Parc national du Canada de la Pointe-Pelée

Patrimoine naturel


Marais - L'entre-deux

Les Amérindiens qualifiaient les marais d'" entre-deux " parce qu'ils n'étaient ni terre ni eau. Ils étaient une source d'aliments - riz sauvage, poissons et canards - pour les Autochtones d'Amérique du Nord, mais de nombreux colons les considérèrent sans valeur. Ils se mirent à conquérir les marais, et beaucoup furent endigués et drainés, et leur riche terre noire servit à la culture des légumes.

Promenade du marais de la Pointe-Pelée
Promenade du marais de la Pointe-Pelée
© Parcs Canada/CD-0444-46

Par conséquent, seule une bien faible partie des marais jadis étendus du sud de l'Ontario existe toujours. Celui de la pointe Pelée, bien qu'il ne soit qu'un vestige de marais beaucoup plus grands, n'en demeure pas moins le plus important segment ayant survécu dans le sud de l'Ontario. La dimension du marais et la fabuleuse diversité de la vie qu'il entretient ont contribué à le faire désigner site RAMSAR, ce qui indique que c'est un milieu humide d'importance internationale.

Au premier coup d'oeil, le marais de la pointe Pelée semble homogène. Une mer de quenouilles s'étend à perte de vue. Des étangs de diverses dimensions parsèment cette mer. L'eau est un élément clé de tout marais. Sous sa surface vivent des animaux tels que le zooplancton (animaux microscopiques) et des poissons. La surface est un bon endroit où chercher grenouilles, tortues, rats musqués, serpents et divers insectes. Les adultes de larves d'insectes aquatiques, dont des libellules et des demoiselles, volent au-dessus de l'eau telles des flèches.

La surprise du poisson-lune

Des plantes et des animaux sont venus coloniser le sud-ouest de l'Ontario dès que cette région a été libérée des derniers glaciers. Les espèces pionnières furent les plus résistantes, mais, les conditions s'améliorant, même des organismes moins adaptés au froid eurent leur chance. C'est un processus qui se poursuit, de plus en plus d'espèces se répandant de plus en plus au nord encore aujourd'hui.

Le crapet de roche On a récemment pris à la pointe Pelée des crapets de roche, poisson courant des eaux plus méridionales.
© Parcs Canada/CD-4003-45

On a récemment pris à la pointe Pelée des crapets de roche, poisson courant des eaux plus méridionales.

Une de ces créatures est un poisson au nom particulier, le crapet de roche. C'est un membre de la famille des poissons-lunes doté d'un très grande bouche et ayant un comportement agressif, ce qui explique peut-être son nom anglais, warmouth. Jusqu'à récemment, les Grands Lacs se trouvaient hors de l'aire du crapet de roche. Des études ont démontré que cette aire s'étend depuis au moins 20 ans. Il était donc inévitable que ce poisson atteigne un jour les eaux canadiennes.

Preuve a été faite de cette expansion le 5 juin 1966, lorsque Roger Roy, un naturaliste saisonnier du ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, a capturé un crapet de roche au parc provincial Rondeau. Cinq autres spécimens ont été pris à cet endroit au cours des quatre années suivantes, mais aucun n'y a été aperçu depuis.

Toutefois, le 31 mars 1983, Gary Mouland, gardien du parc, a pris au filet un crapet de roche dans le marais de la pointe Pelée au cours d'un inventaire mené durant une année pour mettre à jour la liste des espèces de poissons du parcs. De juin à octobre de cette année-là, le gardien Mouland a capturé 46 autres crapet de roche, dont 28 adultes et 18 jeunes. Cela signifie que la population de crapet de roche de la pointe Pelée peut maintenant se reproduire.

La forêt

Ses forêts sont une des particularités les plus fascinantes de la pointe Pelée. Cela est surtout dû à leur caractère unique et à leur grande diversité.

