Parc national du Canada de Aulavik
Histoire et culture
Cette partie de l'Arctique est habitée depuis presque 4 000 ans
mais l'île Banks a toujours été à l'écart.
L'utilisation par les humains de la région qui constitue maintenant le
parc national Aulavik est sporadique et largement influencée par le changement
climatique. Au cours des périodes plus douces qui s'étendent souvent
sur des centaines d'années, certaines parties de l'île sont occupées
et pendant les cycles plus froids, les habitants se déplacent vers des
régions plus hospitalières et reviennent sur l'île pour
chasser ou pêcher.
Premiers habitants
Les sites archéologiques les plus anciens du parc national Aulavik sont près du lac Shoran. Ces emplacements culturels pré-Dorset remontent presque à 1500 avant J.-C. et sont caractérisés par des habitations ovales, généralement marquées par un cercle de pierres qui retenaient les bords des tentes. Les excavations ont révélé des grattoirs en silex, des harpoises et des aiguilles en os. Les os de centaines de boeufs musqués indiquent que même à cette époque, ce mammifère était une source vitale de nourriture et de provisions.
D'environ 800 avant J.-C. à l'an 1000, la moitié nord de l'île
Banks accueille peu de visiteurs. Les quelques sites de cette époque,
presque tous sur la côte sud, possèdent des caractéristiques
de la culture Dorset de l'Arctique de l'Est et de l'Arctique
de l'Ouest.
De 1000 à 1450, les Thule occupent plusieurs endroits
le long de la côte sud de l'île Banks et utilisent ce qui est maintenant
le parc national Aulavik. Dans ces endroits côtiers, les Thule pratiquent
une économie fondée sur la récole de mammifères
marins, particulièrement la baleine boréale et le phoque annelé.
Il semble également qu'ils s'aventurent dans le nord de l'île pour
chasser le boeuf musqué.
Un refroidissement climatique important appelé petit âge glaciaire
met probablement fin à presque toute l'occupation de l'île Banks
pendant plusieurs centaines d'années. La détérioration
du climat force les Thule à se réfugier dans
une plus petite région où ils développent des techniques
de chasse très efficaces et spécialisées. Au fur et à mesure
que le climat se réchauffe, les groupes maintenant isolés se
rendent plus loin. Ils s'établissent à nouveau sous la forme
de plusieurs groupes inuit étroitement liés
mais localement distincts. L'un de ces groupes, les Inuit du Mackenzie,
ou Inuvialuit, utilisent parfois l'île Banks entre 1650
et les années 1820. Ils occupent des endroits le long de la côte
sud et chassent le boeuf musqué dans la région qui forme maintenant
le parc.
Exploration européenne
Douves de tonneaux au site de l'Investigator à Mercy
Bay
© Parcs Canada / Wayne Lynch / 1994
Les Européens commencent à explorer la région au début
des années 1800. En 1820, Beechy, un membre de la première expédition
de Parry, aperçoit des terres au sud-ouest de l'île Melville et
leur donne le nom de terres de Banks en l'honneur d'un ancien président
de la Royal Society.
Ce n'est toutefois que trente ans plus tard que les Européens visitent
l'île Banks. En 1850, le H.M.S. Investigator, dont le
capitaine est Robert M'Clure, cherche le passage du Nord-Ouest
et les membres de l'expédition Franklin qui se sont perdus. En septembre
1851, le navire se retrouve prisonnier des glaces de Mercy Bay, à l'extrémité nord
de l'île Banks. En 1853, presque deux ans plus tard, le navire est abandonné et
l'équipage traverse la glace jusqu'à l'île Melville où le HMS Resolute vient le secourir. Plus tard, le Investigator sombre
ou dérive. On ne retrouve aujourd'hui sur les rives de Mercy Bay que
des douves de tonneaux en bois, un tas de charbon et un gros morceau de métal.
Après le contact ave les européens
Caches de viande au site archéologique Nasogaluak
© Parcs Canada / Wayne Lynch / 1994
De 1855 à 1890, les Inuit du cuivre de l'île
Victoria se rendent chaque année vers l'ouest jusqu'à Mercy Bay,
en empruntant la vallée de la rivière Thomsen, afin de récupérer
du bois, des métaux et d'autres matériaux précieux du site
de l'Investigator abandonné. On trouve le long de la Thomsen des campements
de cette époque remplis de caches pour entreposer la viande de boeuf
musqué et de caribou. Ces sites contiennent également des cercles
de tentes, des foyers et peut-être des tombes.
Site archéologique Head Hill
© Parcs Canada / Wayne Lynch / 1994
L'un des sites les plus spectaculaires, celui de Head Hill, est un véritable
réseau de lieux d'abattage sur une colline surplombant le confluent de
la Thomsen et de la Muskox. On y trouve plus de 500 crânes de boeufs musqués,
29 caches de nourriture et 17 cercles de tentes.
À partir de la fin des années 1920 jusqu'au déclin du commerce
des fourrures dans les années 1970, le piégeage lucratif du renard
arctique attire les Inuvialuit à l'île Banks depuis
le delta du Mackenzie, l'île Victoria, la péninsule de Tuktoyaktuk
et le versant nord de l'Alaska. Les familles se rendent vers l'extrémité sud-ouest
de l'île Banks et fondent la collectivité de Sachs Harbour.
Utilisation actuelle du parc
Sachs Harbour compte aujourd'hui environ 120 habitants. Fidèles à leurs
traditions culturelles, les résidents inuvialuit ont le droit de piéger,
de chasser et de pêcher pour assurer leur subsistance dans les limites
du parc national. Les résidents utilisent parfois l'extrémité nord
de l'île mais Aulavik est considéré comme une réserve
visant à assurer la subsistance des populations fauniques régionales.