Parc national du Canada de la Pointe-Pelée

Un parc très fréquenté

La désignation comme parc national et ce qu'elle entraîne

Au début, l'entrée de la pointe Pelée dans le réseau des parcs nationaux eut probablement peu d'effets sur la vie quotidienne de ses habitants; elle finit cependant par modifier considérablement l'utilisation du lieu, préparant ainsi le terrain pour la construction du parc que l'on connaît aujourd'hui.

Dans les années 1960, par exemple, il y avait encore plusieurs entreprises de pêche commerciale dans le parc; mais toutes disparurent, excepté celles de Girardin et de Krause, quand le gouvernement décida d'acquérir des terres privées du parc pour " améliorer la route touristique ", entre autres.

En 1962, Girardin déménagea dans la partie nord du parc. Sept ans plus tard, quand le bail de Krause expira, il quitta le parc à son tour. Son départ marqua la fin d'une période, commencée cent ans auparavant.

Quand la pointe Pelée entra dans le réseau des parcs nationaux, il fallut y appliquer les règlements fédéraux sur la chasse et le piégeage, comme dans les réserves de forêt domaniale.

Théoriquement, le territoire devenait donc un refuge de gibier. Mais la mise en oeuvre de dispositions concernant la « destruction des animaux nuisibles et dangereux » permit aux chasseurs et piégeurs d'exercer leurs activités comme auparavant.

C'est ainsi que Forest Conover, le premier directeur du parc, put écrire en 1921 : « Une battue au lapin a eu lieu à la pointe Pelée; 200 de ces petits ravageurs ont été tués. »

Image historique Un portail en rondins accueillait les premiers visiteurs du parc.
© Parcs Canada/CD-0277-87

C'est ainsi que Forest Conover, le premier directeur du parc, put écrire en 1921 : « Une battue au lapin a eu lieu à la pointe Pelée; 200 de ces petits ravageurs ont été tués. »

Les choses se sont bien passées pour les rats musqués, au début, puisqu'il était interdit de les piéger, dans le nouveau parc. Mais les résidants et les agriculteurs établis juste au nord du parc ne tardèrent pas à se plaindre de ravages qu'ils attribuaient aux rats musqués. On ajouta vite le rat musqué à la liste des animaux nuisibles, puis on délimita un territoire spécial de piégeage le long de la limite nord du parc, où les rats musqués, disait-on, « sapaient une digue ». Cette mesure contenta les agriculteurs, mais les autres résidants continuèrent de presser le gouvernement d'autoriser le piégeage des rats musqués partout dans le marais, pour les raisons suivantes : « perte de revenus, ravages causés par l'animal, surabondance de rats musqués, respect d'une vieille tradition ». Le gouvernement finit par céder. En 1920, on permit à nouveau le piégeage des rats musqués dans tout le marais, mais seulement pour les « véritables » résidants du parc.

On piégea le rat musqué jusqu'à la fin des années 1950. À cette époque, le prix des peaux était trop bas pour que l'animal intéresse encore la population locale, qui cessa peu à peu de pratiquer le piégeage.

La chasse aux canards, qui avait attiré W. E. Saunders et quelques-uns de ses amis ornithologues à la pointe Pelée, se poursuivit-elle aussi après la création du parc.

Le décret de 1918, portant création du parc prévoyait en effet l'organisation d'une chasse aux canards chaque année.

Pendant de nombreuses années, dans le parc national de la pointe Pelée, on pratiqua la chasse sportive comme on vient de l'expliquer, et aucun autre parc national canadien n'autorisait une telle activité. En 1942, le gouvernement prit un nouveau décret qui le libéra de l'obligation d'organiser une chasse aux canards chaque année. Mais la controverse autour de la chasse sportive dura encore de nombreuses années; elle prit fin en 1989, avec l'interdiction de la chasse aux canards à la pointe Pelée.

Quand le parc était essentiellement un espace de loisirs
Image historique Déjà au tournant du siècle, les attraits de la pointe Pelée attiraient les hédonistes, pour qui un voyage au parc était une sortie spéciale. Certains se déplaçaient en boghei, d'autres arrivaient dans une calèche aux lignes élégantes.
© Parcs Canada

La plus grande partie des terres qui devaient former le nouveau parc national de la pointe Pelée continuèrent d'être des propriétés privées après la création du parc. La plupart d'entre elles étaient agricoles; les autres connaissaient des utilisations diverses (parcours, terres à bois, etc.). Avec le temps, cependant, la plupart devinrent des lieux consacrés aux loisirs.