Par exemple, dans certains des secteurs les plus dégagés, les forêts commencent à peine à se développer. Là, les arbres sont relativement espacés. Les températures élevées, la pauvreté des sols et l'exposition au vent limitent la croissance aux seuls essences pouvant survivre à ces conditions, dont le cèdre rouge, le peuplier à feuilles deltoïdes, des saules, le ptéléa trifolié et le févier épineux.

Il est très inusité de trouver des féviers épineux poussant dans de semblables conditions. L'aire canadienne du févier épineux est très réduite. On le retrouve généralement dans des secteurs humides abrités. Le cadre presque champêtre qui est le leur à la pointe Pelée est le seul exemple connu au Canada.

À l'opposé de ces secteurs à la végétation nouvelle, les parties les plus à maturité de la forêt sont une véritable jungle. L'été, la lumière pénètre difficilement le feuillage dense. Des plantes grimpantes contribuent à renforcer cette impression de jungle. À la recherche de lumière, vigne sauvage, vigne vierge et sumac vénéneux pendent telles des cordes du sommet des plus grands arbres. Une grande partie de cette forêt a un caractère nettement méridional. L'arbre le plus commun y est le micocoulier. Il est tout à fait étonnant de trouver un bois de micocouliers au Canada! Mais le micocoulier n'est pas le seul arbre méridional de la forêt de la pointe Pelée. Parmi les autres figurent le noyer noir, le chêne jaune, le chêne bleu, le tulipier, le mûrier rouge, le frêne bleu et le sassafras.

Une autre particularité de ce type de forêt est son riche assortiment de plantes à fleurs. Au printemps, le sol forestier est recouvert de pommes de mai, d'osmorhizes de clayton, d'ancolies et de dicentres à capuchon, qui se hâtent tous de fleurir avant que l'ombre n'envahisse le sol.

Certaines supportent bien l'ombre. La minuscule herbe à Robert fleurit de mai à novembre. Viennent la rejoindre au début de l'été l'hydrophylle appendiculé et la smilacine à grappes, puis, dans l'ombre épaisse de l'été, la campanule d'Amérique et le phryma à épis grêles. L'automne, une lisière d'héliantes divariquées, de verges d'or et une multitudes d'asters produisent une dernière tache de couleur avant le début de l'hiver.

Dans les secteurs les plus au nord du parc, le caractère méridional de la pointe Pelée est atténué par la présence d'essences plus typiques de la forêt mixte du centre de l'Ontario. On y trouve quelques érables à sucre, des tilleuls, divers chênes ainsi que quelques peuplements de grands pins blancs.

La forêt marécageuse

On appelle souvent à tort les marais " marécages ". Les marais sont des zones humides où les espèces végétales les plus courantes sont des annuelles telles que la quenouille et le jonc. Dans le marécage, ce sont les arbres qui dominent.

La forêt marécageuse
La forêt marécageuse
© Parcs Canada/John Harquail

On trouve à la fois un marais et un marécage à la pointe Pelée. Celui-ci est situé directement au sud du marais, dans un secteur où il y avait autrefois une série de crêtes de plage. Il s'est formé lorsque l'eau s'est accumulée dans les creux entre les crêtes. La quantité d'eau est contrôlée par le lac. Lorsque le niveau est élevé, davantage d'eau s'infiltre dans le sable et inonde les creux. Si le niveau du lac baisse, celui de l'eau baisse aussi dans les creux. Les conditions de croissance peuvent y varier considérablement selon les fluctuations à long terme du niveau du lac.

Actuellement, la forêt marécageuse est assez clairsmée. Il y a trente ans, son caractère était très différent. Elle était alors constituée de nombreux arbres, surtout des ormes blancs. Les arbres poussant dans des lieux humides ont des racines peu profondes mais étendues qui s'entrelacent pour se soutenir les uns les autres. La maladie hollandaise de l'orme a tué tous les ormes et gravement affaibli ce système de soutien. Des niveaux d'eau record au cours des années 1970 ont fortement inondé le terrain, ce qui a accru l'instabilité. De violentes tempêtes du nord-est pendant la même période ont aussi fait leur oeuvre. Affaiblis par la désintégration de leur système de soutien, beaucoup d'arbres sont tombés.

