Parc national du Canada du Gros-Morne

Le patrimoine humain du parc national du Gros-Morne


La pêche sur la rivière Lomond
© Parcs Canada

Pendant près de cinq mille ans, des peuples vivent sur cette côte nordique. Même si diverses cultures s’y sont succédées, une chose n’a pas changé: elles ont toujours tiré leur subsistance de la mer.

Les premiers peuples

Venu du Labrador, les Indiens maritimes archaïques furent les premiers à s’installer sur ces terres, il y a quelque 5,000 ans. Les vestiges les plus anciens démontrant que leur style de vie était entièrement maritime sont ceux de L’Anse Amour, au sud du Labrador, qui est aussi l’endroit où on trouve le plus ancien tertre funéraire connu en Amériques. Le principal site de l’archaïque maritime découvert jusqu’à ce jour à Terre-Neuve est celui de Port au Choix, à 160 kilomètres au nord du parc national du Gros-Morne. Apprenez plus des Indiens maritimes archaïques au lieu historique national de Port au Choix. Un climat plus froid amena sur ces rives un peuple de l’Arctique, les Paléo-Esquimaux. Ces gens se spécialisaient dans la chasse des mammifères marins et ils utilisaient intensément toutes les ressources abondantes à leur portée. Ils s’installèrent sur des caps, à l’affût du gibier qui allait et venait avec les glaces flottantes, des phoques surtout, leur principale ressource alimentaire. Durant seize siècles, ils fréquentèrent cette côte, puis s’en allèrent pour toujours.Les cultures autochtones récentes sont toute l’occupation indienne de territoires de Terre-Neuve depuis la fin de la période des Paléo-Esquimaux de la culture de Dorset. Malheureusement, le dossier archéologique du parc contient peu de choses sur cette occupation et les peuples qui ont laissé des vestiges n’ont pu être identifiés. Il y a des traces d’occupation indienne à Cow Head et à Broom Point d’il y a environ mille ans, mais jusqu’à présent rien de plus récent n’a été trouvé.


Les reconstitutions de trois huttes Vikings du lieu historique national de L’Anse aux Meadows
© Parks Canada

Débarquement des Européens

Il y a mille ans, des Vikings s’aventurèrent à l’ouest du Groenland et établirent les plus anciens établissements européens connus des Amériques — à peine à quelques jours de voile au nord du parc national du Gros-Morne. Les vestiges de leur campement, découverts en 1960 par Helge et Anne Stine Ingstad, sont maintenant partis du lieu historique de L’Anse aux Meadows.


Recherche archéologique sous-marine à Red Bay
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Au XVIe siècle dans le sillage des John Cabot et Jacques Cartier, pêcheurs et baleiniers basques traversèrent l’Atlantique Nord, pour passer l’été à Terre-Neuve et au Labrador. Lisez plus des pêcheurs et baleiniers basques au lieu historique national de Red Bay. Jacques Cartier, naviguant au nom du roi de France, cartographia les eaux autour de l’île en 1534 et débarqua au bras St. Pauls le 16 juin. Cette expédition nous donne la plus ancienne description de la région du parc. Deux cents ans plus tard, James Cook explora les côtes nord, sud et ouest de la colonie pour l’amirauté britannique. Plusieurs endroits de Bonne Baie lui doivent leur nom.

La côte française

L’Angleterre et la France se disputèrent longtemps la propriété de l’est de l’Amérique du Nord. L’Angleterre obtint la souveraineté sur Terre-Neuve en 1713, mais la France conserva des droits lucratifs de capture et de séchage de poisson sur la côte nord-est de l’île. En 1783, il fallut redessiner les limites de la côte française. La population croissante de Terre-Neuve voulait s’approprier la pêche sur la côte nord-est. En échange, la France obtint des droits sur la dernière côte inhabitée de l’île, la côte ouest. Un traité interdisait aux ressortissants français et anglais de bâtir des habitations permanentes sur la côte ouest. Vers la fin des années 1700, lorsque les Français étaient partis à la guerre, des pêcheurs de passage commencèrent à empiéter sur la zone de pêche française. Ils capturaient, salaient et séchaient la morue et le saumon, et retournaient vendre le fruit de leur travail d’été à St. John’s et sur la péninsule d’Avalon. Certains finirent par construire des abris et passer l’hiver, se mesurant à des conditions fortes semblables à celles vécues par les peuples qui les avaient précédés.


Les pêcheurs, Samuel Hann, Carl Martin et Robert Hann Junior, Trout River
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Les colons durent exploiter les ressources que leur offraient successivement les saisons. La pêche restait la principale occupation. La forêt fournissait gibier et bois de chauffage, et les petits fruits venaient compléter la récolte du jardin. L’hiver, on prenait les animaux au piège et, en mars, on allait sur les glaces chasser le phoque, dont on utilisait la viande, l’huile et la peau. Sauf à l’occasion des rares visites des navires de marchands et du gouvernement, l’isolement faisait partie de la vie quotidienne.


