Parc national du Canada Quttinirpaaq

Époque préeuropéenne

Le parc national Quttinirpaaq et les secteurs environnants recèlent une riche collection de ressources culturelles qui racontent l'histoire de l'occupation humaine de la région - une histoire qui remonte à plusieurs milliers d'années.

Lame en silex © Christian Kimber

Les anthropologues croient que les Paléo Esquimaux de la tradition Indépendance I (de 2 000 ans à 4 000 ans avant J. C.) furent les premiers à s'installer dans la région du parc national Quttinirpaaq, après avoir traversé le détroit de Béring depuis la Sibérie. Leurs campements, caractérisés par des foyers en forme de boîte, nous révèlent qu'ils étaient peu nombreux et qu'ils n'occupèrent la région que pendant 300 à 400 ans. Ces peuplades chassaient le bœuf musqué et le caribou, et elles survivaient aux hivers longs et obscurs de l'Arctique avec très peu d'outils leur permettant de produire de la chaleur.

Pendant des siècles par la suite, le territoire du parc national Quttinirpaaq demeura selon toute vraisemblance inhabité. Puis, il y a environ 3 000 ans, une seconde vague de Paléo Esquimaux, ceux de la tradition Indépendance II (de 1 000 ans à 500 ans avant J. C.), traversèrent les îles de l'Arctique jusqu'à l'actuel territoire du parc. Une troisième culture distincte, la culture Dorset (de 800 à 1000 après J. C.), vécut dans le parc jusqu'à il y a environ 1 000 ans. Ce peuple fut à son tour supplanté par des gens de la culture Thulé, d'habiles chasseurs de baleines et d'autres mammifères marins. Si la culture Thulé survécut ailleurs dans l'Arctique, les peuplades installées sur le territoire du parc quittèrent la région à la suite d'un refroidissement climatique qui mena au Petit Âge glaciaire (de 1600 à 1850). Les Inuits d'aujourd'hui sont les descendants de ce peuple de la culture Thulé.

Époque postérieure au contact avec les Européens

Période des premiers contacts (de 1875 à 1935)

La partie nord de l'île d'Ellesmere accueillit ses premiers visiteurs européens en 1875. Cette année là, les membres de la British Arctic Expedition traversèrent le détroit de Nares et construisirent des quartiers d'hiver pour le Discovery dans un havre abrité de la baie Lady Franklin. Son navire jumeau, l'Alert, passa l'hiver à 160 km plus au nord, sur les rives de l'océan Arctique. Au printemps de 1876, des équipes partirent en traîneau explorer les environs. Les navires furent toutefois contraints de retourner en Angleterre plus tard dans l'année lorsque l'équipage contracta le scorbut.

Cinq ans plus tard, en 1881, l'Armée américaine organisa une expédition dans la baie Lady Franklin. L'équipage, placé sous la direction du lieutenant Adolphus Greely, accosta au même endroit que les explorateurs britanniques. Cette expédition faisait partie des deux missions organisées par les États Unis pour marquer l'Année polaire internationale, grand projet entrepris par douze pays afin de fonder des stations scientifiques dans les régions bordant le pôle Nord. L'équipage construisit une station de recherche scientifique qu'il baptisa fort Conger. Mais l'entreprise, mal adaptée à la rigueur du climat, était vouée à l'échec. Comme les navires de ravitaillement n'avaient pu rejoindre le groupe ni en 1882 ni en 1883, les explorateurs rebroussèrent chemin, et ils s'échouèrent à l'île Pim, sur la côte est de l'île d'Ellesmere. Seuls sept des 26 membres de l'équipage original survécurent.

Fort Conger © John Webster

En 1899, l'explorateur américain Robert Peary débarqua au fort Conger abandonné, dans l'intention de s'en servir comme station de base pour gagner le pôle Nord. Peary et ses hommes étaient accompagnés de guides inughuits du Nord Ouest du Groenland. Ils tirèrent parti des connaissances traditionnelles, firent bon usage des peaux d'animaux et mangèrent de la nourriture locale, si bien qu'ils étaient beaucoup mieux outillés pour affronter les conditions rigoureuses. En exploitant à la fois les techniques européennes et les connaissances traditionnelles autochtones, Peary modifia les installations du camp de base de manière à ce qu'elles puissent fonctionner dans le milieu frigorifique de l'Arctique. Le fort Conger servit de point de départ aux expéditions de Peary en 1900-1901, en 1905-1906 et en 1908 1909. Après l'époque Peary, le camp servit de refuge aux explorateurs américains, norvégiens, danois et britanno canadiens en 1915, en 1920, en 1921 et en 1935.