Au premier coup d'oeil, il semble que la maladie hollandaise de l'orme, les vents forts et les niveaux d'eau élevés ont presque détruit les conditions nécessaires à la survie des habitants du marécage de la pointe Pelée. Cela est vrai dans certains cas; mais dans d'autres, ce sont là les conditions mêmes qu'affectionnent bien des sortes de plantes et d'animaux. Les arbres morts sont le lieu de nidification favori de l'hirondelle bicolore, du troglodyte, du canard huppé, du pic et du grand-duc d'Amérique, voire, à l'occasion, de la rare paruline orangée.

En fait, cette paruline méridionale nidifie rarement ailleurs que dans un creux de souche en décomposition entourée de l'eau d'une forêt inondée. Au Canada, cela limite son aire à quelques sites le long de la rive nord du lac Érié où l'on trouve ce type d'habitat. Une adaptation étonnante de cette paruline, et qui permet aux jeunes de survivre dans le marécage, est que les oisillons sont de remarquables nageurs. S'ils tombent accidentellement dans l'eau, ils peuvent regagner à la nage la terre émergée la plus proche.

Les arbres morts sont importants pour ces parulines et d'autres oiseaux, mais les arbres ne sont pas tous en train de mourir. L'érable argenté et le platane occidental sont deux espèces qui ont survécu aux changements qu'a subis le marécage. L'érable argenté a la feuille typique des érables, tandis que le platane se reconnaît facilement à son écorce, qui semble s'écailler. À part quelques exceptions, le platane occidental ne se retrouve que dans la zone carolinienne.

Toutes les forêts possèdent un sous-bois formé de buissons et de plantes à fleurs. Un des arbrisseaux les plus attrayants des marécages est le benjoin officinal, particulièrement l'automne lorsqu'il est couvert de baies rouge vif. Le benjoin officinal est une autre des espèces caroliniennes de la pointe Pelée, mais il nous offre en prime... le porte-queue du benjoin officinal. La chenille de ce beau machaon bleu-noir se nourrit surtout de benjoin et donc, tout au moins dans cette partie du Canada, on l'aperçoit couramment les jours d'été.

Dans le marécage, il n'y en a pas que pour les yeux. La forêt marécageuse peut être un lieu bruyant au printemps lorsque s'égosille la rainette crucifère. Celle-ci est une grenouille grosse comme l'ongle du pouce qui vit surtout dans la forêt marécageuse. Son cri aigu semble venir de partout, mais il est presque impossible de l'apercevoir. À cette chorale printanière viennent se joindre d'autres grenouilles et des crapauds, ainsi que le bourdonnement d'insectes et les cris d'oiseaux migrateurs.

L'été, les bourbiers de la forêt marécageuse sont recouverts de lentilles d'eau, ce qui inhibe les autres végétaux. Toutefois, l'iris versicolor, le décodon verticillé, la mikania et l'eupatoire sont quelques plantes qui réussissent à se hisser au-dessus des lentilles d'eau, produisant des taches de couleur sur ce tapis vert.

À l'approche de l'automne, des impatientes bordent les zones humides. Lorsque ses fleurs orangées pendent, alourdies par la rosée, l'impatiente a l'aspect d'un véritable bijou. En anglais, on l'appelle aussi touch-me-not (ne me touche pas), appellation difficile à comprendre si on ignore comment elle dissémine ses graines. Quand elles sont mûres, les capsules sont tendues comme un ressort. Si on les touche, elles explosent, expulsant les graines dans toutes les directions. Cette explosion, pour qui ignore le phénomène, peut être saisissante. Voilà qui explique cette appellation.

