Parc national du Canada des Monts-Torngat

Merveilles naturelles et trésors culturels

« À l’extrémité nord de la côte du Labrador se trouve une chaîne de hautes montagnes arides aux précipices abrupts qui s’enfonce dans les terres depuis la mer et que les Inuits d’autrefois considéraient comme la demeure de l’esprit suprême de leur mythologie. Le nom qu’ils donnaient à cette région, Torngait, signifie ``lieu habité par les esprits`` et s’explique par la présence de Torngarsoak, qu’ils croyaient maîtriser la vie des animaux marins et qu’ils représentaient sous la forme d’un ours polaire gigantesque. » 1

( 1 Cette citation est tirée de GSC Memoir 91 : The Labrador Eskimo d’Ernest W. Hawkes, anthropologue qui a visité le Labrador en 1914 dans le cadre d’une expédition de la Commission géologique du Canada.)


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Un paysage culturel

Artéfact provenant d'une hutte de terre de la tradition Thulé, fjord Nachvak Artéfact provenant d’une hutte de terre de la tradition Thulé, fjord Nachvak
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Les monts Torngat sont le territoire des Inuits et de leurs prédécesseurs depuis des milliers d’années. Le parc compte des centaines de sites archéologiques, dont certains remontent à presque 7 000 ans. Il existe des preuves de l’occupation des lieux par les Indiens de l'Archaïque maritime et par les Paléo‑Esquimaux du pré-Dorset et du Dorset, et des preuves de la culture Thulé à l’origine de la culture inuite moderne. Ces sites, qui comprennent notamment des cercles de tentes, des murs de pierre pour les caribous, des caches pour nourriture et des lieux d’inhumation, témoignent de l’histoire des peuples et des cultures qui ont fait de cette région particulière du Canada leur lieu de vie pendant des millénaires. Durant des milliers d’années, les peuples autochtones ont extrait de la carrière de chert de Ramah des matériaux pour fabriquer des outils s’apparentant au verre qu’ils échangeaient sur un vaste territoire s’étendant jusqu’au Sud du Maine.

Chert de Ramah Chert de Ramah
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Avant l’arrivée des Européens, les Inuits de la région avaient leur religion particulière et un ensemble de croyances spirituelles qui leur était propre. Cette religion était centrée sur Torngarsoak , le plus puissant des esprits vénérés par les Inuits et avec qui ils communiquaient par l’intermédiaire de l’AngajukKât et des shamans pour garantir un temps favorable et une chasse abondante. Comme pour toute autre religion, celle des Inuits comportaient des règles dont la violation avait généralement pour conséquences les tempêtes, les vents ou des périodes de chasse infructueuses. De nos jours, les Inuits de la région adhèrent au christianisme, et il n’existe plus d’AngajukKât actif chargé d’invoquer les pouvoirs de Torngarsoak au nom de la collectivité. Les Inuits n’en conservent pas moins de solides liens spirituels avec ces croyances anciennes et avec le Torngait – les monts Torngat – comme demeure des esprits.

Jeunes Inuits autour d'une ancienne tombe Jeunes Inuits autour d’une ancienne tombe
© Parcs Canada / Michael Burzynski

Les éléments témoignant de l’histoire plus récente de la région sont notamment les vestiges des sites de la Mission moravienne, des postes de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson des fjords Saglek et Nachvak, d’une station météorologique téléopérée allemande datant de la Seconde Guerre mondiale et aménagée en octobre 1943 sur la péninsule Hutton par l’équipage d’un sous‑marin allemand, et de deux postes de radar de détection lointaine datant de l’époque de la guerre froide.

Malgré sa longue histoire d’utilisation et d’occupation humaines, le territoire conserve son aspect de nature vierge. Les Inuits continuent d’y pratiquer la chasse et la pêche et de s’y déplacer tout au long de l’année, mais il n’y a de nos jours aucune occupation humaine permanente dans les limites du parc national.

Fjord North Arm Saglek Fjord North Arm Saglek
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Le paysage physique

La région présente deux paysages distincts et contrastés : le plateau de la George et les spectaculaires monts Torngat.

