Parc national du Canada Fundy
Intégrité écologique
Kyoto et au-delà
Le parc national Fundy est en voie d'atteindre les objectifs fixés par l'accord de Kyoto. Le parc fait partie de l'Unité de gestion du sud du Nouveau-Brunswick avec les lieux historiques nationaux du Blockhaus-de-St. Andrews et de la Tour-Martello-de-Carleton. Ces cinq dernières années, nous avons réduit de 230 tonnes (17 %) les émissions de gaz à effet de serre (GES) de l'Unité de gestion. Ces gaz sont responsables des changements climatiques observés à l'échelle du globe. Mais nous pouvons faire encore davantage.
Nous espérons aller bien au-delà des objectifs de Kyoto grâce aux mesures suivantes :
- passer des ampoules incandescentes aux lampes fluorescentes compactes;
- installer des chauffe-eau instantanés à titre expérimental;
- réduire le nombre et la taille de nos véhicules. Acheter des véhicules hybrides s'il y a lieu. Réduire de 10 % les GES attribuables aux véhicules de l'État;
- par l'acquisition de véhicules différents, faire passer d'une fois par jour à une fois toutes les deux semaines la fréquence des trajets à effectuer à la station de traitement des déchets solides de Moncton pendant les mois d'été;
- réduire l'éclairage dans le parc pendant la saison morte. Cette mesure a un avantage double : elle réduit la consommation d'énergie et les émissions de GES tout en atténuant la pollution par l'éclairage.
- remplacer un VTT à essence par un modèle électrique plus efficace pour le terrain de golf.
Vénérable grand-père
Étudiant de recherche parc national Fundy
© Parcs Canada
Pendant l'été de 2005, un chercheur a découvert près de la côte du parc un arbre âgé d'au moins 445 ans – la plus vieille épinette rouge connue de la planète. L'épinette rouge est une essence propre à la forêt acadienne, qui couvre une superficie très limitée du globe : les provinces Maritimes, certaines régions de l'État de New York et des Appalaches ainsi que quelques minuscules parcelles du Québec et de l'Ontario. C'est son seul territoire... sur toute la planète. La forêt acadienne figure au nombre des six forêts du continent que le Fonds mondial pour la nature considère comme menacées de disparition.
Mais les épinettes rouges poussent presque partout dans le parc, dominant la forêt du littoral. Il s'agit en fait de notre arbre le plus commun. Même si la forêt a été exploitée une, deux et même trois fois avant la création du parc national en 1948, il subsiste encore quelques vieux peuplements d'épinettes rouges. Le bosquet le plus accessible se trouve sur le sentier du Littoral. (Pour vous y rendre, commencez votre randonnée dans le secteur Point Wolfe. Après l'ascension d'une pente raide, vous aboutirez à une vieille et belle forêt de grandes épinettes rouges.) Le parc renferme encore des parcelles de forêt vierge dans certaines vallées très escarpées. En poussant dans des endroits inaccessibles, certains arbres ont échappé à la hache des bûcherons.
Notre vieux grand-père paraît fort et en santé. Son écorce sert d'hôte à un lichen qui donne un lustre blanc verdâtre aux épinettes âgées. Après une si longue vie, ce patriarche mérite une existence paisible. Mais – hélas! – une nouvelle menace le guette. Comme elle a besoin d'un climat frais, l'épinette rouge est particulièrement sensible aux changements climatiques. Pour que l'espèce puisse survivre, la forêt ne dispose, aux dires de certains, que d'un siècle pour se déplacer 1 000 km plus au nord. Malheureusement, il est peu probable que cet arbre pourra s'adapter à un rythme de changement aussi rapide.
Si les saumons en voie de disparition pouvaient nous communiquer leurs souhaits, peut-être nous diraient-ils ce qui suit :
Le testament de vie des saumons atlantiques du fond de la baie de fundy
Nous, derniers survivants de la population de saumons atlantiques du fond de la baie de Fundy (Salmo salar), sommes une noble espèce, riche de millions d'années d'évolution. Nous avons été isolés des nôtres à la dernière glaciation, et nous avons survécu en développant notre propre façon d'être. Nous sommes des voyageurs au long cours, des navigateurs pourvus d'un sens inné de l'orientation, et, comme l'indique notre nom scientifique, des athlètes du saut en hauteur. Malheureusement, force nous est de reconnaître que le monde est assailli par des menaces comme le changement climatique et la surpêche, qui risquent d'altérer à jamais nos écosystèmes. Notre séjour sur cette planète pourrait bien tirer à sa fin.
