Parc national Forillon

Forillon, une riche histoire


La péninsule de Forillon a été façonnée par le vent, les marées et… ses habitants! Des Amérindiens aux soldats de la Deuxième Guerre mondiale, en passant par les pêcheurs, les marchands et les gardiens de phare, tous ont laissé leur trace dans l’histoire et les paysages du territoire.

Les Amérindiens, premiers habitants de Forillon

Les Amérindiens fréquentaient le territoire de Forillon bien avant l’arrivée des Européens. 

La presqu’île de Penouille

Les premiers habitants du territoire

Les Amérindiens fréquentaient Penouille de façon saisonnière, pour y vivre et y tailler des outils de pierre. Selon les archéologues, ils auraient commencé à occuper la terrasse surplombant le marais salé de Penouille (sous le stationnement de l’actuel bâtiment d’accueil), il y a environ 4 000 ans. Sur la presqu’île de Penouille, les traces des populations amérindiennes datent d’environ 2 600 ans (période du Sylvicole moyen).

Les fouilles archéologiques réalisées à Penouille nous ont livré une quantité impressionnante d’éclats de taille révélant la présence d’ateliers de taille de la pierre. De nombreux outils et plusieurs traces de foyers témoignent par ailleurs des activités artisanales et domestiques qui se tenaient sur le site. Le grand nombre de tessons de poterie retrouvés à Penouille en fait aujourd’hui le site le plus important de la Gaspésie pour représenter la période sylvicole (ère de la poterie).

La vallée de L’Anse-au-Griffon

Les Amérindiens fréquentaient également la vallée de l’Anse-au-Griffon. Ce « portage » aurait été couramment utilisé comme corridor naturel pour traverser la péninsule de Forillon et passer ainsi du golfe du Saint-Laurent à la baie de Gaspé. Trois des quatre sites archéologiques répertoriés sont perchés sur des plates-formes naturelles qui offraient une vue dégagée sur la vallée et sur ses environs.  
 

Régime français, premiers postes de pêche

Le 14 juillet 1534, Jacques Cartier longe le littoral de Forillon et s’ancre dans la baie de Gaspé pour s’abriter d’une tempête. Deux jours plus tard, de forts vents incitent l’explorateur français à pénétrer plus profondément dans la baie, vers l’embouchure de la rivière York qui fait face à la presqu’île de Penouille. Le 24 juillet, il prend solennellement possession du territoire au nom du roi de France en érigeant une croix sur l’une des pointes du havre de Gaspé. Laquelle? Le mystère reste entier!

Malgré la croyance populaire, Jacques Cartier n’était pas le premier Européen à « découvrir » la région. Des pêcheurs européens visitent la Gaspésie dès le 15e siècle, attirés par ses ports naturels, ses eaux poissonneuses et ses plages accueillantes. Des flottilles de bateaux basques, français, portugais et espagnols viennent y pêcher la morue. Or, ces pêcheurs ne sont pas des colonisateurs. Ils arrivent au printemps, pêchent tout l’été, et repartent l’automne venu. Ainsi, dans sa période la plus populeuse du Régime français, Forillon atteint à peine 300 personnes.

Les archéologues ont néanmoins trouvé d’abondantes traces témoignant de l’occupation de Penouille au Régime français : fragments de grès normands du 16e et 18e siècle, fragments de bouteille de verre et de brique française, clous forgés, etc. Ces artefacts ajoutés aux vestiges de « cabanes temporaires » (restes de plancher, de cheminée en torchis, etc.) témoigneraient de la visite de pêcheurs saisonniers venus de la Normandie.

Régime anglais, des familles s’enracinent

Lors de la Conquête de la Nouvelle-France par la Grande-Bretagne (1758), les troupes anglaises du général Wolfe détruisent les postes de pêche de la péninsule de Forillon. De Penouille à l’Anse-aux-Sauvages, en passant par Grande-Grave, les soldats brûlent maisons, chaloupes et agrès de pêche et détruisent plusieurs milliers de quintaux de morue.

Après la guerre, des soldats britanniques viennent s’établir dans la région de Gaspé-Forillon, conscients des possibilités économiques de la péninsule et de son importance stratégique.

