesures appropriées n’étaient pas appliquées de façon stricte pour en protéger les éléments constitutifs lors des travaux (par exemple, en regard de la circulation de la machinerie lourde et de la disposition des déchets). Pour leur part, certaines ressources archéologiques pourraient, si on n’y porte 67 pas une attention particulière, être menacées par la circulation de véhicules, l’envahissement de la végétation (la glacière, par exemple) de même que la réalisation de travaux à proximité et d’interventions sur le paysage. Les ressources archéologiques qui n’ont pas encore été repérées sont vulnérables par le fait qu’elles ne sont pas perceptibles en surface et qu’elles ne peuvent faire l’objet de la protection requise.
Les modalités du transport en commun éventuel (navette) pourraient avoir un impact négatif sur la protection et la mise en valeur du patrimoine culturel du site (érosion, conflit avec les piétons, stationnement, bruit, poussière, etc.), si elles ne sont pas établies avec soin.
Enfin, la conservation et la sécurité des meubles et objets originaux qui seront utilisés dans la mise en valeur du manoir constituent une préoccupation qui n’a pas été négligée. En effet, des mesures d’atténuation ont déjà été proposées, notamment l’accompagnement des visiteurs par des guides-interprètes.
Impacts cumulatifs
Dans le cadre de cette évaluation environnementale stratégique, seuls les impacts cumulatifs sur les éléments valorisés du milieu ont été examinés. En s’appuyant sur les connaissances actuelles du milieu ainsi que sur l’interaction de la proposition de mise en valeur avec son environnement, les composantes clés mentionnées ci-dessous ont été retenues, soit :
- La végétation du site fait partie d’un massif forestier plus important dont la majeure partie échappe au contrôle de Parcs Canada. Ce massif forestier a déjà subi des stress à la suite de l’aménagement du site ainsi que du complexe hôtelier situé à proximité. D’autres stress viendront s’ajouter aux précédents, notamment lors de l’aménagement paysager et de la fréquentation accrue du site.
- En ce qui a trait au patrimoine culturel, les effets combinés du temps, des travaux de restauration et d’aménagements successifs ainsi que la fréquentation du lieu par un nombre considérable de visiteurs constituent des facteurs importants de stress sur des ressources somme toute fragiles et non renouvelables. Sans une approche respectueuse du tissu patrimonial et un contrôle du développement des infrastructures d’accueil et de visite, la conservation de caractéristiques essentielles du lieu historique national pourrait s’en trouver menacée.
Stratégies d’atténuation
Pour contrer les effets négatifs probables de la mise en valeur du lieu, les stratégies suivantes devront être appliquées :
- Lors des travaux de mise en valeur, des efforts seront consentis pour protéger les végétaux présents dans l’aire des travaux et à proximité.
- Pour sa part, le plan de protection et de valorisation des paysages devra tenir compte de l’évolution des groupements végétaux et cherchera à maintenir leurs caractéristiques s’il était nécessaire de créer des ouvertures pour recréer des paysages culturels.
- Pour prévenir les dangers d’infection cutanée reliés à la présence de l’herbe à la puce, un relevé périodique devra être effectué et sa présence sera signalée à l’aide de fiches d’identification. Lors de travaux de recherche ou d’aménagement, des vêtements et de l’équipement protecteur seront fournis aux employés. Au besoin, lorsque nécessaire, l’éradication ponctuelle et locale pourrait être envisagée.
- Un programme de fouilles préventives et/ou de surveillance archéologique devra être mis en oeuvre lors de l’exécution de tous les travaux d’excavation et de terrassement associés à la construction, à la réfection ou à la mise en valeur des ouvrages et bâtiments ou, encore, à l’implantation des infrastructures de service. Le cas échéant, des mesures (fouilles de sauvetage ou stabilisation du site) devront être prises pour éviter la dégradation des vestiges mis au jour à des fins d’exposition permanente.
Conclusion
Les résultats de cette évaluation environnementale nous amènent à conclure que, sur la base des renseignements disponibles, le concept de mise en valeur retenu pour ce site est acceptable, tant sur le plan environnemental que patrimonial. Dans l’ensemble, les orientations stratégiques qui y sont présentées appuient le mandat et les politiques de gestion de Parcs Canada. Toutefois, cet examen a fait ressortir certaines préoccupations sur le plan de la protection des ressources culturelles et naturelles. Des conflits potentiels entre la préservation de l’intégrité commémorative et la protection du patrimoine naturel ont également été notés. Ces conflits seront solutionnés ou, du moins, réduits lors de la préparation des différents plans de gestion, comme le plan de protection et de valorisation des paysages culturels et le plan de gestion des ressources naturelles.
À ce niveau général, l’évaluation environnementale indique que les orientations relatives à la mise en valeur de ce lieu historique n’entraveront pas l’atteinte des objectifs de préservation de l’intégrité commémorative et de protection du patrimoine naturel. Les impacts potentiels négatifs les plus préoccupants pourront être atténués par l’application de mesures techniques connues ou d’autres moyens prouvés efficaces dans le passé. Conformément aux dispositions de laLoi canadienne sur l’évaluation environnementale (LCÉE) ou des directives et des politiques du ministère de l’Environnement et de Parcs Canada, des évaluations environnementales plus approfondies devront être entreprises à une étape ultérieure de planification, lorsque les projets seront suffisamment définis.