Parc national du Canada Quttinirpaaq

Végétation

Pavot d'Islande © Parcs Canada / Christian Kimber

Le parc national Quttinirpaaq se trouve en grande partie dans un désert arctique. Le couvert végétal est épars en raison des faibles précipitations, et le sol est presque entièrement enseveli sous la neige, la glace et des débris de roche grossiers. Les températures fraîches ralentissent considérablement la décomposition organique et l'altération chimique, si bien que les couches de terre y sont rares. Même en été, les zones libres de neige ne fondent qu'à une profondeur variant de 10 cm à 1 m.

Le pavot d'Islande et la saxifrage sont les plantes à fleurs les plus communes; elles poussent partout où la quantité de nutriments et d'humidité est suffisante. Dans les secteurs qui demeurent humides pendant la majeure partie de la saison de croissance, par exemple dans les basses terres qui entourent le lac Hazen, le fjord Tanquary et la baie Lady Franklin, c'est la toundra bosselée ou les prés humides qui dominent.

En tout, 154 espèces de plantes vasculaires ont été recensées dans le parc national Quttinirpaaq, de même que 44 espèces de lichens et 193 espèces de bryophytes (mousses et hépatiques).

Les plantes de l'Arctique doivent surmonter de nombreux obstacles pour survivre, mais elles sont remarquablement bien adaptées à leur environnement inhospitalier. Voici quelques-uns des facteurs qui font obstacle à leur croissance :

  • le pergélisol, qui limite la profondeur du système racinaire;
  • les températures basses de l'hiver (les plantes doivent résister à un gel soutenu);
  • les étés courts et frais, qui limitent la productivité et la croissance en ralentissant le métabolisme des plantes et l'activité des insectes pollinisateurs;
  • la quantité limitée d'azote dans le sol, qui est attribuable au faible taux de décomposition des matières organiques (à cause du pergélisol et des températures basses)
  • les vents forts, qui peuvent causer des dommages aux plantes par abrasion (particules de sable ou de glace emportées par le vent);
  • les faibles précipitations.n

Les plantes possèdent divers moyens d'adaptation qui leur permettent de survivre dans ces conditions hostiles. Certaines poussent en rosettes (groupes de feuilles rapprochées) qui limitent la perte de chaleur. D'autres sont pourvues de tiges velues ou de gaines laineuses. Toutes les plantes de l'Arctique sont petites et poussent au ras du sol.

La plupart des plantes de l'Arctique contiennent une quantité variable d'un pigment appelé anthocyanine, composé qui, en absorbant les rayons solaires, permet à la photosynthèse de s'opérer à des températures plus basses qu'à la normale. Lorsque la végétation est abondante, les températures à la surface du sol peuvent être jusqu'à 20 oC supérieures à la température de l'air, en raison de la présence de l'anthocyanine, qui absorbe la chaleur. Les plantes de couleur foncée emmagasinent plus de chaleur que les plantes de couleur pâle, mais ces dernières contiennent malgré tout une certaine quantité d'anthocyanine (masquée par d'autres pigments).

Les plantes ont recours à plusieurs stratégies de reproduction. De nombreuses espèces arrivent à se reproduire par fragmentation des tiges, des rhizomes ou du système racinaire (multiplication végétative). Certaines plantes dépendent d'insectes pollinisateurs, alors que d'autres ont besoin du vent pour propager leurs graines. Dans le cas des espèces qui dépendent des insectes, il arrive que les fleurs mâles et femelles poussent les unes à proximité des autres, de manière à accroître les chances de pollinisation. Compte tenu de la faible densité de la faune, les plantes qui ont besoin d'oiseaux ou de mammifères pour disperser leurs graines sont plutôt rares.

saule de l'arctique
© Parcs Canada / Christian Kimber

Il convient également de mentionner un autre moyen d'adaptation intéressant, la capacité de certaines plantes de tolérer des conditions exceptionnellement froides pendant plus d'un an et de suspendre leur croissance et leur reproduction jusqu'au retour de températures plus clémentes l'année suivante.

Le saule de l'Arctique est la plante la plus haute de la toundra, mais elle pousse quand même au ras du sol pour éviter le vent cinglant. Les Inuits lui donnent le nom de plante à langue en raison de la forme de ses feuilles. Le saule de l'Arctique représente une importante source de nourriture pour les herbivores de l'Arctique, tels que le caribou de Peary, le bœuf musqué et le lièvre arctique.

Ce magnifique pavot d'Islande appartient à une espèce fort répandue, qui pousse même sur les terrains les plus dénudés. Le pavot agit comme un capteur solaire : il réfléchit la chaleur du soleil sur les ovaires de la plante, de manière à accélérer la maturation des graines. La fleur décrit une rotation pour suivre la trajectoire du soleil.

Saxifrage à feuilles opposées © Parcs Canada / Christian Kimber

La saxifrage à feuilles opposées est l'une des premières plantes à produire des fleurs au début de l'été. Ses feuilles sont frangées de minuscules poils qui piègent la chaleur. Cette plante robuste prospère dans des conditions extrêmes et résiste aussi bien aux vents froids de l'hiver qu'à la chaleur cuisante de l'été