Trésors culturels | Historique de la présence humaine à Forillon

Une riche histoire

Anse-Blanchette
Anse-Blanchette
© Parcs Canada/J. Beardsell

Par ses aménagements et ses efforts de conservation, Parcs Canada vous invite à découvrir ce volet historique de la présence humaine à Forillon. Des bâtiments authentiques restaurés avec soin, des expositions thématiques, des sentiers d'interprétation, des films, des activités d'interprétation et de l'animation historique feront en sorte que toute la famille puisse s'initier à cette page du passé.

Grande-Grave, un village de pêcheurs à flanc de coteau

À la fin du XIX e siècle et au début du XX e, de mai à octobre, Grande-Grave bourdonnait d'une activité intense. Sous le contrôle omniprésent de deux puissantes compagnies de pêche, des centaines de familles établies le long de la côte et des travailleurs saisonniers s'affairaient à capturer la morue et à la transformer en produit salé-séché, la fameuse « Gaspé Cure » massivement exportée en Italie, en Espagne et aux Antilles.

Grande-Grave
Grande-Grave
© Archives nationales du Canada/Thomas Pye, 1866

Des 26 bâtiments historiques conservés sur la rive sud de Forillon, deux en particulier témoignent de l'aspect commercial et industriel de cette communauté de pêcheurs. Le magasin Hyman est l'authentique résidence que se fit construire William Hyman en 1864. Le rez-de-chaussée devint magasin général de cette compagnie en 1918 et c'est cette ambiance d'époque que vous pourrez découvrir en prenant connaissance du vaste inventaire reconstitué: anciennes boîtes de conserve, remèdes, vaisselle du dimanche, outillages pour la ferme, agrès de pêche, vêtements, etc.

Une salle de projection attenante au magasin présente le vidéo « Mémoire de sel ». À l'étage, l'exposition « Vivre au rythme des saisons » aborde les tâches qui incombaient aux familles pour assurer leur subsistance étroitement reliée aux ressources naturelles du milieu.

Magasin Hyman et entrepôt
Magasin Hyman et entrepôt
© Parcs Canada/J. Audet

L'entrepôt Hyman servait autrefois à accumuler les énormes quantités de morue séchée produites au fil de l'été, avant qu'elles ne prennent la route maritime des pays lointains. Des expositions illustrent de belle façon ce volet international du commerce du poisson au tournant du siècle.

Au magasin Hyman, le personnel vous accueille et vous offre une incursion dans le passé grâce à des jeux éducatifs et à de l'interprétation personnalisée.

Vue de l'intérieur de la maison Blanchette
Vue de l'intérieur de la maison Blanchette
© Parcs Canada/J. Beardsell

Tandis qu'à la « grande-grave * » des centaines d'hommes engagés par les compagnies s'affairaient dans un incessant travail à la chaîne, plusieurs familles installées à proximité des petites anses réalisaient à moindre échelle toutes les étapes de capture et de transformation de la morue qu'elles allaient ensuite livrer aux compagnies. Hommes, femmes et enfants contribuaient à ce gagne-pain collectif et complétaient leur subsistance par un peu d'agriculture et d'élevage.

L'Anse-Blanchette propose une visite de la maison familiale, de la grande-étable, du hangar à poisson, du hangar à bois, du chafaud et des installations liées à la production de poisson séché. Dans cette maison meublée et décorée selon le style des années 1920, des animatrices et des animateurs costumés vous accueillent et vous font revivre cette belle époque par leurs dialogues d'autrefois et leurs talents de musiciens et d'artisans. Le vidéo « On regardait toujours vers la mer » est présenté dans la grange.

* grave: plage de galets où l'on faisait sécher la morue.

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Une présence plus que millénaire

Pointes de projectile
Pointes de projectile
© Parcs Canada/J. Jolin

Grâce à des fouilles archéologiques préliminaires effectuées en 1994 à l'initiative de Parcs Canada, une présence amérindienne paléohistorique peut maintenant être prouvée en ce qui a trait à la vallée de l'anse au Griffon. Quatre nouveaux sites ont livré des preuves matérielles indéniables, surtout des éclats de débitage de la pierre pour le façonnement d'outils.

Trois de ces sites occupaient d'anciennes terrasses d'origine marine, et ces plates-formes naturelles favorisaient certainement un contrôle visuel du paysage.

Entre le golfe et la baie

La datation préconisée pour le site le plus concluant est d'environ 9 000 ans avant aujourd'hui. Mais concernant les millénaires qui suivirent, on peut présumer que la vallée de L'Anse-au-Griffon a connu une occupation de longue durée par les Paléo-amérindiens et leurs successeurs, et qu'elle fut couramment utilisée comme corridor de transit entre le golfe Saint-Laurent et la baie de Gaspé.