Le plateau de la George est une plaine sur substratum rocheux horizontale incisée par de profondes vallées fluviales qui descendent doucement vers la baie d’Ungava. Les effets de la période glaciaire sont omniprésents : champs de drumlins, terrasses de kames (crêtes de sédiments marins déposés par la fonte des glaciers), blocs erratiques et eskers serpentant à travers le plateau. Les monts Torngat, qui comptent parmi les montagnes les plus hautes et les plus escarpées de l'est de l'Amérique du Nord, présentent l'un des plus beaux littoraux sauvages au monde et créent un contraste spectaculaire avec le doux plateau de la George.

Géologie des monts Torngat – Là où « les pierres donnent libre cours à leur fantaisie ». 2

( 2 Cette citation est d’Oscar M. Lieber, géologue qui a visité le Labrador dans le cadre de l’expédition Eclipse de la Garde côtière américaine en 1860.)

Il existe peu d’endroits sur terre où il est possible d’observer dans un même lieu un tel éventail de caractéristiques et de processus géologiques. Le couvert végétal limité, les hautes montagnes, les falaises côtières, les fjords profondément incisés et les falaises escarpées perpendiculaires à la fabrique des roches offrent parmi les meilleures possibilités d’observation de l’histoire géologique de la terre.
L’âge des monts Torngat couvre 80 % de l’histoire géologique de la terre. Les roches du parc ont préservé, dans leur fabrique et dans leurs minéraux, des exemples classiques des cycles de l’orogenèse. Les 3,9 derniers milliards d’années (3,9 Ga) ont donné lieu à au moins cinq phénomènes majeurs – trois à l’Archéen (avant 2,5 Ga), un au Protérozoïque précoce (1,6 – 2,5 Ga) et un dernier à une époque aussi récente que celle s’échelonnant du Jurassique tardif au Tertiaire (après 200 Ma). Ces phénomènes résument la tectonique des plaques, de la rupture initiale des continents et de la formation et de l’expansion des océans, en passant par l’épisode de fermeture et de destruction des océans, d’érosion et de dépôt qui a précédé le nouvel épisode de rupture des continents ayant culminé avec la formation de la mer du Labrador et de l’océan Atlantique. Cette lente répétition de phénomènes tectoniques constitue ce qu’appelle le cycle de Wilson, et il existe peu d’endroits au monde où ce cycle est aussi clairement observable dans la roche que dans les monts Torngat.

Fjord Saglek Fjord Saglek
© Parcs Canada / Sheldon Stone

Le gneiss de Nanok de la baie Saglek a été daté de 3,9 Ga. Seuls deux endroits au monde possèdent des roches plus anciennes que celles des monts Torngat, et ils se trouvent dans les Territoires du Nord‑Ouest, au Canada, et en Australie. On y observe aussi des roches sédimentaires remarquablement bien préservées connues sous le nom de Groupe de Ramah (1,9 Ga) et dont les principales caractéristiques sédimentaires, comme les rides et la stratification entrecroisée, donnent l’impression de dater d’hier. Des exemples contemporains sont présents dans les milieux marins peu profonds comme les estuaires.

Les monts Torngat Les monts Torngat
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Le long du littoral extérieur, les falaises surgissent directement de la mer, atteignant parfois 600 m de hauteur. Leur face, érodée par le vent et les vagues, révèle les motifs complexes résultant de processus géologiques depuis longtemps révolus. On distingue dans ces roches anciennes les tentacules noirs de dykes plus récents injectés dans la roche encaissante au cours du dernier phénomène d’orogenèse.

Ces montagnes renferment aussi des ressources naturelles utiles aux humains depuis des millénaires, en commençant par les Indiens de l'Archaïque maritime, qui utilisaient le chert pour en faire des outils et l’exportaient vers d’autres peuplades vivant aussi loin au sud que la Nouvelle‑Angleterre. Alors que la pierre à savon était exploitée pour la fabrication de lampes à huile, le quartzite, la pyrite, l’ardoise, la stéatite, la néphrite, le mica et le graphite l’étaient à des fins diverses, et un autre minéral, la labradorite, servait d’ornement. La pierre y est encore extraite pour la sculpture, la fabrication de bijoux et d’autres usages que n’auraient pu imaginer les générations précédentes.

