Parc national et réserve de parc national du Canada Kluane

Le saumon kokani de Kluane

Kokanee salmon
© Parcs Canada/Sarah Davidson

De tous les parcs nationaux du Canada, ce n'est qu'au parc national et à la réserve de parc national Kluane que l'on trouve une population naturelle de saumons kokanis, appelés samäy ghra dans la langue des Tutchones du Sud. Le saumon kokani de Kluane descend probablement d'un stock de saumon rouge qui migrait autrefois du golfe d'Alaska jusqu'au réseau hydrographique du lac Kathleen en passant par la rivière Alsek. Le kokani a peut-être été confiné aux eaux intérieures de ce système par la crue du glacier Lowell, qui l'aurait empêché de retourner à l'océan. Désormais il passe par toutes les étapes de son cycle de vie sans quitter l'eau douce du réseau hydrographique du lac Kathleen.


Cycle de vie

géniteurs
Géniteurs
oeufs
Oeufs
alevins
Alevins
alevins vésiculés
Alevins vésiculés
Adultes
Adultes
© Parks Canada / Alida Allison / 2006

Vers l’âge de quatre ans, le kokani atteint sa pleine maturité et subit de grandes modifications en vue du frai. Le mâle prend une couleur rouge vif; une petite bosse se forme sur son dos et sa mâchoire s’allonge. La femelle prend une teinte rouge plus foncée.

Lorsque les géniteurs arrivent au ruisseau Sockeye, la femelle creuse un nid dans le gravier à l’aide de sa queue. Elle y dépose jusqu’à 1 000 œufs, qui sont fertilisés par le mâle. Elle couvre ensuite les œufs de gravier, toujours avec sa queue. Une fois tous les œufs pondus et fertilisés, les adultes meurent.

Les petits du kokani demeurent enfouis dans le gravier du ruisseau de frai même après l’éclosion des œufs, en janvier ou en février. Il s’agit alors d’alevins vésiculés qui tirent leur subsistance du sac vitellin attaché à leur corps. Après quelques mois, les alevins vésiculés deviennent des alevins et émergent du gravier; ils se laissent alors porter par le courant, et le cycle de vie recommence.

Déclin massif

Vue aérienne de l'embouchure du lac Sockeye
Embouchure du lac Sockeye
© Parcs Canada / R. Markel

Depuis près de 30 ans, les employés du parc surveillent les saumons kokanis qui retournent frayer dans le ruisseau Sockeye. Les montaisons comptaient en moyenne 2 800 poissons, mais ces nombres ont grandement diminué dans les dernières années. Seuls 730 géniteurs ont été recensés en 2002, puis 160 en 2003, 53 en 2004, 66 en 2005, 94 en 2006 et 88 en 2007.

Afin de protéger les poissons restants, Parcs Canada a interdit la pêche sportive du saumon kokani dans le parc en 2004. Les environs de la frayère sont désignés secteur de zone 1 (préservation spéciale). Les employés du parc mènent maintenant des recherches approfondies pour tenter de déterminer les causes possibles de ce déclin.

Prochaines étapes

Au fil des recherches, nous arriverons à placer de plus en plus de pièces dans le grand casse-tête que constitue la situation du kokani. Les résultats obtenus seront comparés à des données relevées précédemment dans l’espoir de découvrir pourquoi les populations de ce poisson semblent décliner.

Causes possibles

Garde de parc surveillant le cours d'eau de frai
Surveillant le cours d'eau de frai
© Parcs Canada / R. Markel
  1. Surpêche du kokani.
  2. Changement climatique perturbant le cycle de vie du poisson. Les alevins du kokani émergent peut-être avant l’apparition de leurs sources de nourriture.
  3. Modification de la composition chimique de l’eau des cours d’eau de frai. Les aiguilles que perdent les épinettes tuées par des insectes font peut-être augmenter l’acidité de l’eau.
  4. Hausse de la température de l’eau. Si la température des frayères monte au-dessus de 15 °C, les œufs du kokani risquent de ne pas survivre.
  5. Réchauffement de la température du lac. Un tel phénomène pourrait obliger les kokanis à rester au fond de l’eau, où il y a davantage de prédateurs.
  6. Augmentation de la concurrence que d’autres espèces de poissons font au kokani pour la nourriture.
  7. Changement du lieu de frai du kokani dans le réseau hydrographique du lac Kathleen.
  8. Apparition de maladies ou de nouveaux parasites.
  9. Situation normale qui se rétablira d’elle-même au fil des cycles naturels.

Recherche

Pour tenter de trouver la réponse à ces questions, les employés de Parcs Canada mènent les recherches suivantes :

Water sampler
Checking Water Quality in Kathleen Lake
© Parks Canada
  1. Mesure des changements dans le débit, la température et la composition chimique de l’eau des ruisseaux de frai.
  2. Collecte de données sur la température et le climat.
  3. Analyse du contenu de l’estomac des prédateurs.
  4. Mesure de l’abondance du plancton, principale source de nourriture des alevins du kokani.
  5. Comparaison de sondages des pêcheurs pour analyser les prises.
  6. Études hydroacoustiques permettant d’en apprendre davantage sur la dynamique des populations de kokanis dans l’écosystème du lac Kathleen.
  7. Examen d’études sur le déclin d’autres populations de kokanis en Amérique du Nord.

Nouvelles du kokani

Saumons kokanis frayant dans le ruisseau Sockeye
Saumons kokanis frayant dans le ruisseau Sockeye
© YTG Fisheries

Le nombre de saumons kokanis qui reviennent frayer demeure très faible, 489 en 2012. Une étude hydroacoustique effectuée en 2005 n'a montré aucun autre kokani ailleurs dans le système du lac Kathleen. Une étude vétérinaire completée en 2006 n'a pas permis de trouver de signe de maladie ni de parasite dans les poissons. Nous étudions toujours l'approvisionnement alimentaire du kokani et les liens possibles entre le réchauffement de la température de l'eau et le faible nombre de géniteurs.

Nous ne savons pas encore pourquoi le nombre de kokanis a tant diminué, mais petit à petit, nous en apprenons davantage sur l'ensemble du système du lac. Mieux nous le comprendrons, plus nous aurons de chances de percer le mystère du déclin de ce poisson.