Parc national du Canada Forillon
La vraie nature de Forillon
Une étroite bande de terre au relief accidenté, bordée de falaises, balayée par le vent et rongée par les vagues. C'est ainsi que vient mourir la vaste péninsule gaspésienne, face à l'immensité du golfe Saint-Laurent. Dans un dernier soubresaut vigoureux, la nature a créé des paysages d'une grande beauté ... Le parc national Forillon en fait un héritage pour tous.
Un livre ouvert sur des environnements anciens
Le parc national Forillon est un endroit privilégié pour l'observation des formations rocheuses, une sorte de calendrier des temps géologiques. On y retrouve, de façon bien visible, dix formations géologiques distinctes qui viennent se juxtaposer en une bande étroite, ce qui constitue un phénomène exceptionnel. L'histoire de leur mise en place s'étend sur trois périodes différentes au cours desquelles s'est effectuée l'accumulation des sédiments marins qui la compose, soit l'Ordovicien (plus de 500 millions d'années), le Silurien (450 à 500 millions d'années) et le Dévonien (345 à 450 millions d'années). Ces structures rocheuses qui affleurent dans le parc ont une longue histoire géologique. Elles témoignent de façon éloquente des agitations de la croûte terrestre qui sont à l'origine de la chaîne de montagnes des Appalaches.
Les fossiles que l'on retrouve dans les strates de calcaire et de grès sont d'autres manifestations étonnantes qui contribuent à préciser l'âge relatif des roches, les séquences d'apparition de la vie sur terre ainsi que les conditions climatiques qui prévalaient alors.
Le parc est situé dans une région de falaises côtières. Rien d'étonnant alors que ce dernier accuse un relief relativement prononcé qui reflète bien la structure géologique sous-jacente. Dans la moitié sud du parc, le relief est influencé directement par les strates rocheuses auxquelles les forces tectoniques ont imposé une inclinaison de 20 à 30 degrés. Il en est résulté un système de chaînons montagneux légèrement inclinés vers la mer au Sud et se terminant abruptement, au centre du parc, par des murailles rocheuses alignées parallèlement au trait de la côte. Dans la moitié nord, on retrouve un relief plus ondulé, d'altitude généralement inférieure à 300 mètres. Le paysage y est entrecoupé de nombreuses vallées étroites et encaissées, toutes orientées vers le golfe du Saint-Laurent.
La mer a par ailleurs moulé la côte d'une manière très variée en y sculptant des plates-formes littorales, des hautes falaises, des anses ainsi que des grottes.
Un climat tempéré par la mer
Enfants se baignant
© Parcs Canada/J. Audet
Le parc national Forillon jouit d'un climat plus doux que celui auquel on pourrait s'attendre sous une latitude aussi nordique, en raison de la proximité de la mer qui a pour effet de rafraîchir les étés et de modérer les rigueurs de l'hiver. Les températures moyennes de juillet et de janvier sont de 17 et de -10 °C respectivement, alors que les résultats correspondants affichés pour Québec (19 et -10,6 °C) et Montréal (21 et -9,5 °C), endroits sensiblement plus au Sud, diffèrent peu. Les précipitations totales annuelles sont en moyenne de 100 cm, comparativement à 92 cm pour le Québec méridional. La plus ou moins grande proximité de la mer, la physiographie particulière du territoire, l'altitude ainsi que l'orientation des vents dominants sont cependant au nombre des facteurs qui contribuent à différencier localement, parfois de façon marquée, les conditions climatiques à l'intérieur du parc.
À la rencontre de l'eau douce et de l'eau salée
Chute
© Parcs Canada/J. Audet
Le parc national Forillon est l'endroit de rencontre de trois types de milieux aquatiques: milieux d'eau douce, saumâtre et marine.
De nombreux ruisseaux coulant en cascade sillonnent le territoire du parc qui est drainé par deux cours d'eau principaux: les rivières de L'Anse-au-Griffon et au Renard. On n'y retrouve que cinq petits lacs, tous situés à plus de 350 mètres d'altitude: le lac au Renard (13 ha) et les quatre lacs de Penouille qui totalisent 10 ha.
Dans la baie de Gaspé, les eaux salées se mêlent aux eaux douces de plusieurs rivières, produisant ainsi une eau saumâtre. Le marais salé de Penouille subit régulièrement des variations de salinité de diverses intensités et constitue un habitat particulier offrant abri et nourriture à une grande diversité d'êtres vivants.
Enfin, la mer, composante dominante du paysage, ne constitue toutefois qu'une mince bande du parc, soit une largeur de 0,16 km sur un pourtour de 25 km de rivages, depuis Petit-Gaspé jusqu'au cap Bon Ami ainsi que dans le secteur de Penouille.
Là où des plantes nordiques et méridionales se côtoient
Le parc national Forillon s'impose en particulier par une étonnante diversité végétale. Cette pluralité n'est pas étrangère à la présence de dix milieux écologiques distincts: la forêt, les falaises, les prairies alpines, les champs en friche, les dunes, les lacs, les cours d'eau, les marais d'eau douce et d'eau salée ainsi que le littoral. La forêt couvre 95 % de la superficie terrestre du parc. Elle est représentative du paysage de la forêt boréale coniférienne ainsi que de la forêt mixte. La sapinière à Bouleau jaune, l'érablière à Bouleau jaune ainsi que la sapinière à Bouleau blanc et Dryoptéride spinuleuse sont des groupements végétaux typiques qu'on retrouve sous l'influence du climat régional.
