Parc national du Canada Ivvavik

Milieu naturel

Climat

L'Arctique est une région marquée par les extrêmes, qu'il s'agisse de la lumière du jour, de la température ou du temps. Avec un mois d'obscurité l'hiver et deux mois de lumière constante l'été, les animaux et les plantes doivent profiter de la courte saison de croissance et pouvoir endurer les longs hivers rigoureux.

En été, la température moyenne à Ivvavik est de 14 °C et l'hiver, de -29 °C. Les précipitations annuelles sont si peu abondantes que l'Arctique est considéré comme un désert.

Les régions côtières sont fortement influencées par les masses d'air maritime. Des conditions subarctiques plus continentales (p. ex. moins de brouillard et de précipitations et de plus grands écarts de température) prédominent dans la région du centre et du sud du parc. Les monts Britanniques constituent un accident de terrain important qui influence le climat régional.

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Les monts Britanniques

Monts Britanniques près du ruisseau Sheep
Monts Britanniques près du ruisseau Sheep.
© Parcs Canada / Karsten Heuer, 29 août 2001

Les monts Britanniques dominent Ivvavik et représentent environ deux tiers de la superficie du parc. Ces monts, ainsi que le chaînon Barn à l'est, la chaîne de Brooks en Alaska à l'ouest et la plaine Old Crow au sud n'ont pas été englacés mais ont formé une vaste masse terrestre libre de glace appelée Béringie.

La région sans glace s'étendait jusqu'en Sibérie de l'est, traversant la mer de Béring par un large pont continental. La Béringie était un refuge où les plantes, la faune et les humains vivaient pendant la dernière période glaciaire il y a 14 000 à 30 0colonisées ans. Les terres adjacentes ont été colonisées au fur et à mesure que le glacier continental a fondu. De nombreux éléments du parc sont représentatifs des paysages non englacés. Les vallées en V, les collines coniques isolées et les promontoires rocheux de talus de bas nommés ostanets sont les plus évidents. La gélifraction, l'érosion éolienne et hydrique et la gravité qui déplace lentement la matière en pente descendante constitue les forces principales qui façonnent le territoire. Les crêtes et les pics des monts Britanniques s'élèvent à une altitude de 860 à 1 680 mètres et sont de plus en plus tourmentés d'est en ouest. Les vallées des rivières Babbage, Firth et Malcolm traversent ces monts du sud-ouest au nord-est. direction. La faune et les humains les empruntent poaur se déplacer depuis des milliers d'années.

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La rivière Firth

Canyon inférieur de la rivière Firth
Canyon inférieur de la rivière Firth.
© Parcs Canada / Karsten Heuer, juin 2002

La rivière Firth constitue un couloir naturel pour une faune riche et diversifiée et pour les visiteurs du parc qui veulent admirer la diversité du paysage arctique. La rivière offre 130 km d'eau navigable du lac Margaret (près de la frontière de l'Alaska) jusqu'à la mer de Beaufort en se dirigeant vers le nord. La rivière Firth coule assez lentement dans la large vallée mais devient plus vive au fur et à mesure que la vallée se rétrécit en s'approchant du ruisseau Joe.

Une fois qu'elle a dépassé le ruisseau Joe, sa pente s'accentue et le pagayeur rencontre de nombreux rapides de Classe II, III et IV. Environ à moitié chemin de l'océan, la rivière Firth pénètre dans un canyon et n'émerge pas avant d'atteindre la plaine côtière. Elle ralentit alors et se divise en petits chenaux entrelacés qui forment un delta à la lagune Nunaluk.

L'aufeis est associé au grand nombre de sources. L'hiver, l'eau de percolation gèle et forme des couches de glace qui ne cessent de s'épaissir. Ce sont de grandes étendues de l'aufeis en amont du lac Margaret ainsi que sur certains des affluents de la Firth, sur le delta et sur d'autres rivières du parc. La glace reste parfois toute l'année.


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La plaine côtière

Plaine côtière
Plaine côtière.
© Parcs Canada / Ian McDonald

La plaine côtière est une bande de terrain plat à ondulé qui s'étend vers le nord des collines Buckland à l'océan Arctique. La largeur de la plaine va de 30 km à l'est à 10 km à l'ouest. Au cours de la dernière période glaciaire, une langue du glacier continental s'étendait vers l'ouest à partir des monts Richardson et s'avançait le long de la plaine environ à mi-chemin entre les rivières Firth et Malcolm. En reculant, le glacier a laissé des tas de dépôts sédimentaires. Certaines de ses collines de débris glaciaires le long des collines Buckland contenaient des blocs de glace de l'ère glaciaire qui ont fondu et se sont affaissés en dépressions appelées kettles. Ces dépressions, souvent remplies d'eau, sont des caractéristiques bien particulières du paysage, tout comme les chenaux d'eau de fonte qui contenaient jadis des eaux de crue glaciaires.

