Plan de conservation de l'écosystème - Sommaire
« Le parcours à suivre pour faire de la gestion axée sur l'écosystème une réalité »
par : Frank Burrows, Spécialiste de la gestion des ressources, Parc national du Canada Pukaskwa et Cathy Keddy, Geomatics International
Introduction
Lors de l'examen, au début des années 1990, du plan directeur du parc national Pukaskwa, les intervenants ont tenté d'empêcher le parc de devenir une « île de verdure dans une mer de développement commercial ». Étant un nouveau parc, pas encore envahi par les centres de villégiature, les routes ou les gens, mais comptant de nombreux intervenants actifs, Pukaskwa était bien placé pour aborder de façon proactive la question du développement commercial avant que ce dernier ne devienne un problème. Les préoccupations relatives à la gestion des ressources du parc ont abouti à un plan détaillé de conservation de l'écosystème permettant de coordonner les activités à venir de recherche et de gestion.
Context
Au début des années 1970, l'endroit où devait être aménagé Pukaskwa présentait peu des problèmes rencontrés dans de nombreux autres parcs nationaux. Pukaskwa ne connaissait pas les graves problèmes d'achalandage de Banff; ce n'était pas non plus une oasis de verdure, minuscule comme Pointe-Pelée, ni un territoire moins petit, mais quand même isolé comme le Mont-Riding. Pukaskwa possédait une superficie raisonnable (environ 2 000 km²), avait l'appui des résidants locaux et disposait d'une entente de collaboration avec les Premières nations locales. Les hommes n'avaient pas encore perturbé la nature sauvage du parc. Les quelques 6 000 km² entourant le parc étaient relativement intacts, comportant très peu d'aménagements contemporains, en dépit du fait que la Transcanadienne passe à une vingtaine de kilomètres des limites du parc.
Après la création officielle du parc en 1978, les boisés jouxtant le parc ont été attribués à une nouvelle scierie de White River. Plusieurs années plus tard, on a commencé à exploiter une des plus grandes mines d'or d'Amérique du Nord, le champ aurifère Hemlo, à une vingtaine de kilomètres au nord du parc. En peu de temps, des entreprises se sont intéressées aux ressources naturelles de la région. Vers le milieu des années 1990, soit une quinzaine d'années plus tard, le parc, la scierie et la mine étaient exploités, ce qui poussa les intervenants à s'interroger sur l'avenir du parc. Bien que la répartition de la plupart des ressources naturelles ait été effectuée (source éventuelle de conflits entre les intervenants locaux et les grandes entreprises), la conservation demeurait une possibilité grâce à des concepts comme le « développement durable », la « gestion axée sur les écosystèmes » et le « grand écosystème » du parc.
Mesures positives
Compte tenu de l'expérience d'autres parcs isolés comme Mont-Riding et Pointe-Pelée, nous avons pu constater que Pukaskwa était menacé. Nous avions un défi à relever. Que pouvions-nous faire pour éviter que le parc ne soit menacé par des activités incompatibles? La réponse : lancer des débats, faire connaître nos buts, indiquer les menaces et les possibilités, prendre des dispositions institutionnelles, et encore plus important, travailler avec nos voisins afin d'assurer la « durabilité » de la région. Le plan de conservation de l'écosystème (PCÉ) devait contribuer en grande partie à concrétiser cette vision. En 1995, le parc national Pukaskwa a engagé un expert-conseils pour l'aider à dresser ce plan. Ce qui suit constitue un résumé de ces travaux.
