Parc national du Canada des Îles-de-la-Baie-Georgienne

Patrimoine Culturel

HISTOIRE

En parcourant les sentiers du parc national des Îles-de-la-Baie-Georgienne, le visiteur à l'oeil vif et à l'imagination fertile est stupéfait de constater tout le temps qu'il a fallu pour façonner l'histoire naturelle du parc. Ce qui semble n'être qu'une colline peut en fait être un dépôt glaciaire ou un littoral qui remonte à des milliers d'années, et le rocher de surface du Bouclier canadien que les visiteurs du parc connaissent si bien s'est en fait formé il y a de nombreux millions d'années.

Projectile du ruisseau Otter en silex onondaga de la période archaïque moyenne, il y a sept mille ans
Figure 1: Projectile du ruisseau Otter en silex onondaga de la période archaïque moyenne, il y a sept mille ans
© Parcs Canada/ Collection PNIBG

Parcs CanadaFigure 1: Projectile du ruisseau Otter en silex onondaga de la période archaïque moyenne, il y a sept mille ans.
Ce qui est moins apparent est le fait que le parc national des Îles-de-la-Baie-Georgienne préserve également l'histoire culturelle ainsi que l'histoire naturelle qui y est plus évidente. Bien avant que l'île Beausoleil ne devienne un paradis pour les touristes, ses côtes sont visitées et habitées par beaucoup de peuples autochtones. On a trouvé des artefacts qui datent de la période archaïque moyenne, il y a sept mille ans, comme ce projectile du ruisseau Otter en silex onondaga (voir la figure 1). Les vestiges de poterie ancienne, d'outils et d'instruments de chasse trouvés sur l'île Beausoleil ont permis aux archéologues d'établir que l'île servait, selon toute probabilité, de camp d'été aux peuples primitifs qui vivaient de la chasse et de la cueillette. C'est le cas d'un site du Sylvicole moyen occupé par les groupes de la Péninsule et de Saugeen (2 400-1 300 ans) et les Odawas (ou Ottawas) de langue algonquienne du Sylvicole Terminal (600-400 ans). Plusieurs autres cultures ont également laissé des traces de leur occupation.

Les Algonquiens et les Wendats (Hurons) de la région de la baie Georgienne ont été les premiers à entrer véritablement en contact avec les Européens au début des années 1600, à la suite du voyage historique de Champlain en 1615. C'est Gabriel Sagard qui mentionne pour la première fois l'une des îles du parc en 1624 lorsqu'il décrit une visite à un village algonquien situé sur ce qu'on croit être l'île Beausoleil. Après le contact avec les Européens, les Autochtones connaissent une période de turbulence sociale et une perturbation de leur mode de vie en raison de nombreux déplacements et de l'empiétement des Européens. Il y a souvent de nouvelles maladies dans les communautés longtemps avant l'arrivée de l'homme blanc. Les Algonquiens retournent à leur terre ancestrale plus à l'est et enfin, les missionnaires français contribuent à la rencontre entre les Wendats et la Confédération iroquoise, qui entraîne la dispersion de la nation wendat et sa migration vers Québec et le Sud des États-Unis. Il n'y a pas longtemps toutefois, les Wendats ont retrouvé leur territoire d'origine après 350 ans d'absence au cours d'une cérémonie organisée par les nations ojibways qui occupent maintenant la région.

Les Ojibways des Grands Lacs arrivent dans la région de la baie Georgienne au début du XVIIIe siècle. Chasseurs et cueilleurs, ils connaissent la terre, les produits médicinaux et les animaux. Ils deviennent d'importants intervenants économiques dans le commerce des fourrures et jouent un rôle militaire important au cours de la Guerre de 1812. Craignant une attaque du sud, on exerce des pressions sur les Ojibways pour qu'ils se retirent de certaines régions pour qu'on puisse y aménager des voies stratégiques de défense, ce qui les prive de leurs itinéraires traditionnels. La colonisation marque le début du changement pour les Ojibways. À mesure que les années s'écoulent, ils cèdent de plus en plus de terres jusqu'à ce qu'ils ne détiennent des droits que sur une petite fraction de leurs avoirs fonciers antérieurs.

