Parc national du Canada Pukaskwa

« Nous sommes tous solidaires » L'interprétation des premières nations au Parc National Pukawskwa

Par Charles Wilkins

Sous les nuages plombés du ciel d'octobre, une brise impatiente souffle du lac Supérieur, balayant les hauteurs près de Hattie Cove, dans le parc national Pukaskwa. Proddy Goodchild avance à pas prudents sur le granite désagrégé, jusqu'à la crête du sentier Southern Headland. Ses genoux, qui ont absorbé trop de mises en échec sur les patinoires extérieures de sa jeunesse, ralentissent sa marche, et ses doigts déformés témoignent des longues années qu'il a passées à travailler dans les bois. Mais, lorsqu'il s'arrête au sommet du sentier, c'est un regard d'enfant qu'il pose sur cette étendue d'eau et de terre qu'il connaît depuis plus de soixante ans.

Les ancêtres de Goodchild, les Anishinabes, ont laissé des traces dans cette région où ils ont vécu pendant quelque trente siècles. Tandis qu'il redescend le sentier, Goodchild médite sur les relations entre les Anishinabes et un monde qui s'est trop souvent mépris sur leur mode de vie : « les gens de cultures différentes ont toujours eu des façons différentes de faire les choses, » dit-il doucement (il n'élève jamais la voix). « Il faut bien comprendre qu'au fond, nous ne sommes pas différents, nous sommes tous pareils! Nous devons tous gagner notre vie; nous avons tous besoin de manger; nous avons tous besoin d'un abri. Le Créateur donne à mon peuple de quoi se servir, de quoi manger; aux autres, il donne autre chose. Mais chacun a sa part. Ce que j'essaie d'expliquer au parc, c'est que nous formons tous une grande famille qui fait de son mieux pour survivre, et que nous devons coopérer. »

Goodchild s'arrête près d'un sapin baumier rabougri, victime des vents cruels du lac Supérieur, et en examine les aiguilles. Deux autres randonneurs le rejoignent sur le sentier. Répondant à leurs questions, il leur raconte comment on utilisait jadis les branches maîtresses des épinettes et des baumiers pour recouvrir et isoler le sol dans les wigwams et les abris. En plus d'apporter du confort, explique-t-il, les branches éloignaient « araignées, grenouilles, serpents, souris, tamias ... tout ce qui n'aimait pas le piquant des aiguilles. »

Quand on lui demande comment les Autochtones utilisaient les racines et l'écorce de l'épinette, il réfléchit un moment avant de répondre « Je ne sais pas. » Soudain, il éclate de rire. « Je pourrais vous dire n'importe quoi, et vous me croiriez. Mais si vous voulez vraiment apprendre, ne vous fiez pas à ce que les gens disent. Observez, soyez patients, efforcez-vous de comprendre. »

Protheus « Proddy » Goodchild fait partie de la Première nation de la rivière du Pic, à Heron Bay, Ontario, à mi-chemin environ entre Sault Ste. Marie et Thunder Bay. Il connaît le parc Pukaskwa mieux que quiconque. Dans les années 1940, alors qu'il était encore enfant, il s'adonnait avec ses frères à la chasse, au piégeage et à la cueillette des baies sur les terres qui sont plus tard devenues parc national. Deux ans après l'établissement du parc Pukaskwa, en 1978, il s'est joint au personnel du parc, qui comptait plus d'une douzaine d'employés autochtones. Il a entre autres collaboré à l'aménagement d'un sentier de randonnée de 60 km le long de la rive rocheuse du lac Supérieur. Il a passé des mois dans les bois à défricher un couloir le long des 90 km formant la limite intérieure du parc, un travail qui lui rappelait sans doute l'époque où il était bûcheron à l'usine de pâte et papier de Marathon, tout près.

Puis, l'été dernier, on l'a invité à participer au programme d'interprétation autochtone de Pukaskwa. « J'étais vraiment très excitée quand Proddy a commencé à travailler avec nous, » affirme Nancy Wawia, chef des services d'interprétation autochtone à Pukaskwa, « car je savais que, même dans les échanges les plus courants, il a toujours quelque chose de vraiment intéressant à partager. »

L'un des buts principaux du programme autochtone, d'après Robin Heron Promaine, interprète principale du parc, est de montrer aux visiteurs que la culture anishnabe est « vivante, et non statique, qu'elle n'appartient pas au passé. Elle correspond toujours à un mode de vie actif, spirituel et social. »

Proddy Goodchild
Proddy Goodchild
© Parcs Canada / Collection parc national Pukaskwa

Durant l'été de 1996, Goodchild a participé à des séances d'interprétation à horaire fixe sur la plage Horseshoe, près de Hattie Cove, dans le coin nord-ouest du parc, qui compte près de 2000 km² de forêt boréale intacte. « Proddy est si convaincant, » dit Wawia. « J'étais ébahie, car nous n'avions jamais rien répété pour ces séances. Je disais simplement "Parle de ce qui te tente", ou "Pourquoi n'apporte-tu pas quelque-chose qui t'appartiens et ne t'en sers-tu pas pour donner ta leçon?" C'est tout ce que j'avais à dire. Il venait et tout se passait comme par magie. Les gens avaient tant de respect à son égard, ils s'intéressaient tant à ce qu'il disait. Ils posaient aussi de très bonnes questions. »

Un matin, Goodchild a apporté son tambour de cérémonie à la plage. « Il a chanté un chant sur le castor, que son père lui avait appris, » dit Wawia, « et il a parlé du tambour, de l'importance du cercle -- toute notre culture est basée sur des cercles. Les saisons. La vie et la mort. L'esprit. Le tambour est un élément important de nos cérémonies. Les chants eux-mêmes sont importants -- ce sont des messages oraux, transmis de génération en génération. »

Comme tous les bons maîtres, c'est par l'exemple que Goodchild transmet le mieux son message. « C'est ainsi que mon père m'a appris, » dit-il. « Il n'exerçait aucune pression; il se contentait de montrer. Il fallait simplement suivre son exemple. »

Robin Heron Promaine se rappelle un après-midi où elle et Goodchild dirigeaient un groupe d'enfants anishnabes de la région lors d'une randonnée d'interprétation dans la forêt du parc. « Nous voulions leur enseigner quelques techniques et leur parler en même temps des valeurs traditionnelles -- estime de soi, humilité, ce genre de choses. » À un moment donné, explique-t-elle, Goodchild a montré aux enfants comment poser un collet à lièvre, puis comment monter un camp et allumer un feu. « Pendant tout ce temps, il n'a pas beaucoup parlé » dit Heron Promaine. « Il a fait ce qu'il avait à faire, et les enfants se sont mis à graviter autour de lui. Ils étaient stupéfaits lorsqu'il a monté le camp -- un moment il n'y avait rien, puis tout à coup, son abri était installé, son feu allumé, son matériel sorti, sa cuisine en place. »
« Je ne peux pas dire aux gens quoi faire, » dit Goodchild. « Pour apprendre de moi ou d'un autre, il faut vouloir apprendre; observer; écouter. »

Tous ceux qui veulent apprendre à connaître la culture et les valeurs anishnabes -- même pour poser un collet ou allumer un feu -- ont certainement intérêt à observer et à écouter Proddy Goodchild.

L'auteur, Charles Wilkins, vit et travaille à Thunder Bay. Il a rédigé cet article en collaboration avec les employés du parc national Pukaskwa.