Des campeurs dans les arbres

Au parc national de la Pointe-Pelée, à la fin de l'été et à l'automne, il n'est pas rare d'apercevoir dans les arbres de gros enchevêtrements blancs semblables à de petites tentes. Les hypothèses quant à leurs constructeurs vont des araignées géantes aux livrées (chenilles à tentes). En fait, les réponses voulant qu'elles soient l'oeuvre des livrées sont le plus près de la vérité. Ces toiles sont tissées par la chenille à tente estivale, proche parente de la livrée.

La livrée
Les infestations de la livrée.
© Parcs Canada/CD-3048-109

Il ne s'agit toutefois pas du même insecte. La chenille à tente estivale ne cause pas autant de dommages que la livrée. Les infestations de la première se produisent habituellement à l'automne; les arbres touchés ont donc pu utiliser leurs feuilles pendant la majeure partie de la saison de croissance et ont accumulé suffisamment de réserves de nourriture pour produire facilement un nouveau feuillage, le printemps suivant. Certains arbres complètement dépouillés pendant les infestations de début de saison réussissent même à produire un deuxième feuillage. Ils ne disposent cependant pas de réserves suffisantes pour répéter le processus le printemps suivant et quelques-uns meurent.

De plus, contrairement aux livrées, les chenilles à tente estivales ne quittent pas leur toile pour se nourrir. Elles l'agrandissent simplement autour de leur source de nourriture pour protéger cette dernière contre les oiseaux. Leur toile semble donc très étendue comparativement à celle de la livrée. Les chenilles à tente estivales préfèrent aussi comme habitat la lisière des forêts; ainsi ce que nous voyons au bord des routes est une concentration et n'est pas représentatif des populations présentes dans le reste de la forêt.

La toile est un moyen de défense très efficace. Elle obstrue le tractus intestinal de la plupart des oiseaux les rendant incapables de se nourrir de chenilles à tente estivales. Seuls le coulicou à bec jaune et le coulicou à bec noir n'éprouvent pas ce problème. À intervalle régulier, ils régurgitent le revêtement intérieur de leur estomac, ce qui le laisse libre de tout résidu de toile.

Vision étroite

Si on demandait aux visiteurs de la pointe Pelée d'énumérer les animaux les plus remarquables du parc, il est quasiment certain qu'à peu près personne ne mentionnerait la taupe à queue glabre. Pourtant, aux yeux de certains scientifiques et des responsables du parc, la taupe à queue glabre est le plus important mammifère que l'ont trouve dans le parc. C'est parce que la pointe Pelée abrite la seule importante population de ces créatures particulièrement intéressantes au Canada.

Ailleurs sur le continent, la taupe à queue glabre est la taupe d'Amérique du Nord dont l'aire est la plus étendue, et elle est souvent considérée comme nuisible à cause du tort qu'elle cause aux pelouses. Mais au Canada, c'est tout le contraire. Comme elle est très rare, on a attribué à la taupe à queue glabre le niveau de protection le plus élevé à l'intérieur de la pointe Pelée.

Taupe à queue glabre
Ses ongles aplatis évoquant des truelles adaptent admirablement la taupe à queue glabre à la vie souterraine.
© Parcs Canada/CD-4003-83

Si vous n'avez jamais vu de taupe à queue glabre, vous n'êtes pas le seul. Elle est strictement fouisseuse, ce qui signifie que, pour en trouver une, il faut ramper sous terre. Cela nous serait difficile, mais les taupes le font depuis si longtemps qu'elles sont extrêmement bien équipées pour passer leur vie à creuser des tunnels.

