Parc national du Canada de la Pointe-Pelée

L'appropriation du territoire

La protection de la pointe Pelée

Les arpenteurs qui les premiers signalèrent l'existence de campements indiens à la pointe Pelée dans les années 1790, dirent aussi avoir vu sur le rivage nord-ouest du lac Érié des forêts offrant du bois propre à la construction de mâts et espars pour la flotte britannique. Pour éviter que les colons n'endommagent ces beaux grands pins et chênes, les Britanniques créèrent des zones soumises à un régime spécial, les réserves maritimes.

Peu avant 1800, un territoire de 1 554 hectares (3 840 acres) situé dans la partie la plus au sud de la péninsule fut transformé en une réserve maritime dont les limites furent déterminées par l'arpenteur Abraham Iradell en 1799. Plus d'un siècle plus tard, quand on créa le parc national de la Pointe-Pelée, on lui donna les mêmes limites.

Les squatteurs
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La ferme DeLaurier au tournant du siècle. Le linteau chantourné de la porte de la grange provient peut-être d'une épave. Les DeLaurier, comme beaucoup de colons pauvres, ne laissaient rien d'utile se perdre.
© Parcs Canada/CD-0277-52

Les arpenteurs avaient indiqué qu'on trouvait, entre « Round O » (Rondeau) et « Point Pele » (Point Pe lay), 311 km2 (120 mi2) de marais qui étaient tous, selon eux, des « endroits dangereux, impénétrables » dont les eaux étaient " stagnantes et en dégradation ".

Ni les marais dangereux ni les amendes imposées à ceux qui entraient illégalement dans les réserves maritimes ne mirent un frein au peuplement de la pointe Pelée. Au début des années 1830, l'arrivée des DeLaurier, des LaFleur et de quelques autres familles marqua le début de l'époque des " squatteurs ", qui créèrent le premier établissement blanc dans la réserve maritime de la pointe Pelée.




La pêche
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Des pêcheurs de la pointe Pelée réparent leurs filets. Ils travaillaient pour l'une des premières entreprises de pêche commerciale de la péninsule.
© Parcs Canada

Les eaux entourant la pointe Pelée étaient réputées pour l'abondance de leurs poissons; les squatteurs surent profiter de cette richesse. Au début, ils pêchaient surtout pour satisfaire leurs besoins; mais ils finirent par imiter les Américains et pratiquer la pêche commerciale.

En 1891, on dénombrait 22 entreprises de pêche commerciale dans la réserve maritime, mais beaucoup d'entre elles étaient éphémères. Dix ans plus tard, les populations des poissons les plus commercialisables (touladis, grands corégones, ciscos de lac) avaient diminué, victimes de la surpêche et de stress environnementaux.

L'agriculture

Les squatteurs défrichèrent des petites parcelles de terrain sur lesquelles ils cultivèrent des produits de base comme des pommes de terre, des fèves et du maïs. Quand la pêche commerciale perdit de son importance, ils se tournèrent de plus en plus vers les cultures commerciales. Ils défrichèrent d'autres terrains; on en vit même quelques-uns niveler des dunes ondulantes. Des vignes furent plantées; on a dit qu'elles donnaient assez de raisins pour satisfaire les besoins en vin de la population. Les récoltes d'asperges et de pêches étaient bonnes elles aussi. Mais la culture qui contribua le plus à étendre la renommée de la pointe Pelée est celle des pommiers, grâce surtout à la variété Jonathan qui valut beaucoup de prix agricoles aux pomiculteurs.

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Deux des enfants de la famille Moody s'amusent à monter un porc appartenant au cheptel de la pointe Pelée.
© Parcs Canada

Les squatteurs pratiquaient aussi l'élevage; ils élevaient surtout des bovins et des porcs, qu'ils laissaient errer. Ils semblent avoir adopté cette pratique assez tôt puisqu'en 1911 déjà des visiteurs purent voir à la pointe Pelée, à leur grande surprise, beaucoup de porcs et de bovins allant au hasard. Ces personnes précisèrent avoir observé des porcs jusque dans les parties les moins humides du marais, où ils déracinaient les arbres et arrachaient l'herbe, ainsi qu'avoir vu des bovins brouter des arbres et des arbrisseaux.

Les animaux, qui broutaient, et les hommes, qui défrichaient, ont modifié considérablement les communautés naturelles de la pointe Pelée. Il semble que ces « améliorations agricoles » aient été l'un des facteurs qui ont commandé la décision, prise par le gouvernement dans les années 1880, de permettre aux habitants de la réserve d'acheter la terre qu'ils occupaient. Cette décision représentait une victoire très importante pour les squatteurs, qui pressaient le gouvernement de la prendre depuis plus de dix ans.

La chasse

Les premiers explorateurs européens qui visitèrent la pointe Pelée rapportèrent que « les forêts y étaient claires et débordantes de gibier » et que « les ours, les chevreuils, les dindons sauvages, les castors, les tourtes et les gélinottes à fraise y abondaient ».

En 1721, François-Xavier Charlevoix renchérit :

« Il y a un grand nombre d'ours dans cette partie du pays; l'hiver dernier, plus de 400 ont été tués à la pointe Pelée seulement. Ces ours sont plus gras que les porcs de la France, et leur chair est plus savoureuse. »

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Deux chasseurs de cygnes chevronnés, Bert et Max Girardin. En voyant leur sac, on devine que de grandes quantités d'individus du gibier d'eau des marais de la pointe Pelée étaient abattus chaque année. Bert Girardin a perdu le bras gauche dans un accident de chasse, mais il est toujours un excellent fusil.
© Parcs Canada

Il est difficile de croire qu'un si grand nombre d'ours vivaient dans un espace aussi petit que la pointe Pelée. Dans son texte, Charlevoix parlait peut-être du nombre d'animaux abattus dans l'ensemble du comté d'Essex. Quoiqu'il en soit, quand les colons arrivèrent à la pointe Pelée, il ne restait plus grand-chose de son gibier, qui devait toutefois demeurer une importante source de produits alimentaires.

«La chasse était la principale activité. La quantité d'animaux pouvant être pris était presque illimitée. La population de chevreuils de la pointe Pelée était abondante; on en tuait par milliers, pour se nourrir.»

C'était à prévoir : dans un territoire si petit, la chasse a eu un effet dévastateur sur beaucoup d'espèces animales, en particulier sur les gros mammifères. À la fin du XVIIIe siècle, par exemple, il n'y avait plus aucun chevreuil à la pointe Pelée, peut-on croire. Les chevreuils qu'on y rencontre aujourd'hui sont peut-être des descendants d'individus des environs qui auraient adopté la pointe Pelée dans les années 1940.

Le piégeage
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Le piégeage à la pointe Pelée.
© Parcs Canada/CD-0277-26

Pour les squatteurs, les rats musqués étaient une proie spéciale qu'ils chassaient avec plaisir. Ces rongeurs étaient non seulement une source de revenus importante (à cause de leur peau), mais aussi un animal bon à manger. On les chassait généralement en mars, le mois où leur fourrure est la plus belle. En avril, les piégeurs mettaient leurs peaux aux enchères, à la pointe Pelée.

Avant la création du parc national, les chasseurs récoltaient 10 000 peaux chaque année.

Reproduit de Where Canada Begins, par James Robertson Graham, avec la permission des Friends of Point Pelee.