Aujourd'hui, la plaine côtière subit les effets de refroidissement de la mer de Beaufort. La neige et la glace s'installent début octobre et ne fondent pas avant la mi-mai; la mer est encore gelée à ce moment là. Tout l'été, des floes et de la glace à la dérive se trouvent au large et peuvent atteindre la côte en tout temps. La présence constante de la glace rafraîchit l'air, retarde le début de la belle saison et en réduit la durée. La glace crée également des bancs de brouillard qui peut rendre les journées fraîches et humides. Comme sur toutes les côtes de l'Arctique, le vent est un facteur; il est froid, même au milieu de l'été lorsqu'il souffle du nord.

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La mer de Beaufort

Mer de Beaufort à la flèche Nunaluk
Mer de Beaufort à la flèche Nunaluk.
© Parcs Canada / Karsten Heuer, 2002

Tout le nord du Yukon est bordé par la mer de Beaufort, qui fait partie de l'océan Arctique. C'est un océan pris dans la glace pendant au moins huit mois de l'année. Des chenaux libres commencent à se former le long de la côte en avril mais la glace de rive ne se brise et ne dérive pas avant juin ou même juillet. C'est pourquoi l'étude de l'océan Arctique est difficile du point de vue technique et coûteuse. C'est le bassin océanique le moins connu.

La direction des courants du large influe sur la topographie du rivage et sur l'habitat et les habitudes migratoires de la faune. Les levées de galets et les îles, parallèles à la côte, offrent des aires de nidification importantes aux oiseaux de mer. Des limans protégés de l'océan par des flèches littorales, constituent des aires d'alimentation importantes pour les oiseaux et les poissons. Les courants ont un impact sur l'emplacement des chenaux libres dans la glace de rive au printemps. Les phoques et les baleines dépendent de ces chenaux pour se rendre dans des aires d'alimentation, de reproduction et de mise bas.

Les mêmes courants transportent du bois flotté vers l'ouest, de l'embouchure du fleuve Mackenzie et dispersent les billes sur des milliers de kilomètres du littoral. Ce bois procure un habitat essentiel à toute une gamme de petits mammifères et d'oiseaux nicheurs. Par le passé, les humaines dépendaient du bois de grève pour se garder au chaud et s'abriter sur la côte, comme en témoignent les nombreux abris, les huttes au toit de terre et les tombes.


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Géologie

Parcourir la rivière Firth est le moyen idéal d'apprendre à connaître l'histoire géologique de la région, qui est présentée par les couches de roche sédimentaire exposées dans les parois du canyon. Les plus anciennes de ces roches étaient autrefois des sédiments qui se sont lentement déposés dans un bassin océanique il y a 380 à 580 millions d'années. Le littoral du continent nord-américain se trouvait alors à plusieurs centaines de kilomètres au sud et à l'est. Depuis lors, le nord du Yukon a émergé puis a connu une succession de périodes de formation et d'érosion des montagnes.

Il y a quelque 400 millions d'années, d'immenses plaques d'écorce terrestre ont changé la direction de leur déplacement. Dans le monde entier, des chaînes de montagne se sont dressées vers le ciel lorsque les plaques de lithosphère se sont entrechoquées. À Ivvavik, on peut constater cette orogenèse sur les parois du canyon de la rivière Firth sous forme de couches pliées de schiste argileux et de calcaire. Le paysage a été usé depuis par d'innombrables années de vent et de pluie.

Les sédiments, déposés au fond de l'océan ou par des rivières qui traversaient de vastes plaines d'inondation, ont formé des strates horizontales de roche sur les lits déformés. Au fil du temps, ils sont devenus le calcaire, le grès et le schiste argileux qui constituent les fondations du parc. Certains sédiments ont été déposés pendant des périodes où le climat était beaucoup plus chaud qu'aujourd'hui.

Ce sont en partie les fossiles de plantes et d'animaux préservés dans les roches de la région qui racontent cette histoire. Des squelettes d'animaux marins qui n'habitent que des eaux chaudes sont conservés dans le schiste du canyon et on peut trouver des coraux fossilisés dans le calcaire dans la partie sud du parc.

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Pergélisol

Le climat du nord du Yukon est rigoureux même si nous sommes entre deux périodes glaciaires. Les hivers sont longs et froids et les étés, trop courts. La température moyenne sur l'année est si basse que la plus grande partie du sol dans le parc est gelé en permanence.

