Réserve de parc national du Canada de l'Archipel-de-Mingan

Patrimoine naturel

Une flore aux mille visages

Saxifrages à feuilles opposées
Saxifrages à feuilles opposées
© Parcs Canada / Éric Le Bel

Malgré sa faible superficie, soit environ 110 km 2 , la réserve de parc national du Canada de l'Archipel-de-Mingan montre une très grande diversité d'habitats. Les tourbières, les marais salés, les forêts boréales, la lande, le littoral, autant de milieux naturels qui expliquent la grande concentration d'espèces végétales retrouvées sur le territoire.

En effet, plus de 450 espèces de plantes vasculaires, près de 190 espèces de lichens et plus de 300 espèces différentes de mousses ont trouvé refuge dans l'archipel de Mingan. En comparaison, malgré son immense territoire de plus de 225 000 km 2 , la Côte-Nord ne compte que 380 espèces de plantes vasculaires.

De plus, les conditions climatiques et maritimes ainsi que la nature calcaire du sol, font en sorte que la flore qui habite aujourd'hui les îles y est hautement résistante et spécialisée. Des 450 espèces de plantes vasculaires, 103 se sont vues accorder le statut de plantes « rares et d'intérêt ».

Les randonneurs peuvent découvrir ces milieux fascinants en empruntant des sentiers aménagés sur certaines îles, ou encore en longeant la zone de plage naturelle accessible. Vous pourrez ainsi profiter de ces trésors naturels sans en compromettre l'intégrité.

Seneçon
Séneçon faux-arnica
© Parcs Canada / Jacques Pleau

Entre terre et mer

Le bord de mer est omniprésent aux îles Mingan. Ce trottoir naturel tantôt sablonneux, tantôt rocailleux, permet de se promener à travers cet habitat que l'on nomme « littoral », domaine des plantes tolérantes au sel marin et à la sécheresse. La mertensie maritime ( Mertensia maritima ) avec ses fleurs d'un bleu lumineux ou encore le séneçon faux-arnica ( Senecio pseudo-arnica ) dont les fleurs sont de réels soleils, sécrètent d'astucieuses substances protégeant leur épiderme contre la déshydratation attribuable au sel et au rayonnement solaire. On nomme « pruine » cette poudre qui adhère au feuillage de la mertensie, alors que le séneçon, lui, se pare de poils et de cire.

Orpin rose accroché à la paroi d'une falaise rocheuse Les falaises
© Parcs Canada /
Y. Lafleur

Les falaises ont, elles aussi, leurs secrets. Les saxifrages ( Saxifraga sp. ), dont le nom signifie « briseurs de roche », trouvent leur compte dans ce terrain en apparence inaccessible. Chaque petite fissure dans la pierre est un point d'ancrage où les racines de ces plantes résistantes se faufilent. Et quelle splendeur ! C'est en juin qu'elles s'agencent en rocailles fleuries affichant l'éclat des fuchsia, des jaunes et des blancs auxquels vient s'ajouter la palette de couleurs d'autres espèces comme le violet des campanules et le rosé des primevères. Mais pour accepter de croître sur du calcaire, il faut être adapté à ces sols hautement alcalins. Ces plantes dites « calcicoles » ont en effet une grande tolérance au calcium, ce qui leur permet de peupler ces milieux inacceptables pour beaucoup d'autres espèces.

Presque arctique et pratiquement alpin

Ancienne plage de galets recouverte aujourd'hui d'îlots de végétation basse La lande à cailloutis
© Parcs Canada / Éric Le Bel

S'il est un milieu dans les îles Mingan qui mérite une attention toute particulière c'est bien l'habitat de la «  lande  ». Balayé par les vents, victime des éléments, ce milieu recèle un monde de richesses pour celui qui sait observer. La flore qui s'y développe, le climat et la morphologie des lieux donnent à cet habitat un aspect unique qui s'apparente à la fois à la toundra arctique et aux sommets alpins. On reconnaît la lande aux caractéristiques suivantes : une végétation au ras du sol et des conditions climatiques rigoureuses en milieu maritime.

La lande est le refuge de plus de 30 espèces de plantes vasculaires associées aux domaines arctique et alpin dont quelques représentants de la famille des orchidées, comme certains cypripèdes ( Cypridedium ) et le calypso bulbeux ( Calypso bulbosa var. americana ). À cela s'ajoutent plusieurs plantes aux formes et aux teintes diverses, dont la céraiste alpine ( Cerastium alpinum ), la dryade à feuilles entières ( Dryas integrifolia ), le silène acaule ( Silene acaulis ) et la primevère laurentienne ( Primura laurentiana ). Diverses espèces de lichens ainsi que quelques arbustes s'ajoutent au tableau floristique de la lande.

Couvrant 9 % de l'archipel de Mingan, ce milieu constitue un endroit de prédilection pour la nidification de plusieurs espèces d'oiseaux, dont les goélands, les sternes et l'eider à duvet. Dans l'archipel, il est possible d'observer cet écosystème notamment sur la Petite île au Marteau, l'île Nue de Mingan, l'île Quarry et sur l'île du Fantôme.