Woody Point et Norris Point dans le fond, les années 1900
© Parcs Canada

En 1809, Joseph Bird, un marchand de Dorset, en Angleterre, fonda un poste de traite à Woody Point. Grâce aux fournitures offertes en échange du poisson et des fourrures, il fut plus facile de vivre sur la côte à l’année longue.Dans les années 1870, la pêche au chalut pour la morue créa une forte demande de harengs, qu’on employait comme appâts. Or, les eaux profondes de Bonne Baie abritaient une abondante population de harengs, qui y passaient l’hiver. Comme on pouvait les pêcher sous la glace, on vit arriver des immigrants désireux de profiter de cette manne. La population de la côte française augmentait. Les commerçants prospéraient et les artisans firent leur apparition. Des enseignants, des médecins et des pasteurs itinérants arrivèrent. Un vapeur maintenant entreprit la navette le long de la côte, un palais de justice fut construit à Woody Point et les services postaux et télégraphiques furent inaugurés. Dès la fin des années 1870, la population de harengs avait décliné. Des pêcheurs de la Nouvelle-Écosse commencèrent à piéger le homard et à le mettre en conserve pour le marché de Boston. À la fin du siècle, cette industrie avait pris une telle ampleur que 1400 personnes travaillaient à l’année longue dans quelque 76 conserveries et que chaque petite anse était occupée. Partout le long de la côte française, les pêcheurs se disputaient les homards, à tel point que l’hostilité s’instaura entre pêcheurs français et terre-neuviens.La situation se dégradait sur la côte française « inhabitée ». La population ne cessait d’augmenter, alors que les stocks de morue, de saumon, de hareng et de homard fondaient à vue d’oeil. L’Europe était au bord de la guerre. Le temps était venu pour la France et la Grande-Bretagne de régler leurs différences territoriales et tarifaires. En 1904, la France échangea ses droits de pêche à Terre-Neuve contre des territoires plus chauds en Afrique, mais conserva les îles Saint-Pierre et Miquelon au large de la côte sud de Terre-Neuve. La côte ouest pouvait enfin entrer de plain pied dans le vingtième siècle. Aujourd’hui il y a une plaque commémore le traité sur la côte française, à Point Riche, Terre-Neuve.


Les bûcherons à Lomond. Ils ont utilisé les scies à bois en 1927-1928
© Parcs Canada

Un nouveau commencement

Les ressources de l’océan n’étant pas infinies, la pêche finit par s’effondrer. Durant les années 1920, la St. Lawrence Timber, Pulp and Steamship Company a commencé à Lomond, un nom donna à la localité par le directeur de la scierie, George Simpson, un Écossais. L’industrie forestière apporta de l’argent comptant à une société dont l’économie avait toujours été basée sur le troc. Les pêcheurs s’enfoncèrent dans la forêt pour l’hiver, vivant loin de leurs familles dans des camps de bûcherons.Au cours de la seconde guerre mondiale, le Canada réalisa l’importance stratégique de Terre-Neuve et s’inquiéta de l’intérêt que suscitait la colonie chez ses voisins américains. En 1949, après deux référendums, Terre-Neuve et le Labrador acceptèrent de se joindre à la Confédération. Les programmes sociaux du Canada et l’avènement de nouvelles industries complétèrent la transition vers une économie basée sur l’argent. Des routes relièrent les villages et de nouvelles écoles furent construites. L’électricité et la télévision introduisirent un nouveau mode de vie.


Un pique-nique avec la famille et les amis à la cabane, Broom Point
© Parcs Canada

L’importance nationale de Bonne Baie fut reconnue en 1973. À la suite d’un accord entre la province de Terre-Neuve et du Labrador et le gouvernement du Canada, le parc national du Gros-Morne fut créé afin de préserver un milieu représentatif des hautes terres de l’ouest de Terre-Neuve. En 1987, les Nations Unies faisaient du Gros-Morne un Site du patrimoine mondial, à cause de ses caractéristiques géologiques exceptionnelles et de sa splendeur naturelle.

Broom Point

Broom Point, dans le parc national du Gros-Morne, avance en pointe dans le golfe du Saint-Laurent. Les mammifères marins, les oiseaux et les poissons qui peuplent les eaux froides du golfe attirent les visiteurs dans ce lieu depuis plus de 2300 ans.

Au début de l’été 1990, la famille Mudge et un groupe d’amis se rassemblaient à Broom Point pour marquer un évènement important : la restauration de la maison et du hangar de pêche de la famille Mudge. L’inauguration, présidée par Nellie Mudge, a souligné de façon spéciale la collaboration amicale entre cette remarquable famille et Parcs Canada.

Les trois frères Mudge et leur famille ont fait de cet endroit leur port de pêche de 1941 à 1975, année où ils ont vendu leur propriété au parc national. Grâce à la générosité de la famille, les bâtiments ont pu être restaurés.


La maison et le hangar de pêche de la famille Mudge à Broom Point
© Parcs Canada

Il s’agit essentiellement d’une maison et d’un hangar de pêche auxquels on a redonné le visage qu’ils avaient du temps où la famille y vivait et y travaillait. Des bateaux construits par les frères Mudge sont exposés dans le hangar, entourés de filets, de nasses et d’autres engins de pêche de fabrication artisanale. La cabane est pleine d’objets originaux de Broom Point, dont des ouvrages textiles et des meubles donnés par la famille. Dans une petite crique juste au sud de la pointe se trouve un cimetière où reposent quelques-uns des premiers résidants de Broom Point.

Les activités d’interprétation à Broom Point portent sur la pêche telle qu’elle était pratiquée par la famille Mudge durant les années 60. Des guides-interprètes de la région seront heureux de vous faire l’historique du site. Profitez de cette occasion qui vous est offerte non seulement d’en apprendre davantage sur la pêche d’autrefois, et du présent mais aussi discuter de l’avenir.

Pour une visite guidée à Broom Point, vérifiez les heures d’ouverture.


Les vestiges du SS Ethie
© Parcs Canada

L’épave du SS Ethie

Le SS Ethie, un caboteur à vapeur, s’est échoué lors d’une violente tempête le 11 décembre 1919 à Martin’s Point, à quelques kilomètres au nord de Sally’s Cove. Fort heureusement, les 92 passagers et membres d’équipe ont tous été sauvés, y compris un bébé envoyé à terre dans un sac postal. La mer a érodé la plus grande partie du SS Ethie, mais on peut encore voir du rivage quelques morceaux de la coque, les chaudières et les moteurs.