Au début du XIXe siècle, ils sont réinstallés dans des réserves où ils sont encouragés à adopter les us et coutumes des peuples dits " civilisés ". Des documents de l'époque révèlent que les politiciens et les chefs religieux d'alors veulent " sauver " les Ojibways du mode de vie traditionnel reposant sur la chasse et la cueillette en leur enseignant celui du fermier chrétien. En 1830, on tente une " expérience " à Coldwater pour promouvoir le style de vie de la Bible et l'exploitation de la terre. L'expérience échoue en raison de l'équipement inadéquat, du personnel incompétent et des luttes intestines entre les missionnaires. En 1836, le peuple se divise en trois groupes dirigés chacun par un grand chef, qui s'installent à des endroits différents. Un groupe, dirigé par le chef John Assance, s'installe sur l'île Beausoleil. Les deux autres s'établissent à Mnjikaning (Rama) sur les rives du lac Couchiching et sur l'île Georgina dans la partie sud du lac Simcoe.

RÉSERVE OJIBWAY (1836-1856)

Sur l'île Beausoleil, la bande dirigée par le chef John Assance continue de vivre de l'agriculture et de recevoir une éducation chrétienne. Elle s'établit à l'endroit maintenant appelé Source aux Cèdres où il ne reste des champs cultivés il y a plus de cent cinquante ans qu'un pré visible de la rive. L'établissement comprend seize maisons de pièce sur pièce, une église, deux granges et plus de quatre-vingts hectares de terre défrichée où poussent le maïs et les pommes de terre.

La vie est très difficile pour la bande sur l'île Beausoleil. C'est un endroit peu propice à l'agriculture. Malgré les efforts déployés, les sols arides et sablonneux ne donnent, année après année, que de bien piètres récoltes de maïs. Malgré l'abondance du poisson, la bande ne parvient plus à subvenir à ses besoins et, jadis autonome, doit s'en remettre au gouvernement pour ce qui est des aliments de base comme la farine et le porc. En 1856, la bande s'installe sur une autre île de la baie Georgienne située à l'ouest, l'île Christian, et conserve le nom de Première nation Beausoleil. Ses descendants forment aujourd'hui une communauté bien vivante, qui a su résister aux déplacements et à la colonisation.

Quelques colons sont demeurés sur l'île Beausoleil, subsistant pauvrement mais avec détermination.

LES PIONNIERS

" Ces îles arides et rudes ont une indéniable puissance d'envoûtement... "
- A.Y. Jackson, Groupe des sept

Bien que la majorité des membres de la bande quittent les lieux, certains d'entre eux choisissent de squatter dans l'île Beausoleil. Au début, les pionniers sont tous Ojibways, mais avec le temps, des colons d'autres origines dérivent en quelque sorte jusqu'à l'île : voyageurs français, immigrants écossais et Potawatomis venus des États-Unis.

Certains restent dans le village d'origine, mais à mesure que les maisons tombent en ruine, de plus en plus d'habitants se construisent des baraques et des cabanes dans les boisés qui les protègent des vents violents d'hiver. Beaucoup des noms désignant des lieux ou des aménagements dans le parc rappellent les premières familles qui vivaient sur ces terres, comme la pointe Tonch ou le débarcadère Tobey. C'est une race forte de femmes et d'hommes qui réussissent à vivre de cette terre aride, mais d'une beauté tellement fascinante. Ils sont de ceux qui peuvent parcourir 165 kilomètres à pied pour se rendre à Toronto; passer tout l'hiver loin de leur famille dans les chantiers; traverser la baie imprévisible en canot ou tirer un traîneau de fourrures sur la glace jusqu'à Penetanguishene.

Parmi les habitants de l'île Beausoleil se trouve un " voyageur " français, Joe Corbière. Un lilas pousse encore sur les rives de la baie Frying Pan, à l'endroit où vivaient Joe et Susan Corbière. Joe est un homme instruit qui lit trois langues : le français, l'ojibway et l'anglais. Devenu sourd, il apprend à lire ces trois langues sur les lèvres. Selon des dossiers du gouvernement, les Corbière possèdent, en 1929, " une maison de pièce sur pièce tout à fait convenable dotée d'un appentis, et une grange aussi de pièce sur pièce; trois vaches, un cochon et quelques poules ". Les Corbière ont également un grand potager où poussent du maïs, des pommes de terre, de l'avoine et des fraises. Joe trappe, vend des fourrures et remplit les glacières pour répondre aux besoins du nombre croissant de visiteurs et de résidants de la région.