Aujourd'hui, les bâtiments du fort Conger sont des édifices fédéraux classés. Le parc national Quttinirpaaq les protège à titre de ressources culturelles qui rappellent concrètement le rôle des Autochtones et des Européens dans l'histoire de la région./p>

Milieu du XXe siècle

L'île d'Ellesmere est depuis longtemps un centre névralgique pour la souveraineté canadienne en Arctique. Si le gouvernement canadien maintient une présence dans l'Extrême Arctique, c'est principalement pour des motifs de recherche scientifique et de défense militaire.

De 1953 jusqu'au milieu des années 1970, le Conseil de recherches pour la défense (CRD) du ministère de la Défense nationale joua un rôle de premier plan dans la recherche scientifique en Extrême Arctique. En 1950, le Canada et les États Unis inaugurèrent une station météorologique cogérée à Alert, sur la côte nord de l'île d'Ellesmere. Cette station est toujours exploitée par des militaires de nos jours.

Camp du CRD à l'île Ward Hunt

L'île Ward Hunt
© Vicki Sahanatien

En 1959, un camp de recherche de base vit le jour à l'île Ward Hunt, à l'issue d'un projet réalisé conjointement par le Laboratoire des sciences terrestres de l'Aviation américaine, par l'Institut arctique de l'Amérique du Nord et par le Conseil de recherches pour la défense. On était alors en pleine guerre froide, et les stratèges militaires canadiens et américains voulaient développer leurs capacités logistiques à l'appui d'opérations militaires dans la région. La première mission consistait à évaluer la possibilité d'utiliser la plateforme de glace de l'île Ward Hunt comme piste pour l'atterrissage d'aéronefs. Les deux pays construisirent également une station météorologique sur la plateforme de glace. Tout au long des années 1960, le camp du CRD servit à des recherches scientifiques sur les mouvements de la plateforme de glace et sur l'histoire climatique de la région.

Camp du CRD au lac Hazen

En 1957 1958, le CRD fonda un camp de recherche de base au lac Hazen pour souligner l'Année géophysique internationale. Parrainée par le Conseil international des unions scientifiques et appuyée par 67 pays, cette initiative devait permettre au Canada de dresser un portrait intégré de l'environnement physique de la planète. L'opération Hazen, axée sur des études glaciologiques, devint l'un des projets scientifiques les plus complets à voir le jour dans l'Extrême Arctique canadien. Le bâtiment original du CRD, qui date de 1958, est encore debout. Aujourd'hui, ce camp sert de poste aux gardes de parc et de point d'accès aérien au parc national Quttinirpaaq.

Camp du CRD au fjord Tanquary

Camp du CRD au lac Hazen
© Tom Knight

Le CRD mit en branle l'opération Tanquary en 1962 en construisant un autre camp de recherche de base, au fjord Tanquary cette fois-ci. Depuis cet endroit, le CRD coordonnait un vaste programme de recherches scientifiques, dans le cadre duquel des études furent réalisées sur l'essentiel de la partie nord de l'île d'Ellesmere. Le CRD accordait une importance particulière aux études sur les glaces de mer, mais il mena également des recherches sur la météorologie, l'océanographie, la glaciologie, la biologie et l'archéologie. L'opération Tanquary se termina en 1972, mais le Centre de recherches pour la défense (Pacifique) continua de parrainer des recherches dans la région jusque dans les années 1990. Depuis 1973, les recherches menées dans l'Extrême Arctique sont coordonnées par Ressources naturelles Canada, dans le cadre de l'Étude du plateau continental polaire. Aujourd'hui, le camp de base du fjord Tanquary sert de poste aux gardes de parc et de point d'accès aérien au parc national Quttinirpaaq.