La particularité la plus notable de la taupe est le développement de sa partie antérieure. Les pattes antérieures de la taupe à queue glabre sont courtes et puissantes, et ses épaules sont orientées de telle manière que la paume de ses énormes pieds est tournée vers l'extérieur. Chaque pied antérieur est doté de cinq orteils, tous terminés par un lourd ongle plat qui a l'air d'une petite truelle bien utile pour creuser. Et elles ne s'en privent pas, de creuser! Les taupes à queue glabre passent leur vie à construire un labyrinthe de rampes près de la surface et des chambres de nidification plus profondes. Des études ont démontré que ces tunnels peuvent mesurer jusqu'à 1000 mètres de longueur, et on sait qu'ils sont creusés à un rythme de plus d'un mètre à l'heure .

Le nez de la taupe à queue glabre est une des particularités les plus remarquables de sa face. Il est relativement long, pointu et presque glabre. Il est également extrêmement flexible et sensible, étant le principal organe sensoriel de l'animal, qui lui permet de connaître son environnement. La taupe à queue glabre se sert de son odorat très développé, ainsi que d'un sens du toucher très fin, pour trouver de la nourriture. Elle mange divers petits animaux, mais préfère les vers blancs et les vers de terre. Ce qui ne servait à rien dans l'univers obscur de la taupe a dégénéré. Par exemple, la taupe a probablement une vision suffisante pour simplement distinguer la clarté des ténèbres. Ses yeux sont si petits qu'on les voit à peine à travers la fourrure. .

À l'occasion, une taupe va pointer son museau rose hors du sol meuble, mais il est peu probable que vous puissiez voir davantage de sa personne. Toutefois, vous saurez qu'elle est passée par là. Le toit surélevé des tunnels ou le mouvement de " pompe " qui marque le creusement des chambres de nidification profondes sont des indices de la présence d'une taupe. La taupe à queue glabre préfère un sol humifère mou tel que celui des forêts du parc. Soyez donc à l'affût des signes révélateurs de la présence du mammifère le plus important de la pointe Pelée.

Champs

Après l'arrivée des colons européens, de grandes superficies de la pointe Pelée furent défrichées pour être cultivées. Plus tard, avec le déclin de l'agriculture, ces champs créés par l'homme furent abandonnés, ce qui produisit de nouveaux secteurs dégagés, où les plantes indigènes capables de survivre à la chaleur et à la sécheresse pourraient prospérer.

Le reboisement des champs cultivés abandonnés s'est produit en une série d'étapes. La transition d'une étape à l'autre est appelée succession. Lors de chaque étape successive, différentes espèces végétales associées prédominent. D'abord, herbes, laiterons, grémils, molène et vigne sauvage dominent. Ils sont suivis d'arbrisseaux et d'arbres aimant le soleil. Plus tard, le processus aboutit à la renaissance de la forêt.

Beaucoup des plantes qui poussent dans les champs de la pointe Pelée sont celles qu'on s'attend à voir dans ce type d'environnement dans la plus grande partie du Canada. Mais, comme dans le cas des autres habitats du parc, on trouve aussi des espèces spéciales. Par exemple, la plupart des gens connaissent l'asclépiade commune, mais il y a dans le parc au moins trois autres espèces de cette plante. Deux d'entre elles, l'asclépiade tubéreuse et l'asclépiade à fleurs vertes, sont dignes d'intérêt. Les fleurs de toutes les autres asclépiades canadiennes sont ternes à côté des fleurs d'un orange flamboyant de l'asclépiade tubéreuse. L'asclépiade à fleurs vertes, quoique moins éclatante, tire quant à elle gloire de sa rareté en Ontario.

Quant aux arbrisseaux, le fusain de l'Est (Euonymus atropurpureus) est à la fois beau et rare. Il est particulier à la zone carolinienne canadienne, et ses fleurs rouges et ses baies éclatantes le posent même en rival de l'asclépiade tubéreuse.

La plante qui attire le plus l'attention dans les champs de la pointe Pelée est l'oponce. Il est si rare au Canada que le gouvernement ontarien l'a ajouté à l'été de 1987 à sa liste officielle des plantes protégées.