Peu à peu, les colons quittent les lieux. Quelques années avant la création du parc, seules trois familles habitent encore l'île, soit les Corbière, les Tonch et les Tobey.

La prolongation du chemin de fer vers Collingwood - ville portuaire située tout près - présage la fin de la vie autonome des squatteurs de l'île Beausoleil. Le chemin de fer amène un afflux de colons et de riches estivants. Les scieries poussent comme des champignons, détruisant les forêts sans égard à leur majestueuse beauté. L'île Beausoleil n'est pas épargnée. Des permis d'exploitation forestière sont délivrés entre 1864 et 1921. Le sable et le gravier, utilisés pour construire le quai de Midland et les élévateurs à grains de Port McNicoll, sont extraits de carrières creusées en maints endroits de l'île. Pour faciliter le transport du sable depuis la carrière située à proximité de la Source aux Cèdres (lieu de l'ancien incinérateur), on construit un convoyeur sur chevalets.

À quelque chose malheur est bon, même si ce n'est pas toujours évident. Au tournant du siècle, on pressent en l'île Beausoleil un lieu de vacances privilégié. Toutefois, ce projet ne voit pas le jour parce que la compagnie qui détient les droits d'exploitation forestière a aussi le droit de refuser l'autorisation d'un tel aménagement.

Ainsi, cette île est sauvée des exploitants privés pour être remise, plus tard, aux Canadiens et aux Canadiennes, aménagée en parc national. Lorsque le parc est établi en 1929, les quelques familles qui y vivent encore reçoivent une aide financière pour quitter l'île et s'installer ailleurs. Bon nombre choisissent Honey Harbour tandis que d'autres préfèrent les îles avoisinantes. Aujourd'hui, nombreux sont leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants à visiter encore le parc ou à y travailler.

LE PARC

" On annonce que le gouvernement fédéral a acquis vingt-neuf îles de la baie Georgienne, qui seront réservées pour les fins d'un parc national. Ces îles (...) aux dimensions variées, sont d'une rare beauté (...) le grand public aura la consolation d'avoir désormais à sa disposition une partie du paradis terrestre du Nord de l'Ontario. "
The Globe, 8 janvier 1930 (traduction libre)

C'est donc en 1929 que le troisième parc national de l'Est du Canada est établi; il devient rapidement l'un des lieux de vacances les plus recherchés du Canada. Des touristes riches achètent des îles de la baie Georgienne à un rythme effarant et, en 1920, l'île Beausoleil est la dernière grande île de Trente Mille Îles qui n'est la propriété de personne. Percevant le danger que représente l'appartenance de toutes les îles à des intérêts privés, les résidants locaux présentent une pétition au gouvernement fédéral demandant à ce dernier de réserver à l'île Beausoleil la vocation de parc national. Avant l'ouverture du parc, les trois familles vivant encore dans l'île reçoivent une indemnisation et quittent les lieux.

Le parc compte actuellement plus de 59 îles. Bien que ce nombre paraisse élevé, la superficie totale n'est que de 12 kilomètres carrés.

Même si le parc n'a pas encore beaucoup d'années d'existence, il a subi de nombreux changements. Tous les services offerts aujourd'hui nous font oublier que dans les années trente, il fallait se rendre en canot à Penetanguishene pour s'approvisionner ou que deux chevaux étaient consignés dans l'inventaire de l'équipement du parc.

Il y a eu d'autres changements encore plus profonds. Dans les premiers temps, on coupait le bois à brûler dans les forêts du parc; on tuait les loups et les porcs-épics; on épandait beaucoup d'insecticide pour éliminer les moustiques et les mauvaises herbes. Aujourd'hui, on n'agit plus de la même façon parce que l'on sait que ces îles ne conserveront leur beauté naturelle que dans la mesure où les cycles naturels seront perturbés le moins possible.

" La sagesse n'est pas la connaissance de beaucoup de choses, mais la perception de l'unité sous-jacente des extrêmes opposés. "
- John Burnet (traduction libre)