La pointe Pelée a été un espace de loisirs bien avant de devenir un parc national. Déjà au tournant du siècle, des hédonistes s'y rendaient en boghei. En 1910, on y construisit un premier chalet. Avec l'augmentation de la population de la région et celle des revenus, du temps libre et du nombre des voitures, le lieu servit de plus en plus à des fins récréatives. On venait y exercer un grand nombre d'activités : baignade, pique-nique, navigation de plaisance, camping, etc.

Le camping

Le camping était l'une des activités favorites des visiteurs, qui pouvaient installer leur tente ou chalet transportable où ils le voulaient. Selon un ancien dirigeant du parc, les campeurs pouvaient laisser leur abri à l'endroit choisi pendant toute la saison, pour l'utiliser quand ils venaient. Ces campeurs mettaient de la fierté à garder propres leur emplacement et les environs; ils en retiraient les arbres morts ou dépérissants; ils les débroussaillaient; ils les nettoyaient soigneusement avec un râteau. L'apparence des emplacements de camping était importante pour leur prestige social. C'est de cette façon, en général, que le coeur de la forêt a été utilisé abondamment pendant la Dépression et après, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale; cette partie de la pointe Pelée finit d'ailleurs par recevoir le nom de « Little City » (petite ville).

Les responsables du parc entreprirent un jour de fournir des installations aux habitants de « Little City ». En 1922, on améliora les routes; on aménagea aussi des terrains de stationnement, des pavillons de bain et de plaisance et des aires de pique-nique, entre autres.

Image historique
Les vacanciers tenaient bien propre et net leur emplacement de camping forestier, comme s'il s'était agi d'un chalet d'été.
© Parcs Canada/CD-0277-75

Au milieu des années 1930, 250 000 personnes visitaient le parc chaque année. La fréquentation du lieu par autant de personnes causa naturellement des problèmes. En 1939, un dirigeant du service des parcs, H.F. Lewis, vint visiter la pointe Pelée

Lewis remarqua que le parc, à plusieurs endroits, commençait à ressembler à « un paysage urbain bien entretenu ». Mais il n'y avait pas que le camping et le débroussaillement qui endommageaient le paysage naturel. La ciculation automobile, non réglementée, créait elle aussi des problèmes, selon Lewis :

« Du côté ouest, mentionne ce dernier, les voitures utilisent les sentiers menant à la plage; en tournant tantôt à droite, tantôt à gauche à proximité de la plage, elles finissent par façonner une zone en éventail et perturbent le sol. »

Les propriétaires de chalet
Image historique Des familles riches s'offraient une grande résidence permanente. Celle que nous voyons ici fut le premier " chalet " du parc; elle a été construite par les Jackson et les Cullen.
© Parcs Canada/CD-0277-57

On a longtemps exercé des pressions sur le gouvernement pour qu'il loue ou vende les terres du parc faisant partie des anciennes réserves maritimes et devenues terres publiques, afin qu'on y construise des chalets. Heureusement, le gouvernement sut résister à ces pressions, même quand des gens d'affaires de Detroit lui offrirent onze millions de dollars pour la plage West.

Mais des propriétaires privés cédèrent aux pressions, eux. Des résidants subdivisèrent des terrains inutilisables qui leur appartenaient et les vendirent à des particuliers ou à des promoteurs immobiliers qui y bâtirent des chalets.

Entre 1929 et 1958, le parc comptait onze lotissements de chalets enregistrés; mais peu nombreux furent les promoteurs qui connurent beaucoup de succès.

Les hôtels

Comme beaucoup d'autres parcs nationaux, le parc national de la Pointe-Pelée eut ses propres hôtels à une certaine époque. Ces hôtels ne se comparaient pas à l'hôtel Banff Springs ni au Château Lake Louise; ce n'était d'ailleurs pas CP Rail qui les exploitait.

Image historique
L'Aviation Inn, l'un des deux hôtels du parc, offraient à ses clients un lieu pour dormir, une cuisine, des repas de poissons et de cuisses de grenouille; pour les baigneurs, il avait des vestiaires.
© Parcs Canada/

La demande était assez forte pour faire vivre deux hôteliers dans le parc. Le Post Hotel (qui porte le nom de son premier propriétaire), était un bâtiment noir à deux étages; situé plus au sud que son concurrent, il dominait le paysage qui s'étendait à l'ouest de Sparrow Field.

L'autre hôtel, peut-être plus connu, était l'Aviation Inn. Il s'élevait à l'endroit où se trouve aujourd'hui le terrain de stationnement du centre d'accueil. Ouvert de la fin des années 1930 à 1963, il était surtout réputé pour ses steaks et l'hospitalité de sa propriétaire, Madame Wolfe; il connut la popularité. Le printemps, son registre ressemblait à un bottin d'observateurs d'oiseaux.