Les champs sont de bons endroits où se mettre à l'affût de diverses espèces animales. Certaines sont faciles à repérer, par exemple le cerf, le lapin à queue blanche et les papillons. D'autres sont plus difficiles à voir. Les coyotes sont assez gros pour qu'on puisse les apercevoir facilement, sauf qu'ils ne se montrent pas volontiers. Il y a d'habitude une ou deux familles de coyotes dans le parc. Les musaraignes et les souris sont communes, mais, comme elles sont très petites, les herbes hautes les dissimulent facilement.

Beaucoup d'oiseaux nichent dans les champs et, comme dans le cas des plantes, chaque étape successive est caractérisée par un certain nombre d'espèces. Par exemple, la sturnelle et le faisan à collier préfèrent les secteurs herbeux ou les endroits où poussent quelques arbrisseaux. Les buissons devenant plus denses, le bruant des Champs, la paruline masquée, le cardinal rouge et le tohi aux yeux rouges deviennent plus communs. C'est aussi l'habitat favori de deux des oiseaux nicheurs méridionaux de la pointe Pelée, la paruline polyglotte et le viréo aux yeux blancs. Lorsque le cèdre rouge se multiplie, le gobe-moucheron gris-bleu, le pioui de l'Est, le viréo à gorge jaune et le moucherolle huppé apparaissent. Enfin, dans les secteurs boisés de la pointe Pelée, on peut voir nicher le viréo aux yeux rouges et le coulicou à bec jaune, ainsi que, plus rarement, la grive des bois .

Les champs sont aussi un bon endroit pour observer certains des reptiles de la pointe. Vous aurez peut-être la chance d'apercevoir le seul lézard de l'est du Canada, le scinque à bandes, ou le plus grand serpent de la pointe Pelée, la couleuvre renardine. Mais vous êtes plus susceptible de voir des thamnophis. Les thamnophis du parc sont de diverses couleurs et motifs. La plupart des gens connaissent la version à bandes, mais à la pointe Pelée on trouve aussi des thamnophis mélaniques, c'est-à-dire surtout d'un noir de jais. Tous les serpents du parc sont non venimeux et inoffensifs.

Joyaux du monde des insectes

La pointe Pelée est surtout associée au monarque, mais une soixantaine d'autres espèce de papillons y ont été observés au cours du dernier siècle. Comme on peut s'y attendre, certains d'entre eux ne se retrouvent nulle part ailleurs au pays.

Certains papillons ne mangent pas n'importe quoi lorsqu'ils sont encore à l'état de chenille. Par conséquent, la quantité de ces plantes hôtes particulières détermine leur habitat. Une des raisons pour lesquelles la pointe Pelée attire certains de ces papillons canadiens rares est qu'il y pousse des plantes spécifiques qu'on ne trouve que dans certains endroits du pays. Par exemple, la présence dans le parc du papillon du micocoulier, de la libythée et de l'empereur fauve est due au fait que les chenilles de ces espèces se nourrissent principalement de micocouliers et que la pointe Pelée est l'un des rares endroits où cet arbre est répandu.

Papillon
Les papillons : Joyaux du monde des insectes.
© Parcs Canada/CD-3880-35

Une dépendance similaire assure la survie du spectaculaire machaon, un des papillons les plus remarquables de la pointe Pelée par ses dimensions impressionnantes. Même si les machaons sont rares dans les autres parties du pays, ils sont abondants ici à cause de la plante hôte principale de la chenille, le ptéléa trifolié.

Les papillons que l'on peut admirer dans le parc ne sont pas tous indigènes à la région. Du fait qu'elle se trouve à l'extrême sud du pays, la pointe Pelée est plus près que toute autre partie du Canada de l'habitat septentrional de divers papillons. C'est pourquoi des papillons rares feront parfois une incursion dans le parc, tout particulièrement quand ils sont portés par de forts vents du sud.