Site de préparation - déchargement de saumons pour transport aérien à la rivière.
© Parcs Canada
Nous demandons à l'équipe nationale de rétablissement d'intervenir – par exemple en créant une banque temporaire de gènes vivants – pour ramener nos populations à des niveaux soutenables. Nous souhaitons certes être sauvés d'une disparition que nous jugeons prématurée, mais nous nous préoccupons aussi de notre qualité de vie, de notre capacité d'occuper dignement la niche écologique qui est la nôtre. Si les humains ne parviennent pas à trouver et à éliminer la cause de notre faible taux de survie en milieu marin et s'il nous est impossible de reprendre notre mode de vie naturel, nous donnons à l'équipe de rétablissement l'ordre de cesser toute manoeuvre pour nous maintenir en vie, d'interrompre le programme de reproduction en captivité et de stockage de gènes vivants et de nous permettre de disparaître à jamais dans le cosmos.
- Renee Wissink, écologiste du parc
Le saumon atlantique du fond de la baie de Fundy est en voie de disparition; il n'en reste plus que quelques spécimens. L'équipe chargée de son rétablissement le maintient en vie artificiellement. Les saumons éclosent et grossissent dans nos rivières – celles qui se jettent dans l'entrée de la baie de Fundy, entre la rivière Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, et la rivière Annapolis, en Nouvelle-Écosse. Ils migrent ensuite vers la mer pour ne plus jamais revenir. Personne ne sait quel mal les afflige. Depuis plusieurs décennies, de nombreux scientifiques pensent que le saumon reste dans la baie de Fundy et le golfe du Maine plutôt que d'aller rejoindre les populations de l'Amérique du Nord et de l'Europe, qui parcourent de grandes distances dans l'Atlantique Nord. Mais est-ce bien vrai?
Si le problème survient en milieu marin, quel bassin d'eau devons-nous examiner? Le saumon reste-t-il dans la baie? S'exile-t-il dans une mer lointaine? Qu'est-ce qui rend sa survie impossible?
Saumon adulte avec émetteur.
© Parcs Canada
Le parc national Fundy tente de trouver des réponses. Ces dernières années, nous avons posé des étiquettes acoustiques sur des smolts pour connaître leur profil de migration dans la baie. L'automne dernier, nous avons fixé des étiquettes satellites sur neuf adultes de la rivière Big Salmon qui étaient conservés au centre de la biodiversité Mactaquac, et nous les avons relâchés dans la rivière Point Wolfe, à l'intérieur du parc. Lorsque ces saumons mourront et se décomposeront, l'étiquette remontera à la surface de l'eau, et, une fois activée, elle enverra un signal capté par satellite. Les données nous révéleront où chaque saumon se trouvait à sa mort. Ces étiquettes n'ont encore jamais été utilisées sur des saumons. Elles devraient nous aider à approfondir nos connaissances sur la population du fond de la baie de Fundy.
Le pronostic n'est guère réjouissant : nos saumons sont aspirés à toute vitesse dans la spirale d'extinction. À Fundy, nous menons la lutte sur deux fronts : 1) garder en captivité des spécimens partageant le code génétique de la population des rivières du parc, afin de disposer d'une population de départ pour la réintroduction; 2) tenter de trouver la cause de cette disparition. Quel que soit le problème, il a aussi des incidences sur d'autres espèces. Notre saumon est le premier à susciter l'attention du public, mais d'autres espèces lui emboîtent le pas. Dans leur cas, il n'est peut-être pas trop tard. Par nos recherches, il se peut que nous trouvions des techniques qui aideront à sauvegarder d'autres populations de saumons, même si nos efforts sont vains ici. Si vous connaissez le programme de réintroduction du faucon pèlerin, qui a connu un franc succès un peu partout en Amérique du Nord, vous savez que le rétablissement de cette espèce n'a été possible que grâce à un changement de société : l'interdiction du DDT, qui a permis d'assainir l'habitat du faucon. Ici aussi, nous avons besoin d'un changement de société – une nouvelle attitude à l'égard des océans. Nos saumons, tout comme de nombreuses autres espèces marines en péril, ont désespérément besoin d'un habitat sûr. Ces créatures ont besoin de notre appui collectif – nous devons soutenir les efforts déployés pour assurer une gestion durable des océans.