Des rêves oubliés : un regard neuf sur d’anciens sites à pictogrammes dans l’Ouest canadien
Photographie numérique d’un pictogramme au lac Kootenay, en Colombie-Britannique Photo par Brad Himour, © Parcs Canada 2010
Photographie numérique traitée à l’aide du logiciel Dstretch d’un pictogramme au lac Kootenay, en Colombie-Britannique Photo par Brad Himour, © Parcs Canada 2010
Pendant des millénaires, les peuples autochtones de l’Ouest ont laissé dans la pierre des traces de leur culture sous forme de pictogrammes ou de peintures rupestres. Les pictogrammes servaient souvent à relater des événements importants, comme une bataille, un traité ou encore un long voyage. Mais ce qui fascine le plus dans l’art rupestre des Rocheuses canadiennes, c’est que les sites à pictogrammes dépeignent souvent l’aspect spirituel de la vie des Autochtones et offrent une rare occasion de jeter un coup d’œil sur les systèmes de croyances et les rituels qui font toute la particularité des cultures autochtones.
Au cours des deux dernières années, les archéologues de Parcs Canada du Centre de services de l’Ouest et du Nord ont travaillé avec les communautés autochtones afin de préserver et de protéger les sites d’art rupestre dans les environs du parc national Kootenay, en Colombie-Britannique, et d’en interpréter les pictogrammes. Le projet vise trois buts principaux :
- Préservation matérielle – photographie numérique
- Préservation culturelle – savoir traditionnel
- Communication de l’information recueillie.
Des aînés des communautés des Piikani (Pieds Noirs) et des Stoney de Nakoda (Chiniki) situées sur les contreforts est en Alberta, ainsi que des Kinbasket (Shuswap) et des Ktunaxa (Kootenay), d’après lesquels la région a été nommée, ont été interviewés pour nous aider à atteindre ces buts et à comprendre la signification des sites répertoriés.
Répertorier les sites
Aînés de la PN des Stoney de Nakoda aux sources Paint Pots Photo par Brad Himour, © Parcs Canada 2009
Des années d’exposition aux conditions climatiques ont pratiquement effacé les pictogrammes en bien des endroits, ce qui a compliqué la tâche des aînés dans l’interprétation précise des rares portions que l’appareil photo a pu saisir. La technologie logicielle de pointe en photographie numérique (logiciel Dstretch) a permis de bien saisir et de bien interpréter les peintures rupestres. En 2010, Parcs Canada a obtenu l’autorisation de Jon Harman (Dstretch.com) d’utiliser le logiciel Dstretch. L’imagerie numérique à contraste augmenté a beaucoup aidé les aînés dans leurs interprétations, comme en témoignent les photos du site à pictogrammes d’Okotoks en Alberta. Lorsqu’on leur a montré l’image à contraste augmenté, les deux aînés se sont avancés sur leur siège et ont dit : « C’est un long voyage. Les flèches pointent en direction du déplacement des voyageurs (vers le nord), tandis que les lunes (les cercles à gauche) indiquent le temps qu’il a fallu pour se rendre à destination. Comme on compte dix-sept lunes, il leur a fallu dix-sept mois pour faire le voyage. Les symboles en haut du pictogramme indiquent la raison du voyage. »
Photo ordinaire d’un pictogramme prise en lumière du jour à Okotoks Photo par Brad Himour, © Parcs Canada 2010
Image à contraste augmenté à l’aide du logiciel Dstretch du pictogramme photographié à Okotoks, Alberta Photo par Brad Himour, © Parcs Canada 2010
Des images de beaucoup d’autres pictogrammes ont été saisies dans le cadre du projet, notamment des sites dans les parcs nationaux Kootenay et Banff, ainsi qu’à Waterton, et elles feront l’objet d’interprétations. On prévoit déjà communiquer les images et les histoires qu’elles relatent dans différents formats à l’intention du grand public.
Le projet des pictogrammes nous rappelle la nécessité du respect et de la compréhension des aspects culturels lorsqu’il est question de l’histoire des Autochtones. En travaillant de concert, on peut dégager une appréciation des sites anciens que la science seule ne permettrait pas d’entrevoir. Les nouvelles technologies comme le logiciel Dstretch sont certes très utiles, mais au final, le savoir traditionnel est la clé pour comprendre le sens des images peintes il y a de nombreuses années comme témoignage à l’intention des générations futures. C’est un rare privilège que de pouvoir jeter un œil sur le passé et de partager son importance pour l’avenir.
Si vous avez des renseignements sur les pictogrammes dans les parcs des montagnes de l’Ouest canadien, veuillez communiquer avec Brad Himour, archéologue au Centre de services de l’Ouest et du Nord de Parcs Canada, Calgary, Alberta, Canada. Courriel : brad.himour@pc.gc.ca.