Un paysage glaciaire
Fjord Southwest Arm Saglek Fjord Southwest Arm Saglek
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Les plus hautes montagnes du Canada situées à l’est des Rocheuses se trouvent dans cette magnifique région. Certains sommets atteignent plus de 1 538 mètres (5 000 pi). La plus haute est le mont Caubvick/D’Iberville, qui culmine à 1 652 m. Les montagnes y sont entourées de vallées glaciaires semi‑circulaires classiques, de vallées suspendues, de nunataks, d’aiguilles glaciaires et d’arêtes. Plus de 40 petits glaciers, nichés dans les vallées en cirque des montagnes, résistent tant bien que mal aux effets du réchauffement climatique. Ces vestiges de la dernière glaciation sont les seuls glaciers encore présents dans l’Est du continent nord-américain. Les débris de la glaciation moderne recouvrent le fond des vallées et les pentes inférieures. Les formes de relief comme les moraines, les drumlins, les eskers, les kames, les lacs de kettle et les plaines d’épandage fluvio‑glaciaires rappellent de façon assez saisissante le pouvoir d’érosion des glaciers.

De nombreux fjords et baies entaillent la côte extérieure et pénètrent sur de grandes distances à l’intérieur des chaînes de montagnes. Ces fjords offrent quelques‑uns des points de vue les plus époustouflants du parc. Loin dans les fjords Nachvak et Saglek, des falaises surgissent abruptement de la mer à des hauteurs atteignant parfois plus de 900 m.

Au fond des fjords, de gigantesques dépôts de sédiments marins et de gravier s’étirent sur des kilomètres vers l’intérieur des terres et témoignent d’une époque où la mer se rendait plus loin encore dans ces vallées. La présence de plages et de plaines d’épandage soulevées loin à l’intérieur des terres attestent que les effets de la glaciation se font encore sentir par le relèvement isostatique du sol.

Depuis Nachvak, en direction du bras Tallik Depuis Nachvak, en direction du bras Tallik
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn
Petit glacier prêt du mont Caubvick/D'Iberville Petit glacier prêt du mont Caubvick/D’Iberville
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Climat

Le parc englobe quatre régions climatiques :

Climat alpin : Les terres les plus élevées séparant le Labrador du Québec définissent la limite de la moitié sud du parc – entre la baie Seven Islands et la baie Saglek. Les pics présents le long de cette portion de la limite du parc sont dominés par un climat alpin. Le terrain est essentiellement rocheux, exposé, frais, soumis à l’action des vents et présente peu de végétation. Chutes de neige, formation de nuages bas et vents extrêmement violents peuvent survenir en tout mois de l’année, et les fluctuations soudaines des conditions météorologiques locales peuvent mettre en péril la vie des visiteurs présents dans les montagnes. Les changements soudains de direction du vent peuvent produire des bourrasques « fantômes » qui dévalent des sommets à toute vitesse et de n’importe quelle direction pour s’abattre sans avertissement sur les visiteurs non préparés. Certains s’en sont retrouvés soulevés de terre. Toutefois, au milieu de l’été, par journée calme et ensoleillée, la température peut osciller entre 25 et 29 °C (77-84 °F), et les conditions de marche peuvent devenir très chaudes.

Garde du parc contemplant le mont Caubvick Garde du parc contemplant le mont Caubvick
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn
Îles à l'embouchure de la baie Saglek Îles à l’embouchure de la baie Saglek
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Climat des fjords et des promontoires côtiers : Le secteur sud‑est du parc est dominé par une côte escarpée et par des fjords profonds. La présence du courant froid du Labrador a un effet refroidissant qui engendre un apport d’air froid et d’humidité vers les terres tout au long de l’été. La glace peut persister sur la côte du parc jusque tard en juillet, et l’océan demeure parsemé d’icebergs tout au long de l’été.

