La gestion des ours - Parcs nationaux des Rocheuses

Chiens caréliens : le programme « Partners in Life » arrive au Canada

Les chiens caréliens sont dressés spécialement pour aider le maître-chien avec la gestion des ours.
Les chiens caréliens sont dressés spécialement pour aider le maître-chien avec la gestion des ours.
© Parcs Canada/Jenny Klafki/PNY

Ours dénaturés de la région de Lake Louise

Un ours dénaturé risque plus d’être tué sur l’autoroute ou sur la voie ferrée. Dès qu'un ours s'est accoutumé à la présence de l'homme, il faut prendre des mesures pour renverser le comportement indésirable de cet ours, sans quoi il risque de constituer une menace à la sécurité publique et il faut alors l'éliminer.

Grizzly adolescent mâle au pied d'une pente de ski à Lake Louise, avant l'installation de clôtures électriques dans le secteur de base en 2001.
Grizzly adolescent mâle au pied d'une pente de ski à Lake Louise, avant l'installation de clôtures électriques dans le secteur de base en 2001.
© Parcs Canada/Hal Morrison/Collection de diapositives du PNY

Pour que les ours demeurent à l'état sauvage dans l'écosystème, notre premier objectif consiste à empêcher l'accoutumance.

En cas d'échec, il faut tenter de modifier le comportement de l'ours ou, en dernier ressort, recourir à la « thérapie par aversion », pour éloigner l'animal en cause.

Le but consiste à réduire les conflits qui surviennent entre les êtres humains et les ours en montrant à ces derniers comment se comporter pour ne pas se retrouver dans de telles situations conflictuelles. Dans le cadre de ce programme, on utilise des chiens caréliens et d'autres outils de thérapie par aversion, comme les fusils à balles de caoutchouc, pour amener l'ours à changer de comportement.

À l'instar de bon nombre d'autres races de chiens qui ont fait l'objet d'un élevage sélectif sur de nombreuses générations afin d'exécuter certaines tâches de façon exceptionnelle, le chien carélien se démarque par son habileté particulière à traquer, à affronter et à rabattre les grizzlis.

Il y a plusieurs années, la biologiste américaine Carrie Hunt a observé le talent naturel de ces chiens, qui proviennent d'une région située à la frontière de la Finlande et de la Russie. Cette particularité et l'espoir qu'offraient ces petits chiens de 20 kg quant à la possibilité de modifier le comportement des ours ont poussé Carrie Hunt à diversifier ses outils de gestion des ours. Ainsi, elle commença à dresser de tels chiens et à les utiliser en Amérique du Nord.

Le garde responsable de faire régner la paix entre les visiteurs et les ours (notre spécialiste des conflits entre la faune et les gens) jugeait que les conditions particulières du parc motivaient le recours aux services de Carrie Hunt et de son équipe de maîtres-chiens pour un contrat de courte durée. Cette campagne visait plusieurs ours dénaturés qui fréquentaient l'avant-pays autour de l'agglomération de Lake Louise.

Description de la campagne

Le choix du terme « campagne » est justifié en raison de la nature du programme. Il faut en effet appliquer les mesures 24 heures sur 24 pour que les ours enregistrent un message clair et univoque. Au cours des 22 jours consécutifs de la campagne, la journée sur le terrain comptait en moyenne 14 heures; les gardes ont consigné plus de 800 heures de travail. L'équipe de Carrie Hunt (comme le montre la photo) est composée de trois chiens; chacun est accompagné d'un maître qui est biologiste de formation.

Pendant trois semaines en 1999, Carrie et son équipe se sont appliquées à montrer à plusieurs ours dénaturés que l'on considérait comme « à la limite » qu'ils devaient se tenir éloignés des lieux habités (plus particulièrement de l'agglomération de Lake Louise, le terrain de camping et les installations au pied de Skiing Louise).

Les trois ours (deux ours noirs et un grizzli) portaient déjà un collier émetteur, résultat de leurs antécédents en matière de rencontres avec les êtres humains. Ils étaient donc faciles à repérer par télémétrie.

Des limites ont été fixées autour des zones à fréquentation élevée. Aussitôt qu'un des ours portant un collier émetteur outrepassait une de ces limites, les chiens caréliens, leurs maîtres et les gardes partaient à sa poursuite pour le rabattre au-delà de cette frontière invisible, lui signifiant ainsi péremptoirement : « NON, tu ne peux pas rester ici, mais tu as ta place là-bas ».

Les chiens amenèrent les ours à comprendre que le fait de pénétrer dans un secteur habité par l'homme avait des résultats négatifs pour eux. Les ours avaient le choix : affronter ces chiens qui aboient et ces gens qui hurlent ou trouver refuge dans leur domaine vital.

Selon cette approche, les chiens sont rarement détachés et, lorsqu'ils le sont, ils ne poursuivent les ours que sur une distance très courte au-delà de la « limite ».

En montrant aux ours qu'ils ne peuvent se trouver là où il y a des gens, ils peuvent adopter des comportements adéquats, ce qui réduit les risques de conflits avec les êtres humains, au présent et dans l'avenir. Ce principe est particulièrement important pour les femelles qui apprennent à leurs petits à dénicher nourriture et abri et aussi à esquiver les « gros ours ». Dans ce contexte, les chiens caréliens font partie de ces « gros ours ».

Le recours aux chiens à ours et à d’autres moyens de conditionnement par aversion est davantage une solution réactive au comportement indésirable démontré par un ours qu'une méthode proactive. Toutefois, plus nous intervenons tôt et de façon régulière à l'égard d'un ours récalcitrant, plus nous avons de chances que le message soit compris et accepté.

Qu’est-il arrivé aux trois ours qu’on a conditionné en 1999?

Avant l’arrivée des chiens à ours, les gardes avaient soumis la jeune grizzly au conditionnement par aversion. Dans les premiers temps, elle semblait éviter les gens. Elle avait fait sa tanière au-dessus de Lake Louise et en est sortie avec un seul ourson en 2000. Elle a commencé à élever son petit dans la région de Lake Louise, qui est très fréquentée par les gens. Elle traversait régulièrement la voie ferrée et la Transcanadienne. Bien qu’elle était docile, son manque de méfiance à l’égard des êtres humains représentait un danger non seulement pour ces derniers mais aussi pour elle-même. Les gardes qui n’arrêtaient pas de la chasser de l’agglomération, continuaient aussi son conditionnement par aversion. Son ourson a disparu au début de l’été. Elle a hiberné et survécu l’hiver suivant. En 2001, elle est sortie de sa tanière avec deux nouveaux petits. En septembre, elle a péri sur la voie ferrée près de la promenade de la Vallée-de-la-Bow. Ses oursons ont survécu et hiberné l’hiver suivant. En 2002, la jeune femelle d’un an a été tuée sur la Transcanadienne. Son frère a survécu et a fait sa tanière dans les environs du lac O’Hara, mais en 2003, il a été dévoré par un grizzly adulte près de Lake Louise. Des deux ours noirs, l’un malheureusement, continuait à chercher de la nourriture de gens. Il a quitté le parc et on l’a abattu en Alberta pendant qu’il était en train de fouiller dans des poubelles. L’autre a été frappé et tué par un véhicule à l’extrémité est de l’avenue Banff (dans la ville) en 2003.

Pour en apprendre davantage sur le programme Partenaires dans la vie (Partners In Life) de Carrie Hunt, visitez le site Web : http://www.beardogs.org/ (en anglais seulement).