Parc national du Canada Vuntut

La harde de caribous de la rivière Porcupine

La harde de caribous de la rivière Porcupine
© Parcs Canada

Allées et venues

Les caribous ne se rendent pas compte qu’ils franchissent une frontière internationale. Pourtant, c’est ce que fait tout l’été une bonne partie de la harde de caribous de la Porcupine : les bêtes vont et viennent entre le Yukon et l’Alaska. Cette migration débute au printemps, lorsque les caribous quittent leur aire d’hivernage et remontent par le parc national Vuntut jusque dans le parc national Ivvavik sur le versant Nord du Yukon.

Une caribou femelle avec son petit
Une caribou femelle avec son petit
© Parcs Canada

Les caribous femelles gestantes se rendent tout droit dans la plaine côtière. Si le voyage se fait bien, la plupart d’entre elles se rendront jusque dans la réserve faunique nationale de l’Arctique, en Alaska, avant de mettre bas. Si le printemps est tardif et que le couvert de neige est encore épais, un plus grand nombre d’entre elles mettront bas dans la partie de l’aire de mise bas qui se trouve au Yukon, dans les limites du parc national Ivvavik, et parfois avant même d’atteindre l’aire de mise bas. Graduellement, la plus grande partie de la harde trouvera son chemin jusqu’à la partie de la plaine côtière en Alaska où le fourrage est le meilleur. L’étendue ouverte et égale de la plaine côtière leur permet également de voir venir les prédateurs, et les brises fraîches qui soufflent de l’océan Arctique les soulagent un peu des moustiques omniprésents.

Lorsque le printemps cède sa place à l’été et que les moustiques deviennent insupportables, les caribous battent en retraite et quittent la plaine côtière, parfois dans des groupes où les bêtes se comptent par dizaines de milliers. À la recherche de crêtes venteuses, de plaques de neige et de plaques de glace où ils peuvent éviter les moustiques, les caribous traversent à nouveau la frontière et repassent au Yukon. 

Un petit groupe de caribous adultes portant des bois traverse une pente herbue
Un petit groupe de caribou adultes
© Parcs Canada

À mesure que l’été progresse, ce sont les mouches qui commencent à apparaître. Au mois d’août, la majorité de la harde sera retournée en Alaska pour se disperser sur les hautes et éviter les mouches qui n’aiment pas le froid. Avec le refroidissement de la température et la diminution des insectes piqueurs, les caribous commencent à repasser la frontière et à retourner dans le parc national Vuntut. Dès que le temps se met au froid, ils se dirigent vers le sud et quittent le parc pour traverser la plaine Old Crow, en route vers leur aire d’hivernage au sud de la rivière Porcupine.

Des liens très anciens

Dans le village gwitchin d’Old Crow, sur la rivière Porcupine, l’excitation monte. Les caribous arrivent, et la récolte est une période très occupée. En amont et en aval, les gens patrouillent la rivière, ils observent et attendent. Chaque année, le moment et l’endroit où les caribous arrivent sont différents. Parfois, ils passent rapidement, en groupes nombreux, parfois, au contraire, ils arrivent par petits groupes et s’attardent pour paître. Tout dépend de l’endroit où les femelles ont mis bas, où elles se sont baladées, et du temps qu’il fait. Il arrive que les aînés du village le sachent, mais les caribous font toujours ce qu’ils veulent. Lorsque les caribous arrivent enfin, la nouvelle se répand à toute vitesse dans le village et même au-delà du village. Les chasseurs gwitchins et les chasseurs inuvialuits d’autres communautés intercepteront la harde plus loin au sud, là où elle franchit la route de Dempster.

Dépouillage d’un caribou près de la rivière Porcupine Dépouillage d’un caribou près de la rivière Porcupine
© Parcs Canada

Pendant plusieurs semaines, tout le village d’Old Crow se mobilise pour la récolte. Les hommes chassent, tandis que les femmes dépècent les bêtes et préparent la viande de différentes façons : pemmican, viande séchée, viande fumée ou encore hachée et congelée. Elles font bouillir les os et les sabots et elles préparent les peaux pour les tanner. Lorsque tout est terminé, rien n’aura été gaspillé, et personne n’aura été oublié. La famille d’un jeune garçon qui a tué son premier caribou lui préparera une fête. La communauté se rassemblera pour honorer le nouveau chasseur, et tout le monde célébrera en se réjouissant d’avoir encore une fois assuré leur subsistance grâce au caribou, comme ils l’ont toujours fait.

Hier, aujourd’hui et demain

La harde de caribous de la Porcupine parcourt le nord du Yukon, le nord-est de l’Alaska et la lisière nord-ouest des Territoires du Nord-Ouest. Pendant des milliers d’années, la harde a été la source de nourriture, de vêtements, d’outils et d’abris pour les Gwitchin et les Inuvialuit qui habitent cette région. Encore aujourd’hui, l’importance de la harde comme ressource de subsistance et comme source d’identité culturelle se maintient.

La harde de caribous de la rivière Porcupine
La harde de caribous de la rivière Porcupine
© Parcs Canada

Deux parcs nationaux du Canada protègent des aires qui sont importantes pour la survie à long terme de la harde de caribous de la Porcupine. Le parc national Vuntut, qui protège une partie du parcours de migration de la harde au printemps et à l’automne, a été créé dans le cadre de l’Entente définitive de la Première nation des Gwitchin Vuntut. Au nord, le parc national Ivvavik protège la partie canadienne de l’aire de mise bas. Ce parc a été créé dans le cadre de la Convention définitive des Inuvialuit.

En Alaska, l’aire fréquentée par la harde est protégée par la réserve faunique nationale de l’Arctique, notamment les principales aires de mise bas, situées sur la plaine côtière. Les pressions exercées pour ouvrir ces terrains de mise bas à l’exploitation pétrolière et gazière en ont fait l’objet d’une lutte épique qui n’est pas terminée.

Porcupine Caribou Management Board (anglais seulement)