Les visiteurs

Les premiers parcs nationaux du Canada étaient considérés comme des aires de récréation. Au début, ce sont surtout les riches qui les utilisaient. Grâce à l'augmentation des revenus et du temps libre, à l'amélioration des routes, à l'arrivée sur le marché de voitures abordables, beaucoup d'autres Canadiens purent profiter des parcs eux aussi. Les lotissements urbains, les hôtels, les campings, les terrains de golf et les piscines se multiplièrent rapidement dans les parcs. Même le parc national de la Pointe-Pelée, créé surtout en raison de son importance pour les oiseaux migrateurs et de ses commuautés naturelles rares, dut faire face à une forte demande de la part du secteur des activités de loisirs et de sports.

Dès les premiers jours du parc, diverses personnes ont exprimé des craintes au sujet de l'intensité des activités récréatives qu'on y exerçait. En 1918, E. Kerr, secrétaire de l'Association de protection de la faune du comté d'Essex, disait ceci : « On prête une oreille attentive à ceux qui proposent de détruire plutôt qu'à ceux qui portent un vif intérêt à la protection des aires sauvages et des paysages du parc pour le bénéfice des générations futures. Ne serait-il pas possible que le " parc " fasse un examen bienveillant du point de vue des protecteurs de l'environnement, des marais et des parcs? »

Vingt et un ans plus tard, H.F. Lewis, en des termes un peu moins durs, exprima cette opinion : «Peu de choses ont changé. Le parc est petit et le nombre de ses visiteurs est grand. Voilà pourquoi il est particulièrement difficile ici de trouver le juste milieu entre deux objectifs pratiquement opposés, soit la préservation de l'état naturel du lieu et son utilisation considérable par les êtres humains. Il faut mettre l'accent sur la qualité plutôt que sur le nombre des utilisateurs.»

Image historique
À cause de ses nombreux attraits et de l'amélioration de son réseau de voies aménagées pour les automobilistes, le parc national de la Pointe-Pelée connut une augmentation de la circulation routière non réglementée.
© Parcs Canada/CD-0277-56

Des communications comme celle-là ne provoquèrent que des changements mineurs. On leur doit, par exemple, l'imposition de restrictions aux campeurs et la fermeture de zones pour y rendre possible la régénération des arbres, des arbrisseaux ou d'autres végétaux.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le nombre des visiteurs baissa considérablement et, avec lui, l'importance du stress subi par la nature. Mais après le conflit, les choses reprirent leur cours normal et la fréquentation du parc se mit à augmenter. La pointe Pelée fit l'objet de plusieurs études de gestion.

Un chercheur du Service canadien de la faune, J. Tenor, expliqua clairement le dilemme : « La pointe Pelée a été classée parc national principalement parce qu'elle abritait une faune et une flore uniques et non parce que la population locale aimait bien y pique-niquer ou s'y baigner. Les forces en jeu, les unes pour la protection du lieu, les autres pour son utilisation comme espace de loisirs, sont diamétralement opposées parce que le territoire qu'elles convoitent est petit et que le nombre de ses visiteurs est grand. Le temps est venu de décider si le but du parc est d'être un lieu de loisirs et de sports ou si sa mission est de protéger la faune et la flore qu'il renferme. »

Pour les dirigeants du parc, ce temps-là n'était pas arrivé...

À la fin des années 1940 et au début de la décennie suivante, on augmenta le nombre des installations destinées à accroître l'utilisation du parc, au lieu de chercher à la freiner. En 1949, on pava la route principale du parc; au début des années 1950, on aménagea de grands terrains de stationnement à la plage Northwest, à la plage East et des deux côtés de l'extrémité de la pointe. Vers 1955, le parc pouvait recevoir plus de 6 000 véhicules à la fois. Le nombre des visites annuelles grimpa à 600 000.

En 1963, le nombre des visiteurs atteignit un sommet : 781 000. Le parc national de la pointe Pelée, le plus petit des parcs nationaux, était le plus utilisé. En 1963 aussi, la Commission royale sur l'organisation du gouvernement (ou Commission Glasco) recommanda que l'on retire la pointe Pelée du réseau des parcs nationaux parce que sa fréquentation très élevée et la dégradation de ses paysages posaient des problèmes.

Mais beaucoup de personnes croyaient que la pointe Pelée était un élément important du réseau des parcs nationaux. Elles firent valoir que son importance nationale justifiait sa présence dans le réseau, ajoutant qu'il fallait trouver le juste milieu entre son utilisation par les êtres humains et la préservation de ses ressources.

Reproduit de Where Canada Begins, par James Robertson Graham, avec la permission des Friends of Point Pelee .