Cueillir, chasser et pêcher

Appuyant leur subsistance sur une connaissance intime du milieu naturel et de ses ressources, ces groupements humains ont eu à composer avec les caractéristiques du climat. Il y a 9 000 ans, celui-ci était plus froid et plus humide que présentement et l'analyse de pollens fossiles en Gaspésie indique une végétation d'arbustes et d'arbres résineux plutôt dispersés. Par contre, de 7 000 à 4 000 ans avant aujourd'hui, un réchauffement optimum a permis la propagation de forêts de chênes, d'ormes et d'érables à sucre.

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Partis de Jersey et de Guernesey

Cod Dressers
Cod Dressers
© Parks Canada

Sous le Régime français, la côte gaspésienne demeure pour ainsi dire privée d'un peuplement durable. Les efforts d'implantation que l'on entreprend se soldent par des échecs.

Sous la domination britannique, des entreprises anglo-normandes spécialisées dans le commerce de la morue réussissent finalement à s'établir sur les rives du golfe Saint-Laurent, notamment à la baie des Chaleurs et ailleurs en Gaspésie.

Pour assurer la rentabilité, les compagnies créent plusieurs postes côtiers et élaborent un système de crédit à l'intention des pêcheurs. Plusieurs familles d'immigrants viennent donc s'installer en permanence dans la région, à la recherche de main-d'oeuvre, ces compagnies recrutaient activement des familles, pour la plupart, elles aussi, de Jersey et de Guernesey. Sur la côte de Forillon, des noms tels que Bourgaise, Fruing, Gavey, Janvrin, LeBoutillier, Lemesurier, Lescelleur, Luce, Pipon et Simon sont donc étroitement liés à l'histoire du commerce et de la pêche artisanale d'autrefois.

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Des entrepreneurs efficaces

Anse-aux-Sauvages
Anse-aux-Amérindiens
© Parcs Canada

Au siècle dernier, les familles établies sur le pourtour de Forillon vivent essentiellement de la pêche. Elles travaillent pour les grands exportateurs et réussissent à subvenir à leurs besoins en pratiquant une agriculture d'appoint.

Pour soutenir toute activité économique, la mise en place de certains services de base est primordiale. À peine arrivés de Guernesey en 1817, les frères Pierre et William Simon ne tardent pas à passer aux actes. En quelques décennies, l'Anse-aux-Amérindiens devient un centre névralgique. Un moulin à scie, ouvert en 1841, permet à la population locale de transformer rapidement tout le bois dont elle a besoin pour construire des barges, des installations de pêche et des habitations. La même année, on construit un moulin à farine qui attire en nombre les pêcheurs cultivateurs de toute la région. Le blé, rappelons-le, est une denrée de toute première importance dans leur alimentation.

Les Simon ouvrent ensuite une forge, même si la compagnie Fruing de Grande-Grave en exploite déjà une. Ils répondent ainsi aux besoins grandissants des gens qui veulent faire fabriquer ou réparer leur outillage, leurs gréements de pêche et leur matériel de transport.

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L'agriculture comme gagne-pain

Scène agricole
Scène agricole
© Parcs Canada/C. Soucy

La Gaspésie fut longtemps « le pays de la morue », sous la gouverne monopoliste des compagnies étrangères. Mais devant cette industrie, le clergé exhortait les Gaspésiens à appuyer leur subsistance sur des moyens plus variés, en accordant notamment une plus large part à la culture de la terre.

La géographie gaspésienne ne favorise pas partout une agriculture sur des terres de qualité. Mais, à l'Anse-au-Griffon ce fut possible, surtout dans cet axe de développement que constitue la vallée.

À l'époque du Régime français, un sentier transitait déjà par ici pour rejoindre au plus direct la baie de Gaspé. En 1851, des travaux gouvernementaux d'arpentage ouvraient enfin la vallée à la colonisation. Sous l'instigation de l'entrepreneur morutier John Le Boutillier établi à l'embouchure de la rivière, le « Portage » devint carossable en 1856 et dès l'année suivante, on y comptait 14 maisons. En 1900, 37 familles occupaient les lots, tirant leurs revenus principaux de la culture de céréales et de légumes et de l'élevage pour le lait et la viande.

Pour les gens du Portage, à l'inverse de la population côtière, la pêche était reléguée au rang d'activité d'appoint.