Près du niveau de la mer, les températures sont souvent inférieures de 10 °C (50 °F) à celles enregistrées dans les vallées et les prés de l’intérieur. Au cours des cycles d’orage, les vents d’est et du nord‑est apportent l’air marin froid sur le parc et créent de longues périodes de brouillard, de nuages bas, de pluie, de bruine et parfois aussi de neige. De telles conditions climatiques peuvent persister pendant des jours.

Iceberg Iceberg
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn
Randonneurs dans la vallée Stecker Randonneurs dans la vallée Stecker
© Parks Canada / Sheldon Stone

Climat des vallées intérieures du Sud : Entre la côte et la limite ouest du parc (moitié sud du parc), les climats des montagnes et côtiers influent sur l’aspect du paysage. Ce dernier est caractérisé par la présence de hauts sommets (jusqu’à 1 500 m au-dessus du niveau de la mer) et de montagnes, de vallées glaciaires semi‑circulaires profondément entaillées, de lignes de crêtes étendues, de nombreux petits glaciers résiduels dans des cirques d’orientation nord ou est et de prés vallonnés verdoyants sur les pentes de montagnes et au fond des vallées. Pendant les épisodes de conditions climatiques stables, les températures peuvent dépasser les 20°C  (68 °F)sous un chaud soleil d’été. Les vents provenant des sommets enneigés et des glaciers à l’ouest ou de la côte à l’est peuvent cependant faire chuter la température de plus de 10 °C (50 °F) en l’espace de quelques minutes.
(Burzynski 3225)

Vue vers l'ouest depuis le cap Kakkiviak Vue vers l’ouest depuis le cap Kakkiviak
© Parcs Canada / Michael Burzynski

Climat des monts Torngat du Nord : La moitié nord du parc située au‑delà de la baie Seven Islands est caractérisée par un terrain montagneux (300 à 900 m au-dessus du niveau de la mer), par de larges vallées fluviales, par de nombreux fjords et baies de petite taille et par d’abondantes îles rocheuses au large. La végétation est éparse en comparaison de celle du Sud, et le climat est sensiblement plus froid. Ce dernier y est principalement déterminé par les eaux froides qui entourent cette partie du parc sur trois côtés – la mer du Labrador à l’est, la baie d’Ungava à l’ouest et le détroit d’Hudson au nord. Les vents froids et le brouillard peuvent y persister durant de longues périodes.

Une flore arctique

Pendant des millénaires, les Inuits et leurs prédécesseurs connaissaient et utilisaient les plantes des monts Torngat. De leur côté, les scientifiques ont entrepris l’étude de la flore locale à la fin du XVIIIe siècle. On a ainsi répertorié quelque 330 espèces de plantes vasculaires (y compris les fougères et les angiospermes) et 220 espèces de mousses et d’hépatiques sur le territoire du parc. On ne connaît encore presque rien des lichens et des champignons qui y poussent, mais il en existe sans doute des centaines d’espèces.

Si le parc n’abrite aucune forêt proprement dite, à l’exception d’épinettes naines près de la frontière avec le Québec, les fleurs sauvages constituent l’une des attractions spectaculaires des monts Torngat. Au fond des fjords, les plages et les terrasses soulevées sont couvertes de prés de carex et d’herbes, qui présentent souvent des signes d’habitation humaine de longue date. Les espèces côtières comme l’élyme des sables, la sanguine de mer, l’orpin à feuilles entières et la sabline faux‑péplus se propagent le long de la plage supérieure. La toundra arbustive à pousse basse croît sur les promontoires rocheux et dans les vallées. Des fourrés tordus d’aulne vert et de saules bordent les ruisseaux, et les plaines inondables graveleuses des rivières sont émaillées de fleurs de campanule à feuilles rondes, d’épilobe à feuilles larges et de saxifrage jaune des montagnes. Ici, pendant le court été, les plantes doivent rapidement croître, fleurir et produire des graines. Généralement petites, elles poussent près du sol, à l’abri du vent, tirant profit de sa chaleur.

