Merveilles naturelles

Le castor, emblème des parcs nationaux

Texte : Denis Comeau

castor
Castor
© Parcs Canada

Le territoire du parc national Forillon est sillonné de petites rivières et de ruisseaux qui servent d'habitat à une diversité faunique tant aquatique que terrestre. Les conditions qui prédominent sur un bon nombre de ces cours d'eau favorisent la construction de barrages et l'établissement de colonies par le castor. En effet, depuis la création du parc, la population de castor n'a cessé de croître de sorte qu'aujourd'hui, cette espèce constitue une composante importante des écosystèmes à Forillon.

Un rongeur sans égal

Le Castor est un rongeur de grande taille de la famille des Castoridés dont il est le seul représentant en Amérique du Nord. Il vit généralement en groupe familial ou en colonie. Le Castor est essentiellement une espèce semi-aquatique qui fréquente les cours d'eau et les lacs. Ce milieu lui offre une certaine protection contre les prédateurs en lui permettant de se déplacer avec aisance, chose qu'il réussit avec beaucoup moins d'agilité sur la terre ferme.

Arbre rongé par un castor
Arbre rongé par un castor
© Parcs Canada

La caractéristique la plus marquante du Castor est sa queue, plate et écailleuse, qui peut servir d'appui lorsqu'il abat un arbre, de gouvernail quand il se déplace dans l'eau, de réserve de graisse en période hivernale ou encore de mécanisme d'alarme pour avertir ses congénères d'un danger imminent.

Les yeux du Castor sont pourvus d'une paupière nictitante pour les protéger sous l'eau. Ses narines et ses oreilles sont également adaptées pour les déplacements subaquatiques, se refermant automatiquement lorsqu'il plonge. Ces adaptations, jumelées à une capacité respiratoire tout aussi remarquable, permettent au Castor de demeurer sous l'eau jusqu'à quinze minutes!

Outre l'homme et ses activités de trappage, le Castor possède peu d'ennemis. L'Ours noir, le Coyote, la Loutre de rivière et le Lynx du Canada sont quelques espèces qui peuvent s'attaquer au Castor, principalement lorsqu'il s'éloigne de la protection de son étang.

Une population qui se rétablit

Au Canada, l'exploitation du Castor pour la fourrure est une activité qui est généralement contrôlée par l'entremise de permis ainsi que par l'établissement de saisons de trappage. Aujourd'hui, les populations de Castor sont relativement stables, mais ce ne fut pas toujours le cas. Au XVII e siècle, la fourrure de Castor était très recherchée. Le piégeage incontrôlé jusqu'à la fin du XIX e siècle entraîna une diminution importante des populations de Castor, et même sa disparition dans certaines régions.

Aujourd'hui, l'aire de distribution du Castor s'étend du nord du Mexique jusqu'au début de la toundra arctique. Le Castor s'est installé pratiquement partout où l'on retrouve une végétation et un plan d'eau pouvant subvenir adéquatement à ses besoins.

Depuis la création du parc en 1970, la population de Castor a beaucoup augmenter. En effet, selon des estimations, seulement 7 colonies y étaient présentes à cette époque. Lors d'un inventaire aérien effectué par la Fonction de la conservation des ressources naturelles en 1980, ce chiffre était passé à 23. En 1991, un recensement en dénombrait 73. La dernière étude, qui date de 1996, a permis de dénombrer 46 colonies de Castors.

La taille moyenne d'une colonie se situe généralement entre 4 et 6 individus. On peut donc estimer la population totale, à Forillon, entre 184 et 276 castors. Sur le territoire du parc, ceci correspond à une densité de 0,204 colonies/km 2.

L'inventaire de 1996 a permis de mettre en évidence une diminution du nombre de colonies actives au parc par rapport à 1991. Même si certaines hypothèses peuvent être avancées, il demeure difficile à l’heure actuelle d’identifier la cause exacte de cette baisse. Il faudra attendre les résultats d’un prochain inventaire pour savoir si cette diminution est ponctuelle ou encore si elle fait plutôt partie d’une réelle tendance à la baisse.