La forêt à profit

Scène forestière
Scène forestière
© Parcs Canada/C. Soucy

Plus encore que l'agriculture, c'est l'industrie du bois qui parvint à diversifier l'économie gaspésienne traditionnellement basée sur la pêche. À la fin du XIX e siècle, l'exploitation forestière connut un véritable essor et L'Anse-au-Griffon sut en profiter.

Un bon chemin donnant accès à l'arrière-pays constituait un atout de taille. Les gens du « Portage », outre leurs terres en culture, possédaient un lopin boisé qu'ils mirent à profit selon les essences résineuses ou feuillues.

Les demandes de produits furent nombreuses pour faire tourner les moulins à scie établis dans le Portage: planches et madriers pour la construction résidentielle ou navale, bardeaux de cèdre, douves pour les boucauts ces gros barils à morue, poutres pour la construction ou la réparation de quais et de ponts ... En plus des petits entrepreneurs locaux, des compagnies d'exportation installées à l'embouchure de la rivière, telle la Calhoun Lumber Co. du Nouveau-Brunswick, s'approvisionnaient en bois auprès des agriculteurs des environs.

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Un petit phare sur une haute falaise

Vue aérienne du Cap-Gaspé
Vue aérienne du Cap-Gaspé
© Parcs Canada/J. Beardsell

Les phares sont habituellement de hautes tours. Le petit phare de Cap-Gaspé ne mesure que 12,8 mètres de hauteur. Mais comme il est juché sur une falaise de 95 mètres, même de loin, au large, les marins peuvent voir sa lumière.

Une lueur à l'horizon

Dans l'obscurité ou le mauvais temps, le navigateur se laisse guider par les signaux lumineux émis par le phare pour éviter les obstacles et parvenir à bon port. À Cap-Gaspé, trois phares se sont succédés depuis 1873. On est toutefois resté fidèle à un même type d'éclairage.

L'appareil d'éclairage adopté à Cap-Gaspé est appelé catoptrique. Ce mot vient du terme grec « katoptrikos » qui signifie « miroir ». Ce système comporte un réflecteur parabolique argenté qui capte les rayons émis par une source lumineuse et les projette en faisceaux parallèles sur un plan horizontal.

Un cri dans la brume

Par mauvais temps, les signaux sonores venaient suppléer la lumière du phare qui ne peut plus percer le brouillard.

Chaque station de phare lançait un cri spécifique qui permettait au navigateur de faire le point pour savoir où il était rendu. Le signal propre à Cap-Gaspé comportait deux cris à la minute. Il se décomposait en:

  • un cri de 3 secondes;
  • un silence de 3 secondes;
  • un cri de 3 secondes;
  • un silence de 51 secondes.

L'arrivée des nouvelles technologies de positionnement géographique, tel que les GPS (Système universel d'orientation) ont facilité la tâche aux navigateurs ...les phares sont désormais silencieux.

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Sur les sentiers de la Seconde Guerre mondiale

Soldat à Fort-Péninsule
Soldat à Fort-Péninsule
© Parcs Canada/A.-C. Delisle

Un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale s'est déroulé dans la baie de Gaspé. Au début des hostilités, la Défense nationale réquisitionna le site du futur Fort Péninsule et y installa une batterie côtière afin de protéger le port de Gaspé contre une éventuelle attaque ennemie.

Voyez notre nouvelle vidéo sur Fort Péninsule!

Une rade stratégique

Vaste port naturel, la baie de Gaspé offre l'un des meilleurs havres d'Amérique. Bien abrité tant par le relief de la côte que par les pointes sablonneuses de Penouille et de Sandy Beach, le bassin de Gaspé est facile à défendre. De plus, les navires de fort tonnage peuvent y mouiller l'ancre.

La défense s'organise

Tirant profit des avantages naturels de la baie de Gaspé, les stratèges militaires y construisent une base navale. Des défenses fixes en protègent les approches. Ce système comprend un filet anti-sous-marin, tendu entre Sandy Beach et Penouille et trois batteries côtières: Fort Prével, Fort Haldimand et Fort Péninsule.

Le 1er mai 1942, la base navale « H.M.C.S. Fort Ramsay » est officiellement inaugurée. Trois mois plus tard, on y retrouve plus de 2 000 hommes détachés par les trois corps d'armée (Marine, Armée, Aviation). La flotte affectée à Gaspé regroupe 19 navires de guerre, dont 5 balayeurs de mines, 6 vedettes « Fairmile », un yacht armé et 7 corvettes. De plus, l'Aviation y affecte aussi quelques appareils amphibies.