C’est ainsi que, dès 1764, Richard Ascah, officier de l’armée britannique, s’établit à Penouille (Peninsula, en anglais) avec sa famille. Peu à peu, la région accueillera des immigrants d’Angleterre, d’Écosse, d’Irlande, de Nouvelle-Angleterre et, surtout, des îles anglo-normandes de Jersey et Guernesey, des îles situées entre la France et l’Angleterre et politiquement rattachées à la Grande-Bretagne.

De l’île Jersey à Forillon

La conquête britannique ouvre la voie aux entrepreneurs des îles de Jersey et Guernesey qui s’intéressent bientôt aux eaux poissonneuses de la Gaspésie. Le marchand jersiais Charles Robin s’établit le premier,  dans la Baie-des-Chaleurs, dès 1767. D’autres Jersiais suivront ses traces, dont les frères Janvrin (Francis et Phillip) qui, à compter de 1798, contrôlent le commerce de la morue dans toute la baie de Gaspé et le pourtour de la péninsule de Forillon, de Malbaie jusqu’à L’Anse-au-Griffon.

Toujours à la recherche de main-d’œuvre, les compagnies de pêche jersiaises recrutent un grand nombre de pêcheurs, commis, charpentiers, marins et autres ouvriers de Jersey et de Guernesey. Plusieurs noms tels que Bourgaise, Fruing, Gavey, Janvrin, LeBoutillier, Lemesurier, Lescelleur, Luce, Pipon, Roberts et Simon témoignent de l’importance de ces familles anglo-normandes dans le peuplement de Forillon. 

 

Grande-Grave, typique village de pêche gaspésien 

Grande-Grave Grande-Grave

Des pêcheurs européens fréquentent le site de Grande-Grave dès l’époque du Régime français. Attirés par la proximité des bancs de morue et par le havre sûr qu’offre la baie de Gaspé, ils affectionnent aussi les anses et les plages de galets de la péninsule de Forillon idéales pour faire sécher le poisson.

En 1798, la compagnie jersiaise Janvrin s’établit à Grande-Grave et incite les pêcheurs à s’y installer de façon permanente. Pour assurer leur rentabilité, les compagnies de pêche comme la Janvrin créent plusieurs postes de pêche côtiers et mettent sur pied un système de crédit à l’intention des pêcheurs. C’est ainsi que des familles de pêcheurs s’installent dans les anses de Forillon… pour y rester.

Un deuxième joueur entre bientôt en scène à Grande-Grave. Le Russe William Hyman y fonde une nouvelle compagnie de pêche en 1845, en s’inspirant du modèle jersiais. Quelques années plus tard, la compagnie Janvrin passe aux mains du Jersiais William Fruing. Ces deux compagnies (Fruing et Hyman) emploient ensemble une cinquantaine de pêcheurs. Grande-Grave devient ainsi l’un des plus importants postes de pêche de la pointe gaspésienne.

Cette seconde moitié du 19e siècle représente « l’âge d’or » du village. Près de 400 personnes habitent alors à Grande-Grave (englobant Petit-Gaspé, l’Anse-Saint-Georges et l’Anse-aux-Sauvages). Le village bourdonne d’activité! Sous le contrôle des deux grandes compagnies, les pêcheurs résidents et saisonniers, pêcheurs-cultivateurs, commis, artisans et leur famille s’affairent à capturer la morue et à la transformer en produit salé-séché, la fameuse « Gaspé Cure », qui sera massivement exportée en Italie, en Espagne et aux Antilles.

Les bâtiments historiques du secteur de Grande-Grave

Visitez nos expositions et voyagez dans l’histoire en compagnie de nos interprètes passionnés! Les maisons et les bâtiments authentiques de Grande-Grave sont les derniers témoins d’un village de pêche autrefois typique de la côte gaspésienne.

 

Vallée de l’Anse-au-Griffon, vivre de la terre et de la forêt

Forest scene Scène forestière

La Gaspésie fut longtemps « le pays de la morue », sous la gouverne des compagnies de pêche. Devant la puissance de ces entrepreneurs, le clergé catholique exhortait les Gaspésiens à varier leurs moyens de subsistance, notamment en cultivant la terre. Or, la géographie de Forillon, avec son relief accidenté, ne favorisait pas l’agriculture à grande échelle, à l’exception d’un secteur : la vallée de l’Anse-au-Griffon.
 
