La gestion des ours - Parcs nationaux des Rocheuses

Grizzlys de la promenade des Glaciers



Un contact fréquent avec les véhicules et les gens met l'ours en danger.
Des gens, sortis de leur véhicule, observent un ours noir au bord de la route
© Parcs Canada/Hal Morrison

La Promenade des glaciers jouit d’une grande renommée : c’est une des plus belles routes du monde. Chaque année, plus d’un demi-million de visiteurs apprécient les attraits spectaculaires de ses 230 kilomètres en zone subalpine, entre Lake Louise et Jasper. Dans ce territoire montagneux élevé, deux ourses grizzly ont établi leur domaine vital qui comprend la promenade des Glaciers. Ces territoires comprennent la Promenade des Glaciers, une route qui devient de plus en plus fréquentée. Leur histoire nous apprend pourquoi il est possible de voir des ours près de la route, et pourquoi leur tolérance des gens les met en danger -- ces ours risquent de perdre leur nature farouche qui leur permet de survivre. Quand vous observez des ours près de la route, vous leur rendez un immense service lorsque vous les passez prudemment.

La meilleure chose à faire pour aider à protéger l'ours qui se trouve en bordure de route, est de ne pas s'arrêter.  Si vous vous arrêtez, ne sortez pas de votre véhicule.
Panneau mobile d'avertissement de présence d'ours
© Parcs Canada/Hal Morrison
Haut de la page « Blondie » - une grizzly femelle

Printemps 1991
Tout justement sortie de l’hibernation, une grizzly affamée commence à fourrager les jeunes pousses végétales riches en protéines le long de la Promenade des Glaciers. Naturellement, elle attire l’attention des automobilistes et tolère de plus en plus la présence humaine jusqu’au point de provoquer des embouteillages. Quand quelques visiteurs s’approchent d’elle pour la photographier, l’ourse commence à charger les visiteurs, sans toutefois les attaquer. Cette situation devient donc un danger public. On décide donc de piéger cet animal problème, âgé de cinq ans, afin de lui poser un collet émetteur, pour mieux surveiller ses mouvements. On lui donne le nom de Blondie; c’est une ourse adolescente en voie d’accoutumance. Les gardes de parc s’inquiètent non sans raison de son sort. Les ours qui perdent leur méfiance naturelle des gens sont plus susceptibles de mourir sur les routes et les voies ferrées, ou bien ils risquent d’être tués pour protéger le public.

Pendant deux journées entières, les gardes utilisent des techniques de conditionnement du dégoût pour lui faire comprendre qu’elle doit se tenir loin de la route, des voitures et des gens. Chacune de ses trois visites près de la route provoque de la part des gardes une fusillade de balles de caoutchouc et de pétards. Suivant ce traitement, et durant tout l’été, l’ourse ne s’approche pas de la route en plein jour, et retraite dans la forêt à l’approche des voitures. Ce comportement naturel de méfiance est certainement bon signe.

1992
Blondie sort de l’hibernation et descend au fond de la vallée, Elle est accompagnée d’un ourson né durant le mois de février. Elle recommence son comportement problématique près de la route, et tolère trop la présence des gens. On lui fait donc subir un autre cours de conditionnement du dégoût durant deux semaines pour renforcer le message que la route est zone interdite au grand jour.

L’évolution des grizzlys a eu lieu surtout dans des espaces ouverts, contrairement aux ours noirs qui ont toujours vécu en forêt, où ils peuvent se protéger en grimpant aux arbres. Par contre les grizzlys ont développé une stratégie défensive plus agressive : l’ourse reste sur place pour défendre les oursons des attaques des mâles beaucoup plus grands qu’elle (il arrive que les adultes mâles tuent les oursons). Pour cette raison, il est extrêmement dangereux de s’approcher d’une ourse ou de la surprendre avec ses oursons.

1994
On aperçoit Blondie, accompagnée d'un ourson. Elle ne provoque plus d’embouteillages le long de la route.

1996
On observe Blondie accompagnée de deux oursons nouveau-nés. Elle recommence à fourrager le long de la route au grand jour, et tolère la présence des gens. Evidemment, les oursons sont adorables. Les visiteurs s’approchent et Blondie, irritée, se met à charger, sans toutefois blesser les gens. On lui donne un autre cours de conditionnement du dégoût, cette fois sur une période de huit jours. Blondie revient près de la route à trois reprises, et chaque fois les gardes lui envoient une fusillade de balles de caoutchouc et de pétards. Ce traitement s’avère efficace.

Plus tard dans la saison, on observe Blondie accompagnée d’un seul ourson.

Le Projet de recherche sur les grizzlys des versants est des Rocheuses, par le moyen de surveillance télémétrique, constate que Blondie traverse la Ligne de partage des eaux pour se rendre au parc national Yoho. Elle y demeure jusqu’à l’automne, pour ensuite revenir hiberner dans le parc national Banff.

1997-1998
On aperçoit Blondie, accompagnée d'un ourson.

1999
On aperçoit Blondie, accompagnée d'un ourson.

2000
On observe Blondie et ses deux oursons, qui ont maintenant un an.

2001
Blondie et ses deux oursons de deux ans se quittent durant le mois de juin. On lui administre une « nouvelle dose de thérapie » pour qu'elle ne se comporte pas de façon agressive (prétendant de charger les gens) lorsqu'elle se trouve en bordure de route. Blondie se tient loin de la Promenade des Glaciers, mais ses oursons devenus adolescents fréquentent un aire de pique-nique le long de la route. Cette fois les gardes utililisent une différente forme de conditionnement par aversion pour mettre fin à ce comportement problématique. On ne piège pas les ours, et on ne leur pose pas de collet, Plutôt, pendant 6 à 7 jours les gardes de parc patrouillent la zone de fréquentation et quand les ours s’approchent, on les bombarde de balles de caoutchouc et de pétards. On ne les revoit plus près de la route pour la durée de la saison.