Les activités saisonnières

La fin d'avril, au parc national Forillon, correspond à la période de la fonte des glaces sur les plans d'eau et donc, au début d'une nouvelle saison d'activités pour le Castor. Les adultes ainsi que les jeunes, nés l'année précédente, s'affairent à réparer les brèches qui auraient pu survenir dans le barrage à la suite de la crue des eaux du printemps. La naissance des petits a lieu en mai ou juin, résultat de l'accouplement qui s'est déroulé pendant la saison froide.

Barrage de castor
Barrage de castor
© Parcs Canada

L'été représente la saison d'abondance pour le Castor qui se nourrit surtout de nouvelles pousses, mais également de l'écorce et des ramilles des arbres. À la fin de l'été, les étangs sont agrandis afin de faciliter l'accès à une plus grande quantité de nourriture sans pour autant que les Castors aient à s'éloigner trop de la protection de l'eau.

L'automne arrivé, les Castors préparent leurs réserves alimentaires pour l'hiver. Ces amas de nourriture sont constitués d'arbustes et de branches d'arbres qui sont empilés, et pour la plupart, submergés devant la hutte. Une autre tâche importante durant cette période de l'année est la consolidation de la hutte. Pour ce faire, les Castors recouvrent la cabane de branches et de boue fraîche qui, en durcissant, se transforme en une enveloppe protectrice. C'est d'ailleurs la couleur brun foncé des huttes fraîchement consolidées qui permet de distinguer les colonies actives des colonies inactives lors des recensements aériens.

Pendant l'hiver, le Castor réduit son métabolisme ainsi que sa consommation de nourriture. Il demeure généralement dans sa hutte s'alimentant des provisions qu'il a préparées à l'automne et entreposées sous la glace. L'Érable à épis, le Peuplier faux-tremble, le Peuplier baumier et le saule sont les principales constituantes de la diète hivernale du Castor à Forillon.

Les exigences du Castor

Au parc national Forillon, le principal facteur qui détermine le potentiel d'un cours d'eau pour le Castor est l’inclinaison du terrain. En effet, 62 (80 %) des colonies recensées en 1991 étaient situées sur des cours d'eau de pente inférieure à 3 %. Les ruisseaux de forte pente, c'est-à-dire supérieure à 6 %, étaient en pratique évités par les Castors. Ceci est surtout dû au fait que ces cours d'eau présentent des débits élevés qui nuisent à la construction et à l'entretien du barrage. La topographie est donc un élément important dans l'établissement des colonies.

La superficie drainée, indice de l'importance d'un cours d'eau, est également un facteur déterminant. Les cours d'eau drainants des superficies supérieures à 15 km2, sont moins propices aux Castors à cause du débit qui y est généralement plus élevé. La végétation, une autre composante clé de l'habitat du Castor, ne semble pas être limitée à Forillon. Les modifications qui ont été apportées au couvert forestier ont probablement profité à l'expansion de la population de Castor.

Un paysage transformé

Les activités du Castor ont obligatoirement des effets importants sur les écosystèmes aquatiques et forestiers du parc. La construction de barrages et l'élévation subséquente du niveau d'eau contribuent à influencer l'hydrologie du site, le sol, la végétation riveraine ainsi que le nombre et la diversité des espèces terrestres et aquatiques qui s'y trouvent.

Hutte de castor
Hutte de castor
© Parcs Canada

La construction du barrage est suivie d'une accumulation de sédiments et de matière organique en amont de ce dernier. Cette accumulation entraîne une augmentation des populations d'invertébrés de fond qui se nourrissent de ces débris. La coupe d'arbres en bordure des cours d'eau favorise l'ensoleillement et contribue donc au réchauffement du plan d'eau. Ce phénomène conduit à l'augmentation de la densité de plancton dans la colonne d'eau et, conséquemment, des invertébrés aquatiques qui en dépendent.

La première espèce à profiter de cette augmentation de productivité des cours d'eau est l'Omble de fontaine. En plus d'accroître la quantité de nourriture disponible, les étangs de Castor lui procurent des aires de repos, d'abri et d'hivernage. Les impacts des activités du Castor sur le milieu riverain ne sont pas tous bénéfiques pour les poissons. À long terme, l'accumulation de sédiments dans le fond de l'étang et l'augmentation de la température de l'eau contribuent à diminuer la quantité d'oxygène dissoute disponible pour l'omble. Cependant, la plupart des chercheurs sont d'accord pour dire que les activités du Castor sont, en général, favorables aux poissons d'eau douce.

