Parc national du Canada de la Mauricie
Un paysage de lacs et de ruisseaux
Une omble de fontaine © Parcs Canada/Jacques Pleau Le parc national de la Mauricie présente un paysage constitué de collines arrondies et de vallées encaissées caractéristiques des Basses Laurentides. Le territoire a été libéré des glaces il y a environ 10 000 ans. Le relief en a gardé des traces sous forme d'accumulations de sable ou de gravier, telles les eskers et les moraines. Après le dégel, la mer de Champlain a envahi, pour une courte période, la partie sud-est du parc et la vallée de la rivière Saint-Maurice, laissant sur son passage plusieurs terrasses argileuses.
Le départ des glaces a favorisé la formation de plus de 150 lacs de dimensions et de caractères variés. Les petits lacs de tourbières aux eaux acides et noirâtres sont généralement situés en plus haute altitude, et les grands plans d'eau profonds aux eaux claires jonchent le fond des vallées. Cet ensemble est relié par un réseau complexe de ruisseaux ou petites rivières en cascade, qui se déversent ultimement dans les rivières Matawin et Saint-Maurice.
Peu après le départ des glaciers, la plupart des plans d'eau ont été isolés des grandes rivières suite au soulèvement de la croûte terrestre créant ainsi des seuils infranchissables par le poisson. Ce phénomène explique pourquoi, à l'origine, seule l'Omble de fontaine (communément appelée Truite mouchetée) était la seule espèce présente dans la majorité des lacs et cours d'eau. L'invasion de la mer de Champlain à cette même époque, a aussi permis à l'Omble chevalier, l'Épinoche à neuf épines et le Chabot à tête plate de coloniser les lacs de basses altitudes qui forment le réseau des lacs à la Pêche, Isaïe, Français et Bérubé. Ces particuliarités du territoire et la qualité des ressources halieutiques ont été à l'origine de la création de clubs de chasse et pêche prestigieux dès 1883.
Aujourd'hui, on retrouve quelque 19 nouvelles espèces de poissons introduites volontairement ou involontairement par l'homme et réparties au hasard des événements historiques. De façon générale, les plans d'eau les plus accessibles sont ceux qui ont accueilli le plus grand nombre de nouvelles espèces (18 espèces au lac à la Pêche, 9 au lac Wapizagonke et 8 au lac Édouard). Les conséquences de ces introductions sur les espèces indigènes, et plus particulièrement sur l'Omble de fontaine, ont été dramatiques. Sans la présence des clubs Laurentian et Shawinigan, la situation aurait probablement été pire.
Parmi les joyaux que recèle le parc, mentionnons les quatre grands lacs du secteur du lac du Caribou qui contiennent uniquement l'Omble de fontaine. Pour sa part, le lac Français soutient la seule population d'Ombles chevaliers du territoire. Il est à noter que l'Omble de fontaine est toujours l'espèce dominante d'un bon nombre de lacs, particulièrement dans la portion nord du parc.
Les eaux du parc sont principalement à caractère acide ou neutre. Elles soutiennent une faible productivité biologique représentative des lacs jeunes aussi appelés oligotrophes. L'acidité naturelle a été fortement accentuée par les pluies acides. Ce phénomène a été particulièrement important, et a probablement eu plus d'effets sur les petits lacs de tête que sur les grands plans d'eau. On reconnaît la présence de l'exploitation forestière sur le territoire du parc dès 1849. Durant 120 ans, la coupe du bois et la drave ont touché tous les bassins versants et la majorité des plans d'eau du parc. Les traces de cette époque sont bien présentes partout sur le territoire: anciens barrages, traverses de chemins, accumulations de billots de bois au fond des lacs, amas de sédiments dus à l'érosion, nivelage des ruisseaux permettant le passage du bois, présence de murets de pierres permettant d'orienter le courant de l'eau. L'impact de ces actions sur le milieu a probablement été majeur, mais il reste méconnu jusqu'ici.
L'homme a profondément modifié l'environnement aquatique du parc. La disparition récente d'au moins 38 populations d'Ombles de fontaine due à des causes variées en est une preuve. C'est en gardant en mémoire cette particularité de l'histoire que l'on tente aujourd'hui de comprendre l'état des ressources et de développer les stratégies de conservation requises pour la protection et le maintien des caractéristiques naturelles du territoire.
Pour ce faire, il est d'abord nécessaire d'établir le meilleur portrait possible de la réalité historique afin d'identifier les différentes composantes naturelles de la biodiversité locale. Ensuite, il est essentiel de reconnaître les stress qui menacent, perturbent ou modifient leur évolution propre, qu'ils soient d'origine interne ou qu'ils proviennent de l'extérieur du parc. Enfin, il faut déterminer les moyens par l'entremise desquels il sera possible d'atténuer les effets néfastes sur les ressources, de corriger les situations inacceptables et de restaurer les habitats et les populations qui représentent un intérêt majeur de conservation. L'objectif ultime et désiré est de permettre à cet ensemble de lacs, de cours d'eau, de forêts ainsi qu'aux organismes vivants qui les habitent de se perpétuer à l'abri de l'influence humaine pour le bénéfice des générations présentes et futures.
Pour en savoir plus:
- ENVIRONNEMENT CANADA, PARCS CANADA, Parc national de la Mauricie - Synthèse et analyse des ressources naturelles, non publié, Service de la conservation des ressources naturelles, région du Québec, 1981, 2 volumes.
- PLANTE, MICHEL 1996. Plan de conservation des écosystèmes aquatiques, Parc national de la Mauricie. Parcs Canada, Service de la conservation des ressources naturelles, District de la Mauricie.
- ANGER, B. BERNATCHEZ, L, ET P. MAGNAN, 1997. Diversité génétique des populations d'omble de fontaine (Salvelinus fontinalis MITCHILL) du parc national de la Mauricie et stratégies de conservation. Rapport final. Parcs Canada, Service de la conservation des ressources naturelles, Région du Québec. 153 pages.
- PLANTE, MICHEL 1996. Les communautés de poissons du parc national de la Mauricie, de l'origine à aujourd'hui. Non publié. Parcs Canada, Service de conservation des ressources naturelles, District de la Mauricie, 94 pages.
- Ces ouvrages peuvent être consultés à la bibliothèque de Parcs Canada à Québec. Il est également possible de les emprunter grâce au service de prêt entre bibliothèques (418) 649-8259.