L'été, le nord du Yukon peut toutefois être étonnamment luxuriant et plein de vie. Toutes les précipitations et la neige fondante restent à la surface. Sans cette eau, certaines plantes et animaux ne survivraient pas. De plus, le chaud soleil estival fait fondre la couche supérieure du sol à diverses profondeurs, permettant le développement de racines.

L'action constante du gel discontinu sur les différents types de sol et sur le substratum produit toute une gamme de caractéristiques particulières au pergélisol : hummocks, tuscos, ventres de boeuf, cercles de pierres, et polygones concaves et convexes. Les lobes de solifluxion, une couche de sol dégelé glissant sur une couche de pergélisol, se déplacent lentement vers l'aval. Les roches souterraines montent à la surface et s'entassent en plaques verticales. Des blocs de glace fossile exposés sur les rives des rivières et sur le littoral fondent en été et causent des glissements de boue et du slumping. Le paysage du nord du Yukon a été façonné autant par les effets plus subtils du sol gelé que par les forces plus impressionnantes de sa géologie.

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Flore

Anémone de Nutall
Anémone de Nutall.
© Parcs Canada / PC-03540

Il existe trois types principaux de végétation dans le parc: toundra arctique, toundra alpine et taïga. La toundra arctique et la toundra alpine sont les plus communes. La taïga établit la transition entre la forêt boréale et la toundra et consiste en peuplements clairs d'épinette rabougrie et de peuplier baumier. Ces arbres poussent jusqu'à 30 km de la mer de Beaufort et se trouvent à l'extrémité nord de leur parcours naturel au Canada.

La profondeur du pergélisol et l'humidité disponible exercent une incidence sur la répartition des plantes dans le nord du Yukon. La durée du jour, la température de l'air et du sol, l'exposition au vent et les conditions d'enneigement ont aussi un impact sur le lieu et le mode de croissance des plantes. Dans vallée de la rivière Firth, les plantes plus délicates qui fleurissent et des peuplements d'arbres rabougris poussent sur les versants des montagnes et les berges des cours d'eau orientés vers le sud car ils sont protégés et reçoivent une abondance d'ensoleillement direct. Le pergélisol est donc plus bas dans le sol. Les vallées des rivières Malcolm et Babbage sont fortement influencées par le temps en mer de Beaufort : brouillard fréquent, température fraîche et vent constant. La végétation caractéristique de ces vallées comprend des graminées, du carex, des herbes et de petits arbustes.

Sur la plaine côtière proche de l'océan, le pergélisol est près de la surface et prévient la croissance d'arbres et d'autres espèces de plantes. Les plus grandes plantes ici sont des saules qui poussent le long du sol. Les zones humides de polygones sont remplies de graminées, de joncs et de carex. Les polygones convexes, le flanc des collines et les crêtes sont couverts de bleuets, d'airelles rouges et de mûres jaunes. Les fleurs de toutes les couleurs tapissent le parc, surtout de fin juin à début juillet. La floraison est retardée à certains endroits par la neige qui reste (p. ex. sur la plaine côtière) ou s'est accumulée (p. ex. le long des berges des cours d'eau ou du côté sous le vent des collines).

Toutes les plantes qui poussent dans l'Arctique ont évolué afin de survivre dans un environnement difficile. Certaines espèces développent une épaisse couche de duvet protecteur contre le froid. D'autres se protègent en poussant en coussinets ou en tapis. Certaines encore dirigent leurs fleurs en forme de coupe vers le soleil afin de concentrer les rayons sur les graines au centre des fleurs. D'autres encore ont des poils foncés qui absorbent la chaleur solaire. La plupart des plantes de l'Arctique sont à pousse basse car les conditions sont plus favorables près du sol. Un grand nombre change de couleur entre la mi-août et la fin août et forme une mosaïque brillante de jaune, d'orange et de rouge dans le paysage.

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Mammifères terrestres

Caribou de la Porcupine
Caribou de la Porcupine.
© Parcs Canada / Wayne Lynch, PC-02739

Le nord du Yukon, avec sa végétation diversifiée, peut assurer la subsistance de toute une gamme d'animaux. De nombreuses espèces de mammifères se déplacent librement entre les zones végétation tandis que d'autres préfèrent des habitats très particuliers.

