Parc national du Canada Sirmilik

Patrimoine culturel

Le parc national Sirmilik et les secteurs environnants recèlent une riche collection de ressources culturelles qui racontent l'histoire de l'occupation humaine de la région - une histoire qui remonte à plusieurs milliers d'années.

Époque préeuropéenne

Habitation des autochtones de Thulé © John Webster

Les anthropologues croient que les premiers peuples de l'île de Baffin appartenaient aux cultures pré-Dorset et Dorset, qui remontent à plus de 3 000 ans (de l'an 1700 av. J.-C. à l'an 1000 après J. C.). Les ancêtres de ces peuples auraient été des immigrants de la région du détroit de Béring, en Alaska, qui auraient traversé l'Arctique canadien d'ouest en est pour se rendre jusqu'au Groenland.

Au cours d'une seconde vague de migration de l'Alaska, des gens de la culture Thulé s'installèrent dans l'Arctique de l'Est vers la fin du XIe siècle, il y a environ 1 000 ans. Personne ne sait si les nouveaux arrivants chassèrent les Esquimaux de la culture Dorset de leur territoire ou s'il y eut fusion des deux cultures. On sait cependant que, à la longue, la culture Dorset disparut et que, en l'an 1200, la culture Thulé dominait. Les Inuits d'aujourd'hui sont des descendants directs de ce peuple de la culture Thulé.

Dans le territoire aujourd'hui occupé par le parc, les vestiges les plus anciens de l'occupation humaine sont généralement ceux de la culture Thulé, même s'il existe certaines traces attestant la présence de peuplades de la culture Dorset. Le mode de vie Thulé était remarquablement bien adapté à l'environnement côtier et à la toundra. Équipés de chiens, de traîneaux, d'oumiaks (grandes embarcations faites de peaux) et de kayaks, ces chasseurs pouvaient se déplacer avec aisance pour capturer des animaux terrestres et marins. Les activités saisonnières étaient dictées par l'abondance et la répartition du gibier.

Les Inuits de cette époque se nourrissaient principalement de phoque, en particulier de phoque annelé, et ils en faisaient la chasse à longueur d'année. Les caribous étaient eux aussi chassés toute l'année, et les peaux servaient à la confection de vêtements pour l'hiver. Le poisson représentait une importante source de nourriture pendant les mois d'été. Au printemps, la pêche sous la glace et la chasse à la sauvagine ajoutaient de la variété au régime alimentaire. La baleine boréale et le narval étaient également des espèces prisées, et certains vestiges archéologiques révèlent que la chasse au morse était également pratiquée.

D'une année à l'autre, les peuplades de la culture Thulé avaient l'habitude de s'établir au même endroit pour l'hiver. Les premières habitations étaient faites de mottes de terre, de pierres et d'os de baleine, et les toits, de côtes de baleine recouvertes de peaux et de mottes de terre. Le plancher se trouvait légèrement au dessous du niveau du sol, et les occupants accédaient à l'intérieur de leur demeure par un tunnel. À l'arrière, ils aménageaient une surface de couchage au-dessous de laquelle se trouvaient de petits compartiments de rangement. Des plateformes latérales permettaient de loger les lampes à huile de phoque et servaient également de tables pour la préparation de la nourriture et le séchage des vêtements.

Au fil des siècles, le mode de vie Thulé subit certaines modifications attribuables aux conditions du milieu. Par exemple, pendant une période d'environ 400 ans, un épisode de refroidissement climatique appelé Petit Âge glaciaire vint modifier les habitudes de chasse des peuplades de la culture Thulé, les forçant à adopter un mode de vie plus nomade et à se disperser. Malgré ces changements environnementaux, la culture Thulé survécut jusqu'à l'époque des premiers contacts avec les Européens, période qui coïncidait également avec la fin du Petit Âge glaciaire. La transition de la culture Thulé à la culture inuite se fit entre 1600 et 1850.