Presqu'île de Forillon
© Parcs Canada/J. Beardsell
Cependant, d'autres facteurs tels les dépôts meubles, le sol, le drainage et la pente contribuent à diversifier considérablement les types de couverts forestiers. Un total de 63 groupements végétaux forestiers ont été inventoriés. Dans cette trame de fond où domine la forêt, les 696 espèces végétales du parc national Forillon constituent une flore impressionnante. Certaines communautés végétales sont d'un grand intérêt: la flore arctique alpine des falaises, la végétation des dunes ainsi que celle des marais salés.
Les chaînes montagneuses de l'ouest canadien et américain ainsi que les falaises marines de la Gaspésie, et particulièrement celles du parc national Forillon, sont considérées comme des habitats reliques de l'époque tardiglaciaire pour des plantes habituellement à distribution beaucoup plus nordique. Les prairies alpines du Cap-Gaspé, de même que les talus d'éboulis et les parois des falaises calcaires exposés aux intempéries du golfe Saint-Laurent servent ainsi de domaine à quelque 115 plantes d'affinité arctique ou alpine.
Vue de la presqu'île de Penouille
© Parcs Canada/J. Beardsell
La presqu'île de Penouille recèle des groupements végétaux et une flore d'une grande valeur qui s'installent au gré de l'instabilité du substrat des dunes, de la nature siliceuse du sable et de l'épaisseur des sols organiques.
Le marais salé situé à proximité de Penouille représente un autre type d'habitat spécifique où croissent des plantes bien adaptées à la nature saumâtre de l'eau et au jeu des marées.
Au parc national Forillon, la végétation, la topographie, la mer et les traces d'utilisation laissées par l'homme sont les éléments de base d'un environnement très complexe. Les nombreuses niches écologiques que l'on y retrouve favorisent une très grande diversité faunique: les espèces animales se répartissant depuis les invertébrés marins jusqu'aux ongulés, en passant par les oiseaux et les mammifères marins.
Des mammifères aux oiseaux marins, une faune diversifiée et observable
Renard roux
© Parcs Canada/J. Pleau
Bien que d'essence maritime, le parc bénéficie d'une population intéressante de mammifères. En effet, on y retrouve une bonne partie des espèces les plus communes de la forêt boréale. L'Orignal est le plus imposant des mammifères terrestres et il se sent à l'aise sur ces terrains accidentés, couverts de vastes forêts résineuses échancrées en bordure par d'anciennes terres agricoles où il se nourrit de broussailles. On peut y observer également un grand carnivore, l'Ours noir, ainsi qu'une variété de petits mammifères tout aussi importants les uns que les autres dans l'équilibre écologique. Les plus visibles sont: le Castor, le Renard roux, le Coyote, le Lynx, le Lièvre d'Amérique, le Porc-épic, la Marmotte, le Vison, I'Hermine, le Tamia rayé ainsi que l'Écureuil roux.
Couple de mouettes tridactyles au nid
© Parcs Canada/M. St-Amour
Les oiseaux marins confèrent au parc une saveur maritime évidente. Les migrations printanières ramènent chaque année le Cormoran à aigrettes, le Guillemot à miroir, la Mouette tridactyle, le Petit pingouin et les goélands, attirés par les sites de nidification favorables et l'abondance de la nourriture dans les eaux du golfe du Saint-Laurent et de la baie de Gaspé. Les falaises marines du secteur du cap Bon Ami abritent le plus grand rassemblement d'oiseaux du parc en période de nidification dont plusieurs milliers de Mouettes tridactyles.
Perdus dans l'effervescence de l'avifaune marine, les oiseaux terrestres sont tout de même abondants puisqu'on en dénombre plus de 225 espèces dont 124 sont nicheuses. Les forêts et les champs accueillent toute une gamme de petits oiseaux constituée particulièrement de bruants, parulines, geais, pics et grives. Ce sont également des milieux intéressants pour l'observation des 26 espèces d'oiseaux de proie qui fréquentent le parc et dont les plus abondantes sont celles de la Buse pattue (en période de migration seulement), du Busard Saint-Martin et de la Crécerelle d'Amérique.
Grand héron
© Parcs Canada/M. St-Amour
Parmi les espèces particulières au littoral, un échassier remarquable, le Grand héron, vient habituellement se nourrir dans le marais de Penouille. Le littoral est aussi un endroit de prédilection pour la Sterne pierregarin, le Balbuzard, les goélands et divers bécasseaux.
Une abondance insoupçonnée de vie marine
Phoques communs
© Parcs Canada/J. Audet
Le milieu naturel constitué par la rencontre de la terre et de la mer représente un potentiel élevé pour la faune marine, puisqu'il bénéficie des apports d'éléments de deux milieux différents. Les invertébrés marins comme les moules, les oursins, les crabes et les homards se retrouvent sur les fonds rocheux ou sableux en bordure du parc. La côte de la baie de Gaspé, avec ses cuvettes marines, est particulièrement riche à ce point de vue. Aussi, le Phoque commun, qui s'y reproduit, ainsi que le Phoque gris utilisent régulièrement les côtes rocheuses du parc comme sites de repos.
Sept espèces de baleines fréquentent les eaux riches en nourriture avoisinant le parc. Le plus grand et le plus petit cétacé s'y donnent rendez-vous: le Rorqual bleu, le plus gros animal de tous les temps, et le Marsouin commun.
Une richesse exceptionnelle pour les générations futures
Globicéphales noirs
© Parcs Canada/J. Beardsell
Le parc national Forillon permet de préserver un exemple représentatif de l'une des grandes régions naturelles de ce pays au profit des Canadiens afin qu'ils puissent apprécier une des richesses exceptionnelles de leur patrimoine.
Pour en savoir plus
Le Castor, emblème des parcs nationaux
La Mouette tridactyle, un oiseau au pied marin
Fonction de la conservation des ressources naturelles
Activité éducative