Parc national du Canada Auyuittuq

Patrimoine culturel

Édifice de la compagnie Baie d'Hudson © Paul Lachapelle

Le parc national Auyuittuq et les secteurs environnants recèlent une riche collection de ressources culturelles qui racontent l'histoire de l'occupation humaine de la région - une histoire vieille de plusieurs milliers d'années.

Époque préeuropéenne

Site Historique National à Kekerten © Parc Canada

Les anthropologues croient que les premiers habitants de l'île de Baffin appartenaient aux cultures pré Dorset et Dorset, qui remontent à plus de 3 000 ans (de l'an 1700 av. J. C. à l'an 1000 après J. C.). Les ancêtres de ces peuples auraient été des immigrants de la région du détroit de Béring, en Alaska, qui auraient traversé l'Arctique canadien d'ouest en est pour se rendre au Groenland.

Au cours d'une seconde vague de migration de l'Alaska, des gens de la culture Thulé s'installèrent dans l'Arctique de l'Est vers la fin du XIe siècle, il y a environ 1 000 ans. Personne ne sait si ces nouveaux arrivants chassèrent les Esquimaux de la culture Dorset de leur territoire ou s'il y eut fusion des deux cultures. On sait cependant que, à la longue, la culture Dorset disparut et que, en l'an 1200, la culture Thulé dominait. Les Inuits d'aujourd'hui sont des descendants directs de ce peuple de la culture Thulé.

À l'intérieur du parc, les vestiges les plus anciens de l'occupation humaine sont généralement ceux de la culture Thulé, même s'il existe certaines traces attestant la présence de peuplades de la culture Dorset. Le mode de vie Thulé était remarquablement bien adapté à l'environnement côtier et à la toundra. Équipés de chiens, de traîneaux, d'oumiaks (grandes embarcations faites de peaux) et de kayaks, ces chasseurs pouvaient se déplacer avec aisance pour capturer des animaux terrestres et marins. Les activités saisonnières étaient dictées par l'abondance et la répartition du gibier.

Les Inuits de cette époque se nourrissaient principalement de phoque, en particulier de phoque annelé, et ils en faisaient la chasse à longueur d'année. Le caribou était lui aussi chassé toute l'année, et les peaux servaient à la confection de vêtements pour l'hiver. Le poisson représentait une importante source de nourriture pendant les mois d'été. Au printemps, la pêche sous la glace et la chasse à la sauvagine ajoutaient de la variété au régime alimentaire. La baleine boréale et le narval étaient également des espèces prisées, et certains vestiges archéologiques révèlent que la chasse au morse était également pratiquée.

D'une année à l'autre, les peuplades de la culture Thulé avaient l'habitude de s'établir au même endroit pour l'hiver. Les premières habitations étaient faites de mottes de terre, de pierres et d'os de baleine, et les toits, de côtes de baleine recouvertes de peaux et de mottes de terre. Le plancher se trouvait légèrement au–dessous du niveau du sol, et les occupants accédaient à l'intérieur de leur demeure par un tunnel. À l'arrière, ils aménageaient une surface de couchage au-dessous de laquelle se trouvaient de petits compartiments de rangement. Des plateformes latérales permettaient de loger les lampes à huile de phoque et servaient également de tables pour la préparation de la nourriture et le séchage des vêtements.

Au fil des siècles, le mode de vie Thulé subit certaines modifications attribuables aux conditions du milieu. Par exemple, pendant une période d'environ 400 ans, un épisode de refroidissement climatique appelé Petit Âge glaciaire vint modifier les habitudes de chasse des peuplades de la culture Thulé, les forçant à adopter un mode de vie plus nomade et à se disperser. Malgré ces changements environnementaux, la culture Thulé survécut jusqu'à l'époque des premiers contacts avec les Européens, période qui coïncidait également avec la fin du Petit Âge glaciaire. La transition de la culture Thulé à la culture inuite se fit entre 1600 et 1850.

Époque postérieure au contact avec les Européens

Période des premiers contacts (de 1585 à la fin du XIXe siècle)

Abris Dorset © John Webster

Les Européens commencèrent à parcourir la région en 1585, mais il n'existe aucun document attestant des contacts entre les deux cultures à cette époque. John Davis, arrivé en 1585, fut le premier Européen à explorer la région de la péninsule Cumberland. Selon ses relations d'expédition, les explorateurs ne virent personne, mais ils découvrirent des signes d'occupation humaine. En 1616, le périple de William Baffin dans la baie de Baffin fraya la voie à un nombre croissant d'aventuriers européens qui vinrent chasser la baleine entre l'île de Baffin et le Groenland.

Même s'il est possible que les Inuits aient eu des contacts avec les chasseurs de baleine européens avant cette époque, la première rencontre attestée par un document remonte à 1839, année où William Penny pénétra dans la baie Cumberland. En 1852, les chasseurs de baleine américains avaient établi un camp d'hiver dans la baie Cumberland, et ceux de la Grande Bretagne ne devaient pas tarder à leur emboîter le pas.

L'avènement de la chasse à la baleine vint changer la culture locale. Les Inuits continuèrent de pratiquer la chasse de subsistance, mais bon nombre se firent embaucher par les baleiniers et modifièrent leurs habitudes pour s'adapter au calendrier de la chasse à la baleine. Les modes d'établissement changèrent eux aussi, les stations de dépeçage devenant un centre névralgique pour l'acquisition de denrées européennes.

XXe siècle

Au début du XXe siècle, la chasse à la baleine n'était plus rentable, et la plupart des postes de dépeçage cessèrent leurs activités. Les Inuits qui s'étaient établis à proximité étaient maintenant forcés de se déplacer vers l'intérieur des terres en quête de nourriture et de fourrures pour le commerce. Ils vivaient dans de petits camps semi-permanents, bon nombre situés dans les mêmes secteurs que les anciens sites de culture Thulé.

La Compagnie de la Baie d'Hudson fonda un poste de traite à Pangnirtung en 1921. Vinrent ensuite un détachement de la GRC en 1923, une église anglicane en 1925 et un hôpital en 1930. Bien des années plus tard, l'hôpital dût fermer ses portes lorsque, grâce au transport aérien, il devint plus économique de se faire soigner à Iqaluit. Pangnirtung possède toujours un poste de soins infirmiers. Une école et des bureaux gouvernementaux ouvrirent leurs portes à Pangnirtung au début des années 1950, et, une dizaine d'années plus tard, la plupart des Inuits s'étaient installés en permanence dans la collectivité.

Au nord du parc, le village permanent de Qikiqtarjuaq ne fut fondé qu'au début des années 1960, avant quoi les Inuits de la région de l'île Broughton vivaient dans des camps semi-permanents aménagés en pleine nature. La fondation de Qikiqtarjuaq est associée à l'aménagement d'une installation du réseau DEW en 1955.

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