La plupart des sites archéologiques connus de la région de Sirmilik sont concentrés autour de la pointe Button, à l'extrémité sud-est de l'île Bylot. Cette étendue de terre se trouve en bordure d'une polynie, zone où les eaux demeurent libres de glace à longueur d'année et qui se prête bien à la chasse des mammifères marins.

Époque postérieure au contact avec les Européens

Période des premiers contacts (de 1616 à 1900)

Illustration J. Ross, 1819 © J. Ross, 1819

Les premiers Européens connus à visiter l'île de Baffin furent les capitaines Robert Bylot et William Baffin, qui en firent la découverte en 1616, lors d'une incursion dans le détroit de Jones et le détroit de Lancaster. En 1818, sir John Ross et sir William Edward Perry traversèrent à leur tour cette région pendant un voyage d'exploration à la recherche du passage du Nord Ouest. Vers les années 1820, les baleiniers britanniques investirent la région en quête de baleines boréales. Les chasseurs de baleine et les explorateurs commencèrent à pratiquer le troc avec les Inuits, introduisant des articles tels que des carabines, du tabac et du thé. La culture locale s'en trouva bientôt transformée. Les Inuits continuèrent de pratiquer la chasse de subsistance, mais bon nombre se firent embaucher par les baleiniers et modifièrent leurs habitudes pour s'adapter au calendrier de la chasse à la baleine. La chasse à la baleine se poursuivit dans la région pendant un demi-siècle, et l'île Bylot devint l'un des territoires de chasse les plus actifs du Grand Nord.

XXe siècle

Île Bylot

Expédition Bernier, le 9 novembre 1906 © Parc Canada

En 1906, J.E. Bernier pénétra dans le détroit d'Eclipse et prit possession de l'île Bylot au nom du Canada. Si l'île était connue depuis un certain temps pour la diversité et la richesse de ses populations d'oiseaux, ce n'est qu'à la fin des années 1950 que des études officielles y furent entreprises. En 1965, le gouvernement fédéral conféra à l'île Bylot le statut de refuge d'oiseaux migrateurs. D'autres études sur les espèces aviaires furent réalisées dans l'île au cours des années 1970. En 1988, le Service canadien de la faune et l'Université Laval, au Québec, y établirent un camp de recherche saisonnier dans l'intention d'y étudier l'écologie de la population de grandes oies blanches. Cependant, avec le temps, la portée des travaux s'élargit pour inclure la surveillance d'autres espèces, telles que le renard arctique, le lemming, le harfang des neiges et le bruant lapon. Les études sur le terrain et les travaux de surveillance se poursuivent d'une année à l'autre. Pour en savoir davantage, rendez-vous au site Web suivant : http://www.cen.ulaval.ca/bylot/

Pond Inlet

Pond Inlet, Mittimatilak © Christian Kimber

En 1912, des explorateurs débarquèrent dans la région de Pond Inlet dans l'espoir d'y trouver de l'or. Leurs recherches se révélèrent vaines, mais ils fondèrent quelques postes de traite modestes, faisant de Pond Inlet un point de rassemblement pour le commerce. La Compagnie de la Baie d'Hudson s'installa dans la région en 1921. Huit ans plus tard, Pond Inlet comptait une mission anglicane, une mission catholique et un poste de la GRC.

La plupart des Inuits continuèrent de vivre de la nature jusque dans les années 1960, époque où le gouvernement fédéral exigea qu'ils envoient leurs enfants à l'école. Une école et des résidences pour les élèves furent donc construits à Pond Inlet, et la plupart des familles finirent par s'établir dans le hameau pour se rapprocher de leurs enfants. De nos jours, Pond Inlet compte une population d'environ 1 350 habitants. Il s'agit de la première collectivité du Nunavut à posséder une école dont le corps enseignant est entièrement composé d'Inuits. Le bureau du parc national Sirmilik a été aménagé dans l'une des résidences originales de l'école.