Le PCÉ
Le PCÉ, qu'il ne faut pas confondre avec le plan directeur d'un parc, est le principal document de planification des ressources naturelles d'un parc national. C'est un document très détaillé axé uniquement sur les ressources naturelles. L'objectif du PCÉ est l'intégrité écologique que Parcs Canada (1994) définit comme suit : un état où la structure et le fonctionnement d'un écosystème sont restés intacts en dépit des activités humaines et sont susceptibles de le demeurer. Noss (1990) a ajouté « on dit d'une communauté relativement stable, dominée par des espèces indigènes et ayant d'autres caractéristiques associées à la « santé » qu'elle est intègre. »
Le PCÉ fournit des repères favorisant la coordination de la gestion des ressources naturelles avec divers partenaires parce qu'il tient compte des préoccupations économiques, écologiques et sociales. Il préconise l'élaboration de buts et objectifs clairs avec tous les intervenants afin de jeter les bases d'une planification cohérente à long terme. Le PCÉ indique aussi les dispositions institutionnelles qui faciliteront et orienteront la participation d'un parc national aux décisions de conservation de l'environnement du parc. Il agit aussi comme catalyseur des initiatives qui feront du parc le moteur principal de la conservation de la biodiversité. De plus, le PCÉ définit les indicateurs écologiques permettant d'évaluer notre efficacité et d'adapter notre méthode de gestion.
Le processus
En conformité avec les définitions de Grumbine (1994), le PCÉ est dressé en fonction de trois échelles hiérarchisées : le parc : 1 878 km²; le grand écosystème du parc (GÉP) : 8 000 à 15 000 km²; et le grand écosystème (GÉ) : 100 000+ km² (figure 1). Pour chaque échelle, on a défini les problèmes, questions et préoccupations (PQP) qui nuisent à la concrétisation de l'intégrité écologique. Ces PQP ont été identifiés suite :
- aux ateliers avec les intervenants comme les industries forestières et minières locales, les Premières nations, les chercheurs et les organismes de gestion du territoire;
- à l'examen inter-organismes de la documentation courante comme les plans de gestion des forêts, le plan directeur du parc, les études de gestion des ressources et les politiques;
- à l'examen de l'histoire du parc, des principes de gestion des écosystèmes et de la biologie de conservation.
Figure 1
© Parcs Canada/ Collection PNP / L.ParentFigure 1:
Les trois échelles hiérarchisées utilisées pour définir les problèmes, questions et préoccupations pour le PCÉ (a) le grand écosystème (GÉ) : 100 000+ km², (b) le grand écosystème du parc (GÉP) : 8 000 à 15 000 km² et (c) le parc : 1 878 km².
Les PQP
Un grand nombre de PQP sont le résultat d'une mauvaise intégration des buts sociaux, économiques et écologiques. Les PQP ont été regroupés sous sept rubriques. En voici quelques exemples :
1. Gestion intégrée des écosystèmes :
- de nombreux plans de gestion des ressources éventuellement conflictuels portent sur un même secteur ou des secteurs voisins
- besoin d'un cadre uniforme pour décrire et évaluer le paysage
2. Végétation :
- absence de perturbation naturelle des forêts (suppression des feux)
- isolement du parc dans le GÉP
3. Faune :
- absence d'intégration des plans de gestion de la faune avec les plans de gestion des autres ressources
- incidences de la foresterie et de la succession sur la répartition de la faune et son nombre
4. Écosystèmes aquatiques :
- faible productivité des lacs intérieurs
5. Utilisation du territoire :
- isolement du parc et accès accru au parc par les entreprises forestières et minières du GÉP
- parc n'existant pas officiellement
6. Gestion des données :
- mise à jour des bases de données numériques en vue de la prise de décisions avisées
7. Communications :
- rédaction de messages sur la gestion des écosystèmes liés aux questions et besoins du parc
- élargissement de l'éducation et diffusion de messages aux auditoires du GÉP et du GÉ
Buts, objectifs et tâches
On a résumé les PQP en fonction des buts et objectifs (cibles quantifiées) de chaque échelle, mais en tenant compte du but global de maintien de l'intégrité écologique de la forêt boréale et de l'écosystème du lac Supérieur. Les priorités pour atteindre ces objectifs ont été établies par consensus entre les intervenants. Par exemple, dans le cas du maintien de l'intégrité de l'écosystème forestier, les priorités retenues sont les suivantes : réintroduction des feux dans le parc, gestion conjointe du GÉP avec les entreprises forestières et minières installées en périphérie du parc et élaboration d'un plan régional de communications.
