La gestion des ours - Parcs nationaux des Rocheuses

Thérapie par effarouchement : Un exemple au terrain de camping

Les ours peuvent errer dans les terrains de camping ou leurs abords à n'importe quel moment.
Ours dans un terrain de camping
© Parcs Canada/PNY CD 2871 #35

En cherchant ses aliments naturels, un ours peut facilement passer près d’un camping, ou même le traverser. Malheureusement, les ours qui sont attirés par la nourriture ou les déchets mal rangés, ou qui sont nourris par les gens, associent la nourriture aux aménagements touristiques et aux gens. Alors ils deviennent des « problèmes ». Pour protéger le public, ces ours finiront par être abattus, et c’est l’écosystème qui subit des pertes.

En 1991, Parcs Canada inaugurait une technique qui s’appelle « conditionnement du dégoût », dans le but de corriger le comportement des ours qui causaient des problèmes. Cette technique intensive et coûteuse ne convient pas à tous les ours et ne réussit pas toujours. Les ours dangereux doivent être abattus.

Le récit qui suit explique l’utilisation de la technique du conditionnement par aversion, et les leçons apprises aux débuts de son application.



1997

16 h, le 28 juin 1997 :

Un ours noir s’approche tranquillement d’un des emplacements dans le camping du Mont-Protection. À son approche, les campeurs en plein repas se réfugient dans leur voiture. L’ours s’approche et finit le repas sur la table de pique-nique. Ensuite il examine la tente, en déchirant la toile. Les campeurs donnent une description de l’ours : sa fourrure est blond/cannelle, avec une bande foncée près des yeux. Ce secteur du camping est temporairement fermé pour protéger les campeurs, on installe des pièges à fosse et dans les autres secteurs du camping, on affiche des mises en garde contre les ours.

Notre premier objectif est d’éviter dès le début que les ours fassent un lien entre la nourriture, les gens et les campings.

21 h 30, le 29 juin :

Un ours noir entre dans le camping voisin (du Mont-Castle) et fait descendre une tente qui abrite un campeur. Un garde de parc effectuant une patrouille ordinaire observe l’incident et chasse l’ours avec son camion, tout en klaxonnant. Le campeur n’est pas blessé, mais la tente est endommagée. L’ours ressemble à celui décrit durant l’incident du jour précédent au camping du Mont-Protection.

Plus tard le même jour, on rapporte un second incident semblable, au camping du Mont-Castle. Il n’y a pas de blessés, mais on ferme le camping et on pose des pièges à ours en forme de buse dans les campings du Mont-Protection et du Mont-Castle, sur les emplacements où les incidents ont eu lieu.

1er juillet :

Au camping du Mont-Protection, on piège un adulte mâle, pesant 82 kg avec fourrure blond/cannelle et une bande foncée près des yeux. L’ours ne porte aucun collet au cou et n’a pas de plaquette à l’oreille; ce n’est donc pas un ours connu des gardes de parc. On décide de tenter de modifier son comportement dans le but de restaurer ses tendances méfiantes normales, et le conserver dans l’écosystème. On prépare un plan de conditionnement du dégoût et une stratégie pour communiquer à l’ours que les campings sont des zones interdites. Une première composante de cette stratégie est le processus d’une mise en liberté avec conditionnement du dégoût près d’un site où l’ours a causé des problèmes. Durant une mise en liberté avec conditionnement du dégoût, le secteur est fermé pour assurer la sécurité des gens.

Le programme du conditionnement du dégoût

Lorsqu'on vise avec soin, les balles en caoutchouc  font mal mais elles ne blessent pas les ours adultes.  Dans certains cas, on utilise cette méthode pour effaroucher les ours aux endroits où ils pourraient causer des problèmes et devenir un danger public.  L'entreposage proactif de nourriture et de déchets dans des contenants à l'épreuve des ours aide à éviter la nécessité de recourir à l'effarouchement.
Balles en caoutchouc
© Parcs Canada/Hal Morrison/Collection de diapositives du PNY
  • On tranquillise l’ours, ce qui permet de l’examiner, de le peser, de le marquer d’une plaquette à l’oreille et de lui poser un collet-émetteur. Le collet permet la surveillance télémétrique, et la plaquette à l’oreille facilite l’identification visuelle de l’ours.
  • On transporte l’ours dans le piège à ours en forme de buse pour qu’il se remette des effets des tranquillisants, et il passe la nuit dans le camping fermé.
  • Le 2 juillet, on reproduit une scène de camping typique, avec deux tentes, des glacières et des ustensiles de cuisine sur les tables de pique-nique, et des voitures. Le camping ressemble donc au camping qui a récemment attiré l’ours.
  • On explique au personnel du parc présent (neuf gardes de parc) ce qu’ils doivent faire et les précautions à prendre pour la sécurité de l’ours et des gens. Quelques gardes de parc cachent leurs uniformes, pour éviter que l’ours apprenne à éviter les gardes de parc seulement.
  • On procède à la mise en liberté avec effarouchement, pour former chez l’ours une association entre les campings et toutes sortes d’expériences déplaisantes. Les gardes se mettent à crier et lancent des pétards. Des balles en caoutchouc donnent aussi à l’ours un message pénible : les campings sont des endroits fort désagréables. (Pour réussir, ces expériences désagréables doivent être plus fortes que les expériences positives précédentes, où l’ours a associé le camping à la récompense de la nourriture.)
  • Aussitôt que l’ours entre dans la forêt hors du secteur du camping, toutes les interventions des gardes de parc doivent cesser. Ceci indique à l’ours les frontières du camping et il apprend qu’il est en sécurité hors du camping. Si l’ours revient, on le chassera de nouveau pour qu’il apprenne sa leçon.