La harde de caribous de la Porcupine fait sa migration annuelle des vallées boisées du centre-nord du Yukon à son terrain de mise bas sur la côte de la mer de Beaufort. Le boeuf musqué préfère la toundra ouverte de la plaine côtière mais on le retrouve parfois dans les vallées des montagnes. L'ours polaire passe le plus clair de son temps au nord du parc à chasser le phoque parmi les chenaux libres de la banquise au large; il vient toutefois à terre pendant l'année, particulièrement l'hiver. Le grizzli couvre tout le parc. Le renard roux et le renard arctique habitent tous deux à Ivvavik. Le mouflon de Dall se trouve ici à la limite nord de son aire de distribution géographique dans les monts Britanniques. L'orignal se rend parfois dans la plaine côtière mais préfère se nourrir au fond des vallées. Le loup et le carcajou vont là où ils trouvent suffisamment de proies pour assurer leur subsistance. La martre et le porc-épic vivent dans la forêt et s'aventurent aussi au nord que la limite des arbres.

Le sphermophile arctique prospère partout où il peut trouver un sol mou pour creuser son terrier, tout comme d'autres espèces à la tanière souterraine. Il existe six espèces de campagnol dans le parc et deux de lemming. Le campagnol chanteur est le plus vocal. On peut entendre son sifflement strident retentir dans la toundra. Les lemmings, connus principalement pour la nature cyclique de leurs populations, sèment dans la toundra leurs pistes, leurs terriers et leurs caches de foin.

Ivvavik, la Réserve faunique nationale de l'Arctique à l'ouest et le parc national Vuntut au sud protègent ensemble quelque 94 500 kilomètres carrés de territoire qui ne représentent qu'une petite partie de la région circumpolaire. Les espèces comme le caribou des toundras ont besoin de grandes étendues non développées. Elles ne s'arrêtent pas aux limites du parc ou aux frontières internationales. Ivvavik offre toutefois un refuge qui, s'il fait l'objet d'une gestion diligente, pourra assurer la subsistance de populations fauniques saines pendant de nombreuses années

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Poissons

L'ombre de l'Arctique et le Dolly Varden sont les espèces de poisson les plus connues du parc. La principale caractéristique de l'ombre est sa grande nageoire dorsale qui ondule comme une voile. L'ombre se trouve surtout d'insectes, qui abondent dans le nord du Yukon. Les rivières Firth et Babbage abritent des populations saines de Dolly Varden. La plupart sont anadromes : ils se rendent chaque été dans la mer de Beaufort pour se nourrir et reviennent dans les eaux douces des rivières pour frayer et passer l'hiver. Plusieurs des rivières et des ruisseaux du parc renferment des sources souterraines. L'eau douce continue de monter à la surface toute l'année et ces cours d'eau ne gèlent pas jusqu'au fond. C'est ici, dans des trous, que l'ombre et le Dolly Varden peuvent passer l'hiver.

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Oiseaux

Labbe à longue queue
Labbe à longue queue.
© Parcs Canada / Brian Johnston, août 1995

Le parc national Ivvavik est un habitat important pour une foule d'espèces d'oiseaux migratoires et résidents. Dans un monde où le nombre d'oiseaux diminue en raison de la destruction de l'habitat, Ivvavik offre un refuge où les oiseaux peuvent nicher et élever leurs petits. Certains oiseaux migrateurs (phalarope à bec étroit, pluvier doré) viennent d'aussi loin au sud que de la Patagonie au Chili, et certains même de l'Antarctique (sterne arctique). D'autres comme le traquet motteux, la bergeronnette printanière et le gorgebleue à miroir traversent la mer de Béring. Certaines espèces, notamment le harfang des neiges, le lagopède et le sizerin blanchâtre, sont hbaitent le parc toute l'année et ont développé des stratégies pour survivre au froid et au manque de lumière. Les corbeaux et les faucons gerfauts sont si bien acclimatés qu'ils peuvent commencer à nicher dès début avril.

La plupart des oiseaux qui se reproduisent et nichent dans le nord du Yukon ne peuvent pas survivre aux rigueurs de l'hiver. Ils reviennent avec le soleil. Tout un nombre d'entre eux arrivent lorsqu'il y a encore de la neige et ne partent pas avant le premier gel. La saison est courte pour assurer la survie de leur espèce et la toundra est pleine de vie pendant les longs jours d'été.

Les nombreux lacs qui parsèment la plaine côtière, les riches deltas et les limans, ainsi que les passages peu profonds offrent tous aux oiseaux un habitat essentiel, tout comme les vallées des montagnes, les canyons, les zones sèches de la toundra et les versants boisés. En août, la reproduction et la nidification sont terminées et la migration d'automne commence. Les oies des neiges venant de leurs sites de nidification dans les îles de l'Arctique arrivent sur la plaine côtière par milliers début septembre. Elles s'envolent lorsque les étangs commencent à geler et que l'hiver approche à grands pas.