En 1851, la vallée est arpentée et ouverte à la colonisation. L’entrepreneur jersiais John Le Boutillier, établi à l’embouchure de la rivière de l’Anse-au-Griffon, y fait construire, en 1856, la première route carrossable. Dès l’année suivante, on compte dans la vallée 14 maisons. En 1900, 37 familles y vivent, tirant leur principal revenu de la culture de céréales et de légumes, ainsi que de l’élevage pour le lait et la viande.

Outre leurs terres en culture, ces familles possèdent souvent un lopin boisé qu’ils savent mettre à profit. Bientôt, les moulins à scie établis dans la vallée tournent à plein régime : planches et madriers pour la construction résidentielle ou navale, bardeaux de cèdre, douves pour les boucauts, ces gros barils à morue, poutres pour la construction ou la réparation des quais et des ponts... En plus des petits entrepreneurs locaux, des compagnies d’exportation installées à l’embouchure de la rivière, comme la Calhoun Lumber Co. du Nouveau-Brunswick, s’approvisionnent en bois auprès des agriculteurs du coin. Pour les gens de la vallée de l’Anse-au-Griffon, à l'inverse des gens de Grande-Grave, la pêche est ainsi reléguée au rang d’activité d’appoint.  


Cap-Gaspé, un phare au bout du monde

Juché sur une falaise de 95 mètres, le phare de Cap-Gaspé guide les navigateurs depuis plus de 140 ans. Le premier phare de Cap-Gaspé, construit en 1873, était une maison-phare de bois typique des phares construits le long du Saint-Laurent au 19e siècle. Incendié, il sera remplacé en 1892 par un second phare, très semblable au premier.

La position du phare de Cap-Gaspé, au sommet de la falaise, offre bien sûr une parfaite visibilité, tant du côté de la baie que du côté du golfe. Toutefois, le bâtiment ainsi exposé aux grands vents et aux intempéries se détériore rapidement. La tour du deuxième phare s’effondre d’ailleurs en 1946. Un troisième phare, en béton cette fois, est érigé en 1950. C’est ce même phare que vous pouvez admirer aujourd’hui.

Lieu : À 4 km de marche de l’Anse-aux-Amérindiens
Le site du phare de Cap-Gaspé est accessible à pied ou à vélo via le sentier des Graves.

Fort Péninsule, Seconde Guerre mondiale

Fort Péninsule est la seule batterie côtière de la Seconde Guerre mondiale qui soit entièrement préservée et accessible au public au Québec. Ce site émouvant est aussi le principal vestige de la base navale de Gaspé, l’un des principaux postes militaires canadiens de la Seconde Guerre mondiale. De 1942 à 1944, des « U-boote » (sous-marins allemands) pénètrent dans le golfe et dans le fleuve Saint-Laurent. Ils  y coulent 23 navires alliés. C’est la Bataille du Saint-Laurent. La guerre, jusqu’alors lointaine, devint d’un seul coup proche, menaçante et bien concrète pour les Gaspésiens.

illustration representing a soldier at Fort Peninsula Soldat à Fort Péninsule

Les stratèges de la Marine canadienne choisissent alors la baie de Gaspé pour y établir une base navale. Vaste port naturel, cette baie offre l’un des meilleurs havres d’Amérique. Bien abritée par le relief de la côte et par les pointes sablonneuses de Penouille et Sandy Beach, elle est très profonde, et facile à défendre. Enfin, sa position géographique en fait un choix stratégique pour assurer la défense du fleuve et du golfe Saint-Laurent.

Inaugurée le 1er mai 1942, la base navale de Gaspé jouera un double rôle : protéger la baie de Gaspé (désignée pour abriter une partie de la flotte alliée en cas d’invasion de la Grande-Bretagne par l’Allemagne nazie), et contribuer à protéger les navires alliés naviguant dans le Saint-Laurent.

Ce complexe militaire, baptisé « H.M.C.S. Fort Ramsay », comprend alors la base navale elle-même, les trois batteries de défense côtière de Fort-Haldimand, Fort-Prével et Fort Péninsule, un gigantesque filet sous-marin fermant la baie de Gaspé aux sous-marins allemands, ainsi qu’une flotte comprenant 19 navires de guerre. 

Fort Péninsule en vidéo

Lieu : Fort Péninsule, sur la route 132 près de Penouille
Fortifications souterraines à visiter!
Une aire de pique-nique avec toilette vous permet de profiter pleinement de l’endroit.