Le 11 juillet :

On permet aux gens d’occuper le camping et on surveille attentivement l’ours. On enregistre sa position 72 fois par télémétrie et on l’observe directement plusieurs fois avant qu’il prépare sa tanière pour l’hiver. Durant cette période, on n’enregistre aucune observation, directe ou par radiorécepteur, à moins de 1,5 km d’un camping. Donc il semblerait que l’ours tente d’éviter les campings dans ses déplacements. On l’observe près de la route à plusieurs reprises, mais il ne tente jamais d’obtenir de nourriture et ne démontre aucun signe d’agression. On le surveillera de près dès sa sortie de la tanière au printemps de l’an 1998. Si l’ours démontre des comportements nondésirables, on le fera doubler son cours de conditionnement du dégoût.

1998

L’ours ne s’approche pas des campings du Mont-Protection et du Mont-Castle, mais il visite malheureusement d’autres campings plus loin où il ne subit pas de conditionnement du dégoût. Il est pris au piège et transporté dans un endroit éloigné du parc national Kootenay. Là, il reprend ses mauvaises habitudes : il entre dans le village de Radium où il mange des déchets. On lui prépare un piège, mais il se rend à Banff où il se retrouve de nouveau dans les poubelles. Enfin, il est pris au piège et on doit l’abattre.

Ce qu’on vient d’apprendre :

Depuis 1997, le personnel du parc a utilisé la mise en liberté avec effarouchement plusieurs fois, avec des résultats divers. La thérapie par effarouchement est une mesure réactive qu’on utilise comme dernier recours pour conserver l’animal dans l’écosystème. Pour être efficace, la technique doit être appliquée de façon très consistante. D’autres facteurs qui influencent les résultats sont le caractère de l’ours, la durée de son comportement indésirable et sa tolérance pour la présence humaine quand il recherche une récompense de nourriture.

La nourriture naturelle des ours varie selon les saisons et exige des déplacements sur un vaste territoire. Pour survivre, les ours doivent se souvenir des endroits où ils ont déjà trouvé de la nourriture. Donc il peut suffire d’un seul cas de nourriture nonappropriée (déchets, etc.) pour qu’il devienne un problème. Il faut donc voir à ce que les ours n’arrivent jamais à obtenir de la nourriture humaine ou des déchets. C’est là l’essentiel pour assurer leur protection. Ceci protège aussi les gens.

Consignes essentielles pour les campeurs!

Il est essentiel que les campeurs ne laissent jamais traîner de nourriture ou déchets qui peuvent attirer les ours.
Ours attiré par les déchets
© Parcs Canada/CD 2871 #88

Soyez proactif. Prenez quelques minutes pour mettre votre camping à l’épreuve des ours :

  • Rangez tous les objets susceptibles d’attirer les ours dans le coffre de votre voiture, ou dans votre caravane (mais non pas dans les tentes-remorques), ou bien dans des casiers à l’épreuve des ours. Substances qui peuvent attirer les ours : la nourriture des gens ou des animaux de compagnie, les bols de nourriture d'animaux, les poêles et les grils, les bouteilles et les boîtes de conserve vides, les insectifuges, les écrans solaires, le dentifrice, les articles de toilette, et les lavettes de vaisselle. Les glacières, les tentes et les tentes-remorques ne sont pas à l’épreuve des ours.
  • Ne préparez jamais de repas dans la tente, et ne placez jamais de nourriture dans la tente ou dans la tente-remorque.
  • Ne laissez jamais la nourriture (y compris la nourriture et les bols des animaux de compagnie) ou les déchets dans votre camