Parc national du Canada des Îles-du-Saint-Laurent
L’étude des tortues a une incidence positive sur la population locale
On reconnaît facilement la tortue musquée, une espèce menacée, par sa haute carapace en forme de dôme. La tortue musquée habite dans les eaux peu profondes le long du rivage, ce qui la rend vulnérable à l’aménagement des berges. © Marie-Andrée Carrière
Un projet de recherche intensif sur les tortues géographiques et les tortues musquées mené pendant deux ans le long du fleuve tire maintenant à sa fin. Le projet de recherche, dirigé par Marie-Andrée Carrière, étudiante à la maîtrise à l’Université d’Ottawa, est la première étude axée sur ces deux espèces en péril dans la région des Mille-Îles.
Jusqu’à maintenant, peu d’études ont été réalisées sur ces tortues en Amérique du Nord, et Mme Carrière a mis au jour des renseignements précieux sur ces deux espèces.
Au total, 360 tortues géographiques (Graptemys geographica) ont été capturées entre les villes de Mallorytown Landing et de Rockport au cours des deux années de l’étude. Voilà une bonne nouvelle pour une espèce figurant sur la liste des espèces préoccupantes.
Bien que ce nombre (360 individus) puisse paraître élevé à première vue, Mme Carrière prévient que celui-ci n’est pas un indicateur fiable de la santé d’une population.
Marie-Andrée Carrière, chercheuse, se frayant un chemin dans une zone humide du fleuve en quête d’une tortue musquée. Plus de 35 tortues ont été suivies pendant deux ans dans le cadre d’une étude intensive sur les tortues géographiques et les tortues musquées vivant dans le fleuve Saint-Laurent.© Marie-Ange Gravel
« Comme nous ne pouvons pas comparer ce nombre à des estimations antérieures, nous ne savons pas si la population augmente ou diminue. Cependant, nous pouvons maintenant surveiller la population pour nous assurer qu’elle est stable et non en déclin », explique Mme Carrière.
Le parc national des Îles-du-Saint-Laurent entend continuer de surveiller cette population afin de recueillir les premiers renseignements à long terme sur les tortues géographiques. Un nombre moins élevé de tortues musquées (Sternotherus odoratus) ont été capturées pendant l’étude, mais celles-ci passent souvent inaperçues en se frayant un chemin sous le fonds vaseux. Bien que ce faible taux de capture soulève des préoccupations en ce qui concerne la population de tortues musquées de la région, une surveillance plus étroite apportera des précisions sur la situation de ces tortues peu connues.
L’une des conclusions importantes de l’étude de Mme Carrière concerne le fait que les tortues musquées se cachent souvent sous les feuilles de nénuphars et entre les quenouilles situées dans les eaux peu profondes, le long du rivage. Cette espèce menacée est par le fait même très vulnérable à l’aménagement des berges, d’où l’importance de préserver l’aspect naturel des berges afin de protéger leur habitat.
L’étude de Mme Carrière a déjà eu une incidence positive sur les tortues de la région. À la suite de la découverte de nombreuses tortues noyées qui s’étaient coincées dans des pièges commerciaux l’été dernier, les données recueillies par Mme Carrière ont servi à imposer des restrictions quant à l’installation de ces pièges à certaines dates dans la baie en question. Depuis cette malheureuse découverte, aucune tortue noyée n’a été trouvée dans cette zone.
Une tortue géographique femelle juvénile couverte de moules zébrées après être sortie de son site d’hibernation en mai. L’émetteur sur son dos a permis aux chercheurs de localiser le site d’hibernation de la tortue.© Marie-Andrée Carrière
Bien que l’étude des tortues menée pendant deux ans ait été effectuée en collaboration avec le parc national des Îles-du-Saint-Laurent, des tortues ont été découvertes non seulement sur le territoire du parc, mais aussi souvent sur des propriétés privées ou dans les environs. Le soutien et la participation des propriétaires fonciers visés étaient indispensables à l’étude et à l’expérience de Mme Carrière.
« J’aimerais remercier personnellement toutes les personnes que j’ai eu l’occasion de rencontrer le long du fleuve », affirme Mme Carrière. « La conservation de ces espèces est impossible sans la sensibilisation du public. Les propriétaires fonciers avec qui j’ai eu l’occasion de discuter voulaient non seulement aider, mais ils cherchaient aussi toujours à le faire. La volonté et la participation de toutes les personnes de la région sont les aspects de cette expérience qui resteront gravés dans ma mémoire et qui sont essentiels à la survie des tortues de la région. Merci! ».