Parc national du Canada des Mille-Îles

La voix d’Akwesasne

« Ne prenez que ce dont vous avez besoin »

Le parc national des Mille-Îles travaille en étroite collaboration avec les Mohawks d’Akwesasne, une communauté d’environ 21 000 habitants établie de part et d’autre de la frontière canado-américaine, à Cornwall. Le parc reconnaît les liens profonds que la communauté d’Akwesasne entretient avec le milieu naturel. Richard David, directeur adjoint du Service de l’environnement du Conseil des Mohawks d’Akwesasne, qui aime se décrire comme un « Ancien qui refuse d’admettre la réalité », écrit sur une tradition immémoriale axée sur la durabilité des ressources et perpétuée par la communauté vivant de nos jours à Akwesasne.

Shekon (salutation en langue mohawk)

Je suis né dans une famille merveilleuse, et j’ai passé la plus grande partie de mon enfance à Akwesasne. J’ai eu la chance de passer du temps avec ma grand-mère; j’ai vécu avec elle pendant trois ans, lorsque j’allais à l’école. Elle m’a appris comment cueillir des petits fruits et entailler des arbres pour en récolter la sève. Non seulement nous entaillions les érables, mais nous entaillions aussi les noyers cendrés pour faire du sirop. Avec mon père, chaque moment passé à chasser, pêcher ou faire la cueillette était pour moi une occasion d'apprendre.

Les choses de la vie courante que j’ai apprises de ces personnes font partie d'enseignements qui nous semblent évidents et que nous, les Premières nations, apprenons de nos Anciens. On ne doit jamais entailler le premier érable que l’on voit; on ne doit pas cueillir le premier petit fruit que l’on aperçoit; on ne doit pas garder le premier poisson que l’on attrape; on ne doit pas tirer sur le premier lièvre ou le premier chevreuil qu'on lève. Mon père me disait que ce serait terrible d’être celui qui tire sur le dernier chevreuil, qui attrape le dernier poisson, qui mange le dernier petit fruit et ainsi de suite. Chaque fois que nous allions pêcher, mon père remettait le premier poisson à l’eau en lui disant d’aller dire à ses frères et sours que nous étions un peuple bienveillant et pacifique. Il m’expliquait alors que nous n’allions pêcher que ce dont nous avions besoin et que nous profiterions pleinement de tout ce que nous avions pêché. Que chaque poisson attrapé serait traité avec respect et que nous remercierions notre Créateur de nous avoir permis d’obtenir notre nourriture grâce à sa générosité. Il m’expliquait aussi que puisque nous tirions notre énergie de la chair de ces animaux, de ces oiseaux et de ces poissons qui faisaient partie de notre alimentation, nous devions, à notre tour, poser les gestes nécessaires pour offrir un habitat sain à ces créatures et leur assurer une vie saine. 

Les Premières nations ont toujours vécu ainsi, et je n’ai jamais su comment vivre autrement. De nos jours, la science moderne a donné un nom à une pratique que nous avons toujours appliquée; elle appelle maintenant cela le « développement durable ». Chez les Haudenosaunee (peuple de la longue maison), cette pratique est une coutume bien ancrée. Ils vivaient à un même endroit durant une période déterminée. Ils habitaient le même emplacement pendant 40 à 50 ans et déménageaient ensuite à un lieu situé à sept jours de marche de celui où ils étaient établis auparavant. Peu importe où ils s’installaient, ils plantaient des arbres fruitiers, des caryers, des noyers cendrés, des noyers noirs, et bien d’autres. Ils s’établissaient de sorte que leur site forme un énorme cercle; mais tôt ou tard, ils retournaient à un ancien site. Et là, ils pouvaient profiter des fruits de leur labeur, des arbres plantés par leurs arrière-grands-parents avant eux. Ils ne permettaient jamais qu’un de leurs sites devienne surpeuplé; si la population atteignait, par exemple, 5 000 habitants, ils se divisaient en deux groupes et chacun devait marcher pendant sept jours dans des directions opposées pour aller établir un village lui permettant d’être autosuffisant. Les femmes étaient chargées de donner et maintenir la vie, un rôle qui leur était assigné par le Créateur, de la même façon que notre mère la Terre était responsable de toute vie. Elles devaient maintenir la durabilité des ressources afin de pouvoir nourrir et vêtir tous les membres de leur collectivité.

De nos jours, partout au Canada, il est de la responsabilité de chaque citoyen d’adopter un mode de vie durable. « Ne prenez que ce dont vous avez besoin et utilisez tout ce que vous prenez » est une leçon pour tous, alors que nous utilisons de l’énergie, des aliments, du papier, de l'espace et d'autres ressources de valeur dans nos vies quotidiennes. Gardez à l’esprit ces paroles attribuées au chef Seattle, prononcées en 1854 :

« Cela nous le savons; la Terre n'appartient pas à l'homme; l’homme appartient à la Terre. Cela nous le savons. Toutes les choses sont liées comme le sang qui unit une même famille. Toutes les choses sont liées. » [Traduction]

« L’homme n’a pas tissé la toile de la vie – il n'en est qu’un simple fil. Ce qu’il fait à la toile, il le fait à lui-même. » [Traduction]
- Chef Seattle, 1854