Pour rendre le PCÉ opérationnel, on a déterminé et priorisé les tâches essentielles à la concrétisation de chaque objectif sur une période de cinq ans. De 1996 à 2000, il faudra prévoir environ 10,4 années-personnes et 1,4 million de dollars pour exécuter les tâches les plus urgentes. Par conséquent, le PCÉ fournit une description pratique d'activités à mener à court terme, même s'il repose sur une vision de durabilité de l'écosystème échelonnée sur un siècle ou plus.
Indicateurs écologiques
On a ajouté un volet auto-évaluation et surveillance au PCÉ comportant des indicateurs écologiques pour permettre à Pukaskwa de suivre les progrès réalisés dans la concrétisation des buts. Les critères d'évaluation rattachés à chaque indicateur ainsi que la série d'indicateurs de l'intégrité écologique sont inspirés des caractéristiques-repères et des initiatives connexes. Outre ces caractéristiques, on a également tenu compte d'autres facteurs comme l'intégrité du parc, les menaces relatives à cette intégrité, la base écologique globale, le temps, les liens avec les initiatives en cours et les espèces-repères. Dans le cas des trois échelles, des mesures ont été prévues pour dix thèmes, à savoir
- protection de l'écosystème
- perturbation naturelle
- perturbation par l'homme
- diversité des espèces
- forêts
- faune
- milieux humides
- milieux marins
- air
- climat.
Un total de 108 indicateurs ont été choisis pour mesurer divers aspects - population, communauté, paysage et visiteurs. Ils sont très simples - nombre de visiteurs ou longueur des routes - ou plus complexes - diversité fonctionnelle et structurale des espèces déterminée par le nombre de genres représentés. Pour la plupart des mesures, des valeurs-cible ainsi que des limites minimales et maximales ont été fournies. Les autres mesures serviront à orienter la recherche à venir et la collaboration entre les organismes. L'analyse des tendances et l'itération des indicateurs aideront à adapter constamment la gestion à tous les niveaux. Il était essentiel que les indicateurs soient pratiques et que le parc les utilise. Par conséquent, le parc a conçu un projet de mise en oeuvre des indicateurs écologiques au cours des deux prochaines années.
L'avenir
Beaucoup des tâches indiquées dans le PCÉ, comme la recherche conjointe, l'amélioration de la gestion des bases de données servant à la prise de décisions, la participation au plan de gestion des forêts et la planification des feux dirigés, sont déjà en cours d'exécution. Les autres, comme l'analyse du changement du paysage ou les modèles de comportement des feux, feront l'objet de partenariats. Ces projets seront conçus pour faciliter l'application du PCÉ et l'intégration de l'intégrité écologique à la planification sociale et économique menée aux diverses échelles et dans les diverses structures organisationnelles. L'avenir est encore incertain, mais le PCÉ de Pukaskwa permettra d'éviter d'éventuelles conflits, de maximiser les possibilités qui se présentent et d'assurer la durabilité sociale, économique et écologique du grand écosystème de Pukaskwa pendant le siècle à venir.
Ouvrages de référence
Grumbine, R.E., 1994. « What is ecosystem management? » Cons. Biol. 8:27-38
Noss, R., 1990. « Can we maintain biological and ecological integrity? » Cons. Biol. 4:241-243
Parcs Canada, 1994. Principes directeurs et politiques de gestion. Parcs Canada, Ottawa.
Remerciements
L'idée de dresser un PCÉ revient à Bill Stephenson, biologiste régional de conservation, Parcs Canada, Cornwall (Ontario) qui a appuyé son élaboration. Cathy Keddy, Geomatics International, Ottawa (Ontario) l'a rédigé. Le PCÉ n'aurait pu voir le jour sans l'aide des intervenants et des employés du parc. Lynn Parent a préparé la figure 1.