La végétation la plus riche se trouve le long des cours d’eau qui s’écoulent dans la pierre calcaire, dans les prés côtiers et sur les anciennes plages soulevées. On trouve la végétation plus pauvre sur les chaos de boules et sur les éperons de dénudation arides. Une tourbe à hauteur de cheville composée d’arbrisseaux de toundra couvre les hautes terres vallonnées, qui prennent l’apparence de gazons bien entretenus. La plupart des arbrisseaux sont des plantes à petits fruits comme le bleuet, l’airelle vigne‑d’Ida, le raisin d’ours et la camarine noire, dont les ours se nourrissent à la fin de l’été. Des champignons de différentes tailles et couleurs poussent partout où se trouve du sol organique; dans la tourbe arbustive, on les voit souvent se dresser au‑­dessus de la végétation environnante.

Le sommet des montagnes est parsemé de parcelles et de cercles de plantes minuscules qui survivent aux abords de cercles de pierres et autres types de sols du cryosol turbique. Même les plus hauts sommets, comme le mont Caubvik (1 652 m), présentent une certaine végétation : une croûte de lichen recouvre la surface des roches, et de petites parcelles de mousse s’accrochent à la vie là où le sol renferme de l’humidité. Des araignées et de petits insectes habitent ces « forêts » miniatures de haute altitude.

Randonneurs et végétation de toundra Randonneurs et végétation de toundra
© Parcs Canada / Sheldon Stone
Superbe rivière près du lac Kangalaksiorvik Épilobe à feuilles larges en fleur près du lac Kangalaksiorvik
© Parcs Canada / Angus Simpson

Plus on avance vers le Nord du parc, plus la végétation diminue en taille et en diversité. Du fait de la croissance tellement énergivore du bois, presque tous les arbustes ont disparu en bordure de la côte du quadrant septentrional du parc, cédant la place aux seuls herbes, carex, lichens et mousses. Même ici, les fleurs jaune vif du pavot d’Islande dominent la végétation environnante, hardies survivantes de la lutte pour la vie.

« La scène était au‑delà de toute description. Les roches sont entièrement nues, sauf ici et là, aux étages inférieurs, où la pente est graduelle, et où des parcelles de bruyère, des tourbières ou des végétaux rabougris de quelque sorte brisent la monotonie de leur couleur uniforme. Plus haut, près des nuages, au sommet des gigantesques précipices, nous pouvions apercevoir, ici et là, une couverture grossière et éparse de mousse, sans doute le fruit d’une croissance millénaire. Les sommets étaient recouverts en de nombreux endroits de neiges éternelles qui étincelaient et brillaient comme des couronnes de gloire sous l’effet du soleil matinal, dont les rayons perçaient à travers les nuages qui se dispersaient. La perspective était étrange et sauvage – étrange du fait du caractère angulaire des pentes abruptes, à la fois hardies, rudes, nues et désertes, mais n’en continuait pas moins, au moment de s’engager dans l’entrée, d’inspirer un sentiment de sécurité. »

C.R. Tuttle (1885), décrivant son entrée dans le fjord Nachvak, dans Our North Land: Being a full account of the Canadian North-west and Hudson’s Bay Route, together with a narrative of the experiences of the Hudson’s Bay Expedition of 1884.

Airelle vigne-d'Ida Airelle vigne-d’Ida
© Parcs Canada / Sheldon Stone
Pavot d'Islande en fleur Pavot d’Islande en fleur
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Ourse polaire et ses petits Ourse polaire et ses petits
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Un carrefour pour la faune

Avec ses montagnes stériles et escarpées, ses vallées de toundra rocailleuses, ses fjords aux eaux profondes et froides et son climat maritime de tempête, le parc national des Monts‑Torngat n’est pas particulièrement accueillante pour la faune. Elle n’en abrite pas moins toute une gamme d’espèces boréales et arctiques.

De nombreuses espèces boréales du Sud recherchent des habitats adaptés quand elles migrent vers le Nord pour tirer profit de la brève saison estivale. D’autres atteignent leur limite nord dans le parc.

