Parc national du Canada des Prairies

« Chevêche des terriers »

Cette chouette des terroirs se lève méfiante sur ses longues pattes, fixant ses grands yeux jaunes en forme disque.
Cette chouette des terriers se lève méfiante sur ses longues pattes, fixant ses grands yeux jaunes en forme disque.
© Parcs Canada/ Wayne Lynch /08.81.10.02(03), 1980

La chevêche des terriers (Athene cunicularia hypugaea) est une espèce remarquablement bien adaptée à la Prairie. Ce petit hibou vit dans des trous abandonnés de spermophiles de Richardson (gaufres gris), de chiens de prairie, de renards, de coyotes et de blaireaux. Ses habitudes de vie souterraine lui ont d'ailleurs mérité un autre nom commun : la chevêche souterraine. La chevêche des terriers a de longues pattes et une tête typique de hibou, ce qui lui permet de scruter la prairie avec vigilance. Elle chasse tout le temps, se nourrissant d'insectes, de serpents, de grenouilles et de coléoptères durant la journée, et de souris, de musaraignes et d'autres petits mammifères durant la nuit. Pour chasser, elle préfère des secteurs couverts d'herbes hautes.

Figure 1
Les étendues actuelles et historiques de la chouette des terriers de l’Ouest de l’Amérique du nord. L’étendue actuelle est du sud de l’Alberta, Canada au Zacatecus, Mexique et s’étend aussi loin dans l’ouest qu’en Californie et à travers le Nebraska. L’étendue historique passe toute l’étendue mentionnée plus haut et s’étend un plus au nord dans la Saskatchewan et l’Alberta, le long de la côte californienne et aussi loin dans l’est que l’Iowa.
© Environement Canada / Troy I. Wellicome /2001

Figure 1. Habitat de la chevêche des terriers dans l'Ouest (fourni par Wellicome; régions forestières et montagneuses effacées). L'ombrage léger sert à délimiter l'habitat actuel (Haug et al. 1993, mis à jour grâce aux renseignements obtenus lors du 2e symposium sur la chevêche des terriers). L'habitat de reproduction des années 1970 est indiqué par des pointillés (modifié par Zarn 1974, mis à jour grâce aux renseignements obtenus lors du 2e symposium sur la chevêche des terriers).

Ses habitudes souterraines résultent en fait d'une adaptation à un environnement sans arbre. La chevêche des terriers préfère habiter la prairie d'herbe rase où elle trouve quantité de trous pour s'abriter, et fréquente donc la prairie herbeuse et les pâturages, c'est-à-dire des espaces dégagés. Il s'agit d'une espèce remarquablement bien adaptée à un environnement caractérisé par la présence d'animaux de pâturage (p. ex. bétail, bison), d'animaux de terriers, et un habitat dégagé, sans arbre. Malheureusement, les choses ne vont pas très bien pour la chevêche des terriers dans les régions fréquentées par les humains et où domine l'agriculture.

Il était courant jadis d'apercevoir des chevêches des terriers dans la prairie, mais les populations déclinent continuellement depuis les années 1930. On a d'abord désigné la chevêche des terriers comme espèce menacée, en 1979. Puis, la situation a encore empiré et en 1995, on la déclarait cette fois espèce en danger de disparition imminente. Les principaux facteurs du déclin sont la disparition et la fragmentation de son habitat, les accidents routiers, les pesticides, le manque de nourriture, la rareté des fournisseurs de terriers et la mortalité lors de la migration ou dans les régions d'hivernage.

Habitudes et habitat

La chevêche des terriers fréquentait à l'origine les quatre provinces de l'Ouest canadien, la majorité de la population se trouvant en Alberta et en Saskatchewan. Les populations de chevêches de la Colombie-Britannique et du Manitoba ont maintenant disparu, même si l'on tente, avec un succès très relatif, de réintroduire l'espèce à deux endroits en Colombie-Britannique. La population actuelle en Alberta et en Saskatchewan est estimée à moins de 1000 couples, dont deux cents vivent en Saskatchewan.

La chevêche des terriers se distingue des autres hiboux par sa petite taille, de longues pattes et ses habitudes de vie souterraine. C'est un oiseau migrateur qui passe l'hiver dans le Sud, aussi loin que le Sud du Texas et le Nord du Mexique. La parade nuptiale a lieu lorsque la chevêche revient dans les prairies canadiennes. Sa cour terminée, le mâle commence à aménager le terrier que le couple a choisi. Il y dépose des plantes sèches, des plumes et de la bouse de bovins qui, pense-t-on, aide à modérer l'humidité et la température du terrier. On croit également que la bouse sert à masquer l'odeur des chevêches. La femelle pond de 6 à 12 œufs et les couve pendant environ quatre semaines. Deux semaines après que les oisillons sont éclos, ils commencent à s'aventurer en dehors du terrier. Après trois semaines, leurs parents commencent à leur apprendre à chasser.