En analysant les données télémétriques provenant de son collet émetteur, on apprend que Blondie traverse chaque année la Ligne de partage des eaux. L’arrière-pays de Yoho fait donc partie de son territoire. Son utilisation du terrain souligne l’importance de préserver les couloirs fauniques qui traversent les parcs des montagnes. Ces couloirs permettent l’accès aux habitats saisonniers saisonniers.

2002
On observe Blondie avec ses deux oursons de cette année. Les gardes de parc suivent ses activités mais elle ne semble pas frequenter le bord de la route. Ses deux oursons subadultes (qui ne se déplacent plus avec elle) sont vus ensemble. Ils continuent de determiner les limites du territoire qu’ils occuperont dans les secteurs du lac Bow et du lac Helen.

2003

Les oursons de 2 ans de Blondie. Sans la protection de leur mère, leur survie est très incertaine.
Les oursons de 2 ans de Blondie
© Parcs Canada/Hal Morrison

Blondie et ses deux oursons d’un an fréquentent le bord de la route et elle s’attaque à des voitures et à des passants lors d’embouteillages causés par l’observation des ours. On tente de l’effacroucher par le bruit ou à l’aide de balles en caoutchouc. Après deux telles sessions, elle decide de fréquenter d’autres territoires. Ses oursons adolescents (maintenant âgés de quatre ans et de plus en plus indépendents l'un de l'autre) fréquentent le sommet de la Bow, près du Hum-Ti-Jah lodge. Ils ne portent pas de colliers et sont aussi assujettis à un programme de conditionnement de cinq jours pour changer leur comportement.

2004
Le 2 juin, tard le soir : on signale aux gardes qu'un grizzly a été frappé par un véhicule sur la Transcanadienne près de la voie de sortie du lac O'Hara, dans le parc national Yoho. Le lendemain matin, on constate que Blondie qui avait maintenant 18 ans, est morte de blessures internes à 60 m de l'autoroute. Ses deux oursons de 2 ans n'ont plus de mère.

Haut de la page Les grizzlys Waterfowl

Juin, 1999
La neige tarde à fondre en haute montagne. Les ours fréquentent le fond des vallées, à la recherche de pousses fraîches et de jeunes feuilles.

On observe près de la route une ourse grizzly, sans plaquette à l’oreille ni collet au cou, accompagnée de ses deux oursons nouveau-nés. Ce spectacle provoque rapidement des embouteillages sur la route. L’ourse concentre ses efforts sur la végétation abondante près de la route et tolère les gens à faible distance. Mais voilà que l’ourse réagit agressivement quand les gens s’approchent d’elle.

Les ourses accompagnées d’oursons subissent des stress nutritifs. Elles doivent survivre l’hibernation, et ensuite allaiter les petits. Au printemps, elle fourragent sans cesse. Les mâles dominants, qui posent un risque pour les oursons, préfèrent utiliser les habitats plus éloignés des gens. Par conséquent, ce sont les femelles adultes et les oursons qui doivent tolérer la présence et le bruit des gens afin de trouver de la nourriture près des routes. Cette situation les met en danger mortel.

Les gardes de parc préparent un plan d’action. Ce n’est pas nécessaire d’imposer aux ours le stress des pièges et des collets, mais on utilisera une combinaison de mesures : fermeture du secteur et patrouille intensive de la route pour effectuer le conditionnement du dégoût. On ferme le camping Waterfowl et les sentiers des lacs Cirque et Chephren. On pose des avis de fermeture qui expliquent la situation.

Pendant sept jours, au grand jour, les gardes patrouillent la route fréquentée par l’ourse et ses oursons. On utilise des mesures de dissuasion chaque fois qu’on l’aperçoit près de la route. L’ourse de Waterfowl subit quatre fois le conditionnement du dégoût: fusillade de balles de caoutchouc et de pétards. (On utilise les balles de caoutchouc uniquement pour les adultes, et non pas pour les oursons). Par cette procédure, on essaie d’ apprendre aux ours de s’éloigner de la route à l’approche des voitures. Si les ours doivent utiliser l’habitat près des routes, vaut mieux qu’ils le fassent la nuit.

Le camping demeure fermé un mois pour protéger le public et permettre aux ours de fourrager en paix les plantes nutritives du secteur. Quand la fonte en haute altitude donne accès à de nouvelles sources de nourriture pour les ours, on pose six détecteurs de mouvement autour du camping. Quand les ours déclenchent les détecteurs, un grand bruit les effraie et les fait fuir. De cette façon on essaie de les éloigner du camping. Bientôt l’ourse et les oursons quittent le secteur pour se rendre en haute montagne, et on peut ouvrir le camping. Durant le reste de l’été, on ne voit plus l’ourse de Waterfowl.

2000
Avec l’arrivée du printemps, l’ourse du camping Waterfowl et ses oursons reviennent au fond de la vallée. On ferme le camping pendant une semaine pour protéger le public et pour permette aux ours de fourrager en paix. Les ours quittent le secteur après la fonte des neige en haute montagne.

2001
On voit rarement l’ourse et des oursons. Puisque ces animaux font preuve de méfiance normale, ce n’est plus nécessaire de prendre d’autres mesures.