Caribou Caribou
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Les espèces arctiques se trouvent elles aussi des habitats adaptés à leurs besoins, surtout à l’arrivée de l’hiver qui apporte la mer de glace dont dépend leur survie. Pour nombre d’entre elles, le parc se situe le long de leur route migratoire annuelle en direction et en provenance de l’Arctique. Avec l’arrivée du printemps, une multitude d’animaux sauvages déferlent vers le Nord par voies terrestre, maritime et aérienne, pour ne rebrousser chemin qu’à l’automne. Certaines espèces s’arrêtent pour élire temporairement domicile alors que d’autres ne font que passer.

Ainsi, au fil des saisons, les espèces boréales tout comme les espèces arctiques entreprennent une série de migrations qui, plus que toute autre chose, caractérisent la nature changeante de la faune des monts Torngat. Les Inuits, qui connaissent le phénomène depuis longtemps, ont acquis une culture semi‑nomade adaptée à l’apparition saisonnière des animaux qui constituaient leur moyen de subsistance. De nos jours, la connaissance de ces migrations saisonnières peut donner au visiteur une idée de ce à quoi il peut s’attendre à voir au cours d’une visite au parc national.

Ours noir Ours noir
© Parcs Canada / Sheldon Stone

Le printemps est synonyme d’intense période de reproduction animale et végétale, tant en milieu terrestre que marin, et de nombreuses espèces viennent profiter de la manne. L’ours noir de la toundra émerge de sa tanière après six mois d’hibernation. Le caribou des monts Torngat revient de ses aires d’hivernage en bordure de la baie d’Ungava pour mettre bas dans la toundra des hautes montagnes. Les hardes de caribous de la rivière George errent dans le parc après la période de vêlage qui a lieu au sud en juin. Les loups suivent le caribou. Campagnols et lemmings émergent après un hiver passé sous la neige. Le renard roux et le renard arctique, parvenus à survivre à l’hiver, profitent maintenant de l’abondance estivale de rongeurs.

Des dizaines d’espèces d’oiseaux arrivent pour s’accoupler. Dans les baies et les fjords, phoques et baleines longent la côte en direction du Nord, à la poursuite d’une nourriture abondante. Le phoque annelé et le phoque à capuchon suivent le retrait des glaces vers le Nord. Le phoque du Groenland les suit environ un mois plus tard tandis que le phoque commun peut rester à traîner le long de la côte. Le petit rorqual tend à s’attarder dans les baies et les fjords, mais les rorquals communs et à bosse, plus gros, préfèrent rester au large. Les ombles chevaliers descendent vers les eaux salées côtières plus riches depuis leur lieu de ponte en eau douce où ils ont passé les premières années de leur vie. Trop vite arrivée, la fin de l’été va bientôt marquer l’inversion du mouvement migratoire. Avant que l’hiver n’arrive et que la terre ne disparaisse sous la neige, la plupart des résidants estivaux seront repartis ou auront commencé leur hibernation. Mais le lièvre arctique et le lagopède alpin resteront, et les côtes prisonnières de la glace abriteront de nouveaux résidants. L’ours polaire chassera le phoque annelé à la limite des glaces, et le renard arctique dépouillera les carcasses à bonne distance derrière lui.

Lièvre arctique Lièvre arctique
© Parcs Canada / Heiko Wittenborn

Plusieurs espèces résidantes du parc sont à risque. L’arlequin plongeur niche le long des rivières dans la partie sud du parc, et la côte nord est une aire de mue importante. Le faucon pèlerin niche aussi dans les limites du parc. Le garrot d’Islande et le hibou des marais sont d’autres espèces présentes dans le parc.                                                 
Quelle que soit la durée de votre séjour dans la réserve de parc national des Monts‑Torngat, l’observation des animaux sauvages fera partie de votre expérience.

Parcs Canada travaille à la création d’une base de données de repérage de la faune, et nous vous encourageons vivement à y contribuer. Des exemplaires de nos listes de vérification des oiseaux et de nos fiches d’observation de la faune sont disponibles au bureau de Parcs Canada de Nain. Vous pouvez passer les prendre ou vous les faire envoyer par la poste. En nous faisant part de vos observations, vous nous aidez à mieux connaître le parc et à mieux comprendre la répartition et l’abondance des diverses espèces.