Les chevêches des terriers ne creusent pas leur propre terrier, mais aménagent des terriers de chiens de prairie, de blaireaux, de spermophiles de Richardson, de coyotes, et même de renards. Lorsqu'un prédateur s'approche, la jeune chevêche se retire dans le terrier et émet un bruit de serpent à sonnettes pour effrayer les intrus : une stratégie très efficace!

Les chevêches chassent dans un rayon de 250 mètres autour de leur terrier pendant la journée, mais peuvent s'en éloigner de 2 à 3 km pendant la nuit. L'activité a lieu principalement le matin et en soirée. Leurs proies sont surtout des insectes (sauterelles, coléoptères, etc.), des souris, des oiseaux, des serpents et des grenouilles. Parmi les prédateurs de la chevêche des terriers, mentionnons les faucons, les aigles, les renards, les coyotes, les blaireaux, les serpents, et les chats et chiens domestiques.

Que se passe-t-il?

Le facteur principal du déclin de la population de chevêches des terriers réside dans la disparition de l'habitat. En effet, il se trouve que l'habitat de prairie, celui que la chevêche préfère, est aussi du terrain hautement prisé pour l'agriculture. C'est ainsi que de l'ancienne prairie indigène, il n'en reste plus que 20 p. 100 d'intacts, et même dans certaines régions, comme les plaines de Regina, il en reste moins de 10 p. 100. Par conséquent, non seulement les chevêches des terriers des plaines de Regina occupent-elles des régions moins productives, mais elles occupent aussi des endroits tels que les fossés, les caniveaux, les emprises de chemin de fer, les fermes et autres lieux exposés à la circulation, à la pulvérisation, à la culture et à d'autres dangers. Dans le Sud de la Saskatchewan, ce sont les terres de l'Administration du rétablissement agricole des Prairies (ARAP), les terres d'élevage privées, les pâturages provinciaux et les terres du parc national du Canada des Prairies (PNP) qui constituent la grande part de l'habitat des chevêches des terriers.

Avec sa tête sortant du terroir rénové du chien de prairie, la chouette des terroirs jette un petit coup d'oeil en cas de danger.
Avec sa tête sortant du terrier rénové du chien de prairie, la chouette des terriers jette un petit coup d’oeil en cas de danger.
© Parcs Canada/ Wayne Lynch /08.81.10.02(01), 1980

Les pesticides constituent un danger tout aussi grave pour les chevêches des terriers. La lutte contre les sauterelles, à l'aide de produits chimiques tels que le Furadan 480F (carbofuran) compromet considérablement la reproduction des chevêches, réduit le nombre de leurs proies et le nombre de mamifères vivant dans les terriers. La pulvérisation de produits chimiques au-dessus des terriers entraîne souvent la mort des chevêches, ou des malformations chez les oiseaux. Le carbofuran interrompt la transmission des influx nerveux et a des incidences sur toutes les formes de vie. La faune prend souvent les granulés de carbofuran pour de la nourriture ou des gravillons, et les oiseaux peuvent aussi en ingérer en se lissant les plumes. Les chevêches des terriers consomment également souvent des sauterelles contaminées et ingèrent ainsi le poison. Le carbofuran est responsable d'au moins 50 massacres majeurs d'oiseaux, faisant des milliers de victimes.

Ça vous intéresse?

Des groupes comme Opération Chevêche des terriers et des régions comme le parc national du Canada des Prairies font tout leur possible pour protéger à la fois la chevêche et son habitat. Malgré leurs efforts, la chevêche continue d'être menacée par l'utilisation de pesticides et la disparition de son habitat.

Si vous repérez des chevêches des terriers, si vous en avez sur vos terres, ou enfin, si vous désirez participer aux efforts déployés pour les protéger, veuillez communiquer avec :

Saskatchewan Burrowing Owl Interpretive Centre
C.P. 1467
250 Thatcher Drive
Moose Jaw (Saskachewan) S6H 4H3
Tél. : (306) 692-2723
Téléc. : (306) 692-2762

Opération chevêches des terriers
a/s Nature Saskachewan

1860, rue Lorne, pièce 206
Regina (Saskatchewan) S4P 2L7
Tél. : (306) 780-9273 or 1-800-667-4668
Téléc. : (306) 780-9263
Courriel : obo@naturesask.ca
Site web : www.naturesask.ca/what-we-do/stewards-of-saskatchewan/operation-burrowing-owl (anglais seulement)