Parc national du Canada de Prince Albert

Les Histoires des bisons

Marie-Krystel.
Marie-Krystel.
© M.K. Gauthier

Marie-Krystel Gauthier, QC, Assistante de recherche

Si on m’avait dit il y a cinq ans que je travaillerais un jour dans un coin reculé de la Saskatchewan pour effectuer une recherche scientifique sur le bison des plaines, j’aurais bien ri, je l’avoue. Ce fut pourtant l’aventure qui m’attendait à l’été 2006, au parc national de Prince Albert. Je fus en effet, pendant 12 semaines, l’assistante de recherche d’une étudiante au doctorat, et cela reste sans contester l’expérience la plus enrichissante de toute ma vie! Nous travaillions dans la partie la moins fréquentée du parc, là où se retrouvent les grands troupeaux de bisons. Ce sont des bêtes extrêmement imposantes et majestueuses, qui demeurent toutefois très craintives face à l’être humain (enfin, la majorité du temps, car on peut bien sûr tomber sur un vieux mâle que rien n’effraie vraiment). Nous devions les observer à chaque jour, beau temps mauvais temps, ce qui fut parfois éprouvant, je dois l’avouer. Mais je retiens surtout les belles journées ensoleillées d’été, où milles senteurs s’entremêlent et où il est facile d’apercevoir une multitude d’animaux sauvages dans leur habitat naturel. Je ne m’en serais bien sûr pas sortie sans l’aide et les conseils inestimables du garde de parc chez qui nous habitions, Monsieur Lloyd O’Brodovich. J’ai donc beaucoup appris en trois mois, mais j’ai surtout rencontré des tas de gens extraordinaires, pour qui la protection de la vie sauvage et l’environnement constituent une passion contagieuse.

Cette partie du parc national de Prince Albert est à découvrir absolument, le détour en vaut la chandelle, croyez-moi! Il n’en tient qu’à vous de découvrir cet endroit moins touristique qui réservera beaucoup de surprises aux amoureux de la nature qui savent se montrer patients et aventuriers…

Eva Paul, employée du parc

Nous avons entrevu les bisons pour la première fois alors que nous roulions en silence dans Walrod Meadow. Formant un groupe d’environ 25 mâles, femelles et petits, ils broutaient paisiblement les carex poussant de l’autre côté du pré vert luxuriant. Je savais que mes deux compagnons n’avaient jamais vu de bison sauvage auparavant et que je vivais un moment très spécial avec eux. Je me suis rappelé ma première rencontre avec le bison des plaines lors d’une randonnée à cheval dans le parc national du Canada de Prince Albert, l’euphorie que j’avais ressentie du fait de me trouver à proximité de ces puissantes bêtes et peut-être aussi l’appréhension que j’avais éprouvée à voir mon cheval et le bison se regarder avec curiosité.

Crapaud du Canada.
Crapaud du Canada.
© E. Paul / Parks Canada

J’étais accompagné de collègues de Parcs Canada qui en étaient à leur premier été sur place. Nous réalisions des relevés des amphibiens dans les milieux humides du parc. Bien que je sois ici depuis un peu plus longtemps que mes collègues, c’est toujours un privilège de me trouver du côté ouest et de profiter du terrain complètement différent et des espèces qui en font une partie du parc unique en son genre.

Nous nous sommes arrêtés et avons sorti nos caméras. J’ai encouragé mes compagnons à contourner le pré, en se tenant près des arbres, afin de s’approcher un peu. « Pas trop! », ai-je ajouté prudemment. « Mais vous pouvez sans danger vous approchez à moins de 100 mètres, s’ils se montrent coopératifs. » Il n’en fut rien. Ces bisons sont sans conteste des animaux sauvages qui nourrissent une méfiance certaine à l’égard de l’homme. Nous avons du nous résigner à voir la harde lentement disparaître dans les broussailles lointaines.

Nous avons ensuite travaillé en présence de ces animaux extraordinaires pendant quelques jours. Certains jours, nous pouvions parfois les apercevoir, alors qu’ils restaient totalement invisibles d’autres jours. Un jour, alors que nous gravissions la colline en provenance de la rivière Sturgeon, nous entendirent soudain retentir un martèlement…

de sabots.

Nous eûmes tout juste le temps de nous mettre à l’abri des arbres alors qu’une cinquantaine de bisons se précipitaient dans un bruit de tonnerre à au plus 10 mètres de nous. J’ignore ce qui les avait affolés ou vers quelle destination ils se hâtaient, mais je me rappelle avoir éprouvé un respect mêlé de crainte à la vue de ce spectacle aussi ancien que les collines.

Il n’y a rien de plus excitant que de se trouver en présence de bisons des plaines sauvages. On en compte seulement trois troupeaux évoluant en liberté au Canada. Le troupeau du parc se distingue comme étant le seul troupeau de bisons des plaines évoluant en totale liberté à l'intérieur de son habitat historique. C’est l’habitat où les bisons évoluaient, et où ils continuent d’évoluer en toute liberté.