La Loutre de rivière, le Vison d'Amérique et le Martin-Pêcheur d'Amérique sont parmi les espèces prédatrices qui, fréquentant ce milieu, se nourrissent tous à des degrés variables de l'Omble de fontaine.

Les étangs de Castor attirent également plusieurs espèces d'oiseaux aquatiques, tels le Canard branchu et le Canard noir ainsi que certains passereaux qui dépendent de ces milieux pour l'alimentation, la reproduction et le repos.

Les modifications apportées aux communautés végétales des étangs et des berges adjacentes profitent à certains gros mammifères. L'Orignal et le Cerf de Virginie se nourrissent de la végétation aquatique et de l'abondance de jeunes pousses qui émergent suite à l'implantation d'une colonie de Castors. L'ours, lui, recherche plutôt les fruits sauvages qui abondent dans ces nouvelles clairières.

Vivre en harmonie avec le Castor

Les travaux du Castor, bien qu'admirables, ne sont pas toujours compatibles avec les activités humaines. La construction de barrages à proximité des sentiers et des routes peut engendrer des dégâts importants à ces installations. Afin de pallier à ces situations conflictuelles, la Fonction de la conservation des ressources naturelles du parc dispose de plusieurs techniques pouvant à la fois assurer la protection des aménagements menacés et accommoder le Castor.

Une technique consiste à placer des tuyaux à travers le barrage pour permettre de maintenir l'eau à un niveau acceptable. La construction de prébarrage est également utilisée pour fournir un support, autre que la route ou le sentier, sur lequel le Castor peut ériger son barrage. En dernier lieu, si aucune de ces méthodes ne s'est avérée efficace, le déplacement de la colonie peut être envisagé.

Une espèce d'importance croissante dans l'écosystème

Outre l'homme, le Castor est probablement l'espèce qui modifie le plus son environnement. Au parc national Forillon, l'expansion des colonies de Castors contribue à la création continuelle de groupements forestiers de transition et de nouveaux milieux humides.

En considérant la surface forestière que peut affecter une colonie et le nombre total de colonies actives et inactives recensées dans le parc, il a été estimé que près de 14,6 km2 de forêt ont été affectés par le Castor (6 % de la superficie du parc). On constate donc à quel point cette espèce est une composante importante du renouvellement des forêts au parc.

En 1991, les étangs créés par les colonies de castors actives représentaient environ 18 ha d'habitats lentiques (eau calme). Ceci correspond approximativement à l'équivalent de la surface des lacs du parc.

Un défi de conservation

La préservation de la population de Castor et de l'ensemble des espèces présentes sur le territoire ainsi que le contrôle et la régularisation des situations conflictuelles font partie du mandat de gestion de la faune que la Fonction de la conservation des ressources naturelles met en oeuvre. La protection de cette espèce au parc national Forillon permet aussi aux nombreux visiteurs de l'observer alors qu'elle évolue dans son milieu naturel.

La Fonction de la conservation effectue un suivi régulier des colonies en conflit avec les aménagements du parc ainsi qu'une mise à jour quinquennale des données sur le Castor à Forillon. Ces informations permettent de suivre les fluctuations de la population et d'évaluer les besoins de recherche sur cette espèce. Ces études sont essentielles à une plus grande compréhension et conséquemment, à une meilleure gestion de nos écosystèmes et de leurs composantes.

Références

COLLIN, L. et GAGNON, M. Mise à jour des connaissances sur la population de castors au parc national Forillon. Biorex Inc. 1991. 150 pages.

GAUTHIER, P. et MAILLETTE, F. Étude sur le castor au parc national Forillon. Service de la conservation des ressources naturelles, parc national Forillon. 1980. 151 pages.

FORSYTH, A. 1985. Mammals of the Canadian Wild. Camden House. pages 230-235.

PRESCOTT, J. et RICHARD, P. 1982. Mammifères du Québec et de l'est du Canada. Éditions France-Amérique. pages 108-111.

COMEAU, D. et coll. Inventaire des castors du parc national Forillon. Service de la conservation des ressources naturelles, parc national Forillon. Janvier 1997. 7 pp.