C'est en juillet qu'on peut observer la plus grande variété de papillons. Plus de la moitié des espèces de la pointe Pelée sont alors en pleine activité. Tentez de les apercevoir alors qu'ils volettent et qu'ils dansent à travers les champs à la recherche de fleurs. Il n'est pas difficile, dans un tel cadre, de comprendre pourquoi ces créatures aux couleurs chatoyantes sont parfois appelées " les joyaux du monde des insectes ".

La pelote à épingles vivante

La plupart des gens considèrent le cactus comme une plante désertique, et ils sont surpris d'en découvrir poussant à l'état sauvage à la pointe Pelée. Pour eux, le parc est tout sauf un désert. Mais beaucoup des champs qu'on y trouve sont sablonneux, et au cours des mois les plus chauds ils peuvent rapidement devenir extrêmement secs, pratiquement comme dans un désert, et ils constituent un habitat idéal pour le cactus. Il est intéressant de noter que si les cactus ne sont pas répandus au Canada, ce n'est pas par manque d'endroits qui leur soient hospitaliers, mais plutôt parce qu'ils sont incapables de survivre à nos hivers.

Des 2500 espèces environ de cactus que l'on trouve à travers le monde, seulement 50 peuvent résister au froid. Quatre de ces espèces de cactus poussent au Canada et trois d'entre elles appartiennent à la famille des oponces. Pour embrouiller encore davantage les choses, on les appelle toutes communément du même nom, tout au moins en anglais (Prickly Pear Cactus), ou tout simplement, cactus.

Opuntia humifusa : La pelote à épingles vivante
Opuntia humifusa : La pelote à épingles vivante.
© Parcs Canada/CD-1342-18

Trois de ces espèces sont relativement répandues à travers les Prairies. Le nom scientifique de l'autre espèce est Opuntia humifusa, et il s'agit de l'oponce, ou corne de raquette, que l'on trouve à la pointe Pelée. De tous les cactus du Canada, l'oponce a l'habitat le plus restreint. En fait ce cactus n'est indigène que dans l'extrême sud-ouest de l'Ontario, et même dans cette région, il est très rare sauf à la pointe Pelée.

S'il est rare, l'Opuntia humifusa est en revanche le plus gros des cactus du Canada. Ses raquettes peuvent atteindre de 10 à 15 centimètres de longueur (4 à 6 po) et de 8 à 10 cm de largeur (3 à 4 po) et 1 centimètre d'épaisseur (0,4 po). Quelques longues épines pointent à l'extrémité de chaque raquette, dont le reste de la surface semble nu. Mais ne vous y fiez pas, car elle est en fait couverte d'aiguilles argentées pratiquement invisibles. Si on les touche, cela peut être très douloureux, surtout si elles se plantent dans la peau et provoquent une infection.

Toutefois, le visiteur sera sans doute enclin au pardon s'il a la chance d'admirer la particularité la plus remarquable de cette plante : ses immenses fleurs jaunes cireuses ressemblant à des roses. Cette floraison, à la fin de juin ou au début de juillet, une attraction particulière de la pointe Pelée, vaut à elle seule le déplacement.

Un imitateur de la famille des reptiles

À l'origine, on pouvait trouver à la pointe Pelée au moins dix des seizes différentes sortes de serpents connues dans le sud de l'Ontario. Il n'en reste plus aujourd'hui que cinq espèces, et même il est douteux que la couleuvre tachetée soit encore présente. Disparus le massassauga, le crotale des bois, l'hétérodon à tête plate, la couleuvre agile et la couleuvre obscure. Mais on trouve toujours la couleuvre fauve.

