Parc national et lieu historique national du Canada Kejimkujik

Landes et tourbières

Un seul randonneur sur le troittoir en bois Les landes côtières
© Parcs Canada

Les landes

Lorsque vous vous approchez de l'océan, quittant l’abri de la forêt, les landes côtières s'étalent devant vous. La végétation y dépasse rarement la hauteur d'un adulte. Les vents froids et salins soufflant de l'océan arrêtent net la croissance des plantes, d'où leur aspect rabougri et tordu.

Les landes se forment le long de la côte de la Nouvelle-Écosse là où les rigueurs du climat se conjuguent à celles des conditions du sol. Le sol pauvre et mince laissé par la glaciation forme une croûte imperméable riche en fer, que les racines des plantes ont du mal à pénétrer. Les effets du feu sur la lande sont peut-être à l’origine de la destruction d’une bonne partie de l'humus. Qui plus est, les tentatives de l'homme pour cultiver la terre et y faire paître des moutons ont aussi beaucoup appauvri le sol.

Osmonde cannelle Osmonde cannelle
© Parcs Canada
Malgré tout, les landes sont un habitat diversifié et fascinant. Elles sont en réalité une forêt acadienne en miniature. On y trouve des pins blancs et des érables rouges. Ici, les épinettes noires, les sapins baumiers et les bouleaux gris ne sont pas plus hauts que les multiples arbustes également présents, comme les bleuetiers, les kalmias à feuilles étroites, les raisins d'ours, les houx verticillés et les gaylussaquiers à fruits bacciformes. Beaucoup de ces arbustes donnent énormément de baies à la fin de l'été. Les oiseaux, et quelquefois les ours noirs, viennent profiter de ce délicieux festin. Sous les troncs rabougris, tordus et impénétrables des arbres et des arbustes se cache un tapis végétal luxuriant d'osmonde cannelle, de thé des bois, de quatre-temps et de mousse. Cet endroit est aussi un havre pour de nombreux petits animaux tels les lièvres d'Amérique, les écureuils roux et plusieurs petits rongeurs qui recherchent la protection offerte par cette dense végétation. Les oiseaux comme la paruline à gorge jaune, le bruant des prés et la paruline à couronne rousse y voltigent d'une branche à l'autre. Ces petites créatures se déplacent facilement dans l'enchevêtrement d'arbustes et d'arbres nains typiques des landes.

Plus près de l'océan, les landes sont de plus en plus dénudées. Ici, les arbustes laissent la place à la camarine noire, à la cladonie des rennes et au genévrier commun, qui poussent jusqu'au bord de la plage.

Les landes très basses offrent un abri aux crapauds, serpents, campagnols et musaraignes. La salamandre cendrée aime bien, elle aussi, vivre dans ce milieu humide. Autrefois, les landes basses présentaient des conditions de vie idéales pour les orignaux et les caribous. Mais l’orignal de la Nouvelle Écosse continentale est maintenant considéré comme une espèce menacée. Quant au caribou des bois, il a disparu de la province vers 1905.
Une tourbière au bord de mer Une tourbière au bord de mer
© Parcs Canada/R. Farrell

Les tourbières

Dans les tourbières, les arbustes ligneux disparaissent pratiquement et la vcgétation atteint à peine les genoux. Une tourbière se caractérise habituellement par un couvert humide et moussu présentant un aspect plutôt uniforme vu de loin. Mais en y regardant de plus près, on peut y distinguer un mélange varié de plantes, de couleurs et de textures. La tourbière est dominée par la sphaigne, à laquelle elle doit son aspect tourbeux, sa saturation en eau et sa forte acidité. Y poussent aussi d'autres végétaux comme le kalmia à feuilles d'andromède, le gaylussaquier buissonnant de Bigelow, la smilacine trifoliée, l'habénaire à gorge frangée, le rhododendron du Canada et le myrique baumier. Toutes ces plantes prospérent dans les conditions particulières de cet habitat, dans lesquelles beaucoup d’autres espèces végétales ne sauraient croître.

À Kejimkujik Bord de mer, de gros rochers s’élèvent des tourbières. Ces rochers, ou blocs erratiques, nous rappellent qu’il n’y a pas si longtemps que la dernière période glaciaire a touché la Nouvelle-Écosse. Bon nombre des tourbières du bord de mer n’étaient à l’origine que de petits étangs formés lors de la fonte des derniers glaciers le long de la côte, il y a environ 13 000 ans. Frais et humide, ce milieu était propice à la croissance de la sphaigne. La mousse a rempli peu à peu tous les étangs pour former des tourbières.

La sarracénie pourpre La sarracénie pourpre
© Parcs Canada
L'aréthuse L'aréthuse
© Parcs Canada/M. Burzynski
Les tourbières sont peuplées de plantes inhabituelles. La sarracénie pourpre, l’utriculaire cornue et le rossolis d’Angleterre complètent d’insectes la maigre ration que leur donne le sol tourbeux et stérile. En juin et en juillet, des orchidées comme les pogonies, les calopogons et les aréthuses déploient leurs pétales pour former de jolies fleurs. Des grappes duveteuses de linaigrette du Canada flottent comme des nuages au-dessus de la sphaigne. Certains arbres semblent survivre ici : les bouleaux gris, les épinettes noires, les sapins baumiers et même parfois les pins blancs s’adaptent à ces conditions. Face aux vents dominants, les troncs sont dénudés et dépourvus de branches, la croissance se faisant surtout en direction du vent, sur des branches latérales et basses. En raison de leur croissance très lente, des troncs de quelques centimètres de diamètre peuvent compter jusqu’à une centaine d’anneaux de croissance très fins.

Très peu d’animaux vivent dans les tourbières, mais beaucoup habitent alentour de celles-ci et en tirent parti. On peut y voir des bruants chanteurs et des bruants des marais. Les cerfs de Virginie, à la recherche de nourriture, sillonnent la tourbière par temps calme, mais quand les tempêtes de l’Atlantique Nord s’abattent sur la terre, ils quittent la tourbière pour trouver un refuge plus sûr dans les forêts avoisinantes ou dans les îlots d’épinettes.



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