La beauté du milieu fait souvent passer sous silence sa très grande fragilité, à tel point que même une faible activité humaine pourrait avoir des conséquences graves sur la conservation du milieu. Demeurer sur les sentiers et admirer la lande à portée de quelques pas demeure encore la meilleure façon de vivre une expérience valorisante tout en respectant la nature.

Forêt boréale
Forêt boréale
© Parcs Canada / Andréa Saint-Germain

De mousse et d'ombre

La forêt boréale est de loin le milieu écologique le plus important des îles Mingan. Elle couvre près de 60% de la superficie totale du parc. Le sapin baumier ( Abies balsamea ) de même que l'épinette noire ( Picea mariana ) et l'épinette blanche ( Picea glauca ) composent la zone forestière des îles de Mingan. Ajoutons quelques bouleaux blancs ( Betula papyrifera ) et des aulnes ( Alnus sp. ) en bordure des ruisseaux et des étangs. Sur son tapis tissé d'une mousse plumeuse de type pleurozium, la forêt abrite une flore des plus représentatives du Québec boréal. Les clintonies boréales ( Clintonia borealis ), les platanthères ( Platanthera sp .), les monésès uniflores ( Moneses uniflora ) et les trientales boréales ( Trientalis borealis ) y abondent. Les sentiers de l'île Quarry constituent de merveilleux accès à la forêt qui, autrement, serait infranchissable tant elle est dense. Lors de votre progression vers l'intérieur de l'île, vous découvrirez une falaise perdue en pleine forêt. Ce témoin de l'émergence des îles après la dernière glaciation impose et surprend.

Tourbière
Tourbière à l'île Quarry
© Parcs Canada / Robert Cyr

Les pieds dans l'eau

La réputation de la Côte-Nord et de ses tourbières n'est plus à faire. Cet habitat fascinant et mystérieux se retrouve également sur les îles Mingan, mais revêt certaines particularités.

La sphaigne y forme d'immenses tapis mouvants parsemés çà et là de nombreux petits étangs. Des dépôts de calcium, caractéristiques aux tourbières des îles, rappellent la nature calcaire du sol, et viennent former des masses blanchâtres dans ces étendues d'eau, que l'on nomme « marne ».

Les tourbières de l'archipel de Mingan sont de véritables fabriques de matière organique où la famille des éricacées est fortement représentée. Les Vaccinium (airelles), Andromeda (andromèdes), Ledum, Rhododendron et Kalmia sont à l'honneur, pour ne nommer que ceux-là. Semblant défier la rudesse du climat, ces plantes s'ornent de fleurs fines et délicates, dès la fin du mois de juin.

Aux abords et même dans ces étangs à marne, on pourra reconnaître les trèfles d'eau ( Ményanthes trifoliata ), les sarracénies pourpres ( Sarracenia purpurea ) et autres plantes qui barbotent à loisir dans la tourbière.

Plantain maritime
Plantain maritime 
© Parcs Canada / Martin Thériault

Au gré de la marée

La présence de marais salés sur la côte nord du golfe est plutôt exceptionnelle. Alors que le littoral est habituellement composé de sable, de gravier ou de rochers, les marais salés de l'archipel contrastent par leur composition en particules limoneuses. L'absence de courant et l'apport d'eau limité au moment de la marée haute permettent aux fines particules de limon de se déposer et de former ce substrat vaseux typique des marais salés. Sur ce sol organique se sont fixés la spartine alterniflore ( Spartina alterniflora ), la salicorne d'Europe ( Salicornia europaea ), le plantain maritime ( Plantago maritima ) et autres représentants typiques de ce milieu humide.

Le marais salé qui soulève le plus d'intérêt est sans aucun doute le marais de l'anse à Loups Marins situé sur l'île Niapiskau. Deux flèches de sable viennent fermer l'entrée du marais à marée basse, limitant ainsi la circulation d'eau.

C'est l'automne qui rend au marais salé toute sa splendeur alors que les tons de rouge, d'ocre et de vert tournoient sous les rafales de vent. À cela s'ajoute la présence des oiseaux migrateurs qui s'arrêtent, comme au printemps, pour se nourrir de racines ou de petits invertébrés. On accède à ce petit paradis de l'île Niapiskau par un sentier pédestre qui longe le marais et, de là, on peut observer ce monde trop souvent inaccessible.

Visiteurs d'autrefois

La renommée de la flore de l'archipel relève surtout des travaux des frères Marie-Victorin et Rolland-Germain. Ces botanistes ont herborisé en Minganie au cours des années 1920, et ont contribué ainsi au recensement de cette flore qui comprend aujourd'hui plus de 450 espèces de plantes vasculaires, dont la présence d'espèces rares et typiques aux îles Mingan. « La découverte la plus spectaculaire de nos explorations dans l'Anticosti-Minganie est sans conteste celle du Chardon de Mingan », a révélé le frère Marie-Victorin. Le fruit du travail des Frères est présenté dans le livre Flore de l'Anticosti-Minganie .