L'habitat de la couleuvre fauve au Canada se limite à quelques poches dans le sud de l'Ontario. Même si elles ne sont pas considérées comme des serpents d'eau, on les trouve rarement loin d'elle. Malheureusement, de ce fait, elles entrent souvent en conflit avec les humains, car ces derniers sont également attirés par le bord de l'eau. La diminution de leur habitat a réduit le nombre de couleuvres fauves à tel point que le gouvernement de l'Ontario a mis cette espèce sur sa liste des espèces protégées. Toutefois, elles sont encore assez nombreuses à la pointe Pelée. On croit qu'il y a environ 60 couleuvres fauves dans le parc, mais elles sont plutôt discrètes et on les aperçoit rarement sauf lorsqu'elles traversent la route.

Les couleuvres fauves peuvent être d'assez grande taille. À la pointe Pelée, elles atteignent occasionnellement 1,8 mètre de longueur (6 pieds), avec une circonférence de 16 centimètres (6 pouces). À cette taille, ce sont les plus gros serpents du parc. Même si cela peut sembler très gros, la couleuvre fauve la plus longue jamais répertoriée, capturée en 1908 sur l'escarpement du Niagara, mesurait 2,4 mètres (7 pied, 11 pouces) de longueur!

La couleuvre fauve
La couleuvre fauve
© Parcs Canada/CD-3991-41

La couleuvre fauve est en général tout à fait pacifique. Elle accepte facilement d'être manipulée doucement après un court temps en captivité. Mais cela ne signifie pas qu'elle ne se défendra pas.

Un de ses moyens de défense explique le nom qu'elle porte. Si on les capture, les couleuvres fauves sécrètent une substance à l'odeur forte qui rappelle l'odeur du renard roux. Comme tous les serpents, elles peuvent également attaquer. Elles ne sont pas venimeuses, mais ont des dents pointues dont la morsure peut être douloureuse.

Le moyen de défense le plus intéressant de ce serpent est son don d'imitation. Lorsqu'elle est inquiétée, la couleuvre fauve fait vibrer sa queue comme le serpent à sonnettes. Même si elle est dépourvue de cascabelle, elle produit un son très convaincant, surtout au milieu des feuilles mortes. Malheureusement, beaucoup ont ainsi été tuées par des gens qui ne connaissaient pas cette particularité.

Plages

Comme la bordure d'une courtepointe, la plage de 20 kilomètres (12,4 milles) de la pointe Pelée ourle les différents paysages du parc : le marais, la forêt et les champs. C'est un milieu des plus difficiles, mais aussi des plus dynamiques. L'été, la température du sable peut atteindre 46 °C (115 °F), tandis qu'en hiver il est souvent recouvert de glace et de neige. Au cours des tempêtes, les vagues viennent s'écraser sur le rivage, en modifiant constamment le modelé, la largeur et la pente.

Plage de la Pointe-Pelée.
Plage de la Pointe-Pelée.
© Parcs Canada/CD-0444-57

À première vue, la plage semble dépourvue de toute vie. En fait, elle abrite diverses créatures résistantes. Même sur les plages les plus balayées par les tempêtes et les plus foulées par les gens, les fourmis, les sauterelles, les cicindèles et les araignées peuvent survivre et se reproduire. Les oiseaux de rivage trouvent leur subsistance en fouillant les crêtes de galets à la recherche de ces insectes et araignées ou de tout autre invertébré qu'ils peuvent trouver.

Les charognards - corneilles, goélands et mainates - surveillent la laisse de marée à la recherche de tout ce qui semble appétissant : un morceau de poisson mort ou un croustillant insecte. Parce qu'elles sont très exposées, seules les plantes les plus robustes peuvent survivre sur les plages de la pointe Pelée. La plupart sont des herbes, mais d'autres types de plantes prospèrent également ici, dont un petit arbre étonnant, le ptéléa trifolié. Le ptéléa trifolié est le représentant le plus septentrional de la famille des agrumes pouvant atteindre la taille d'un arbre. Il peut sembler étrange que, même si l'on trouve le ptéléas trifolié en divers lieux jusqu'au Mexique, au Canada il pousse exclusivement à l'extrême sud du sud-ouest de l'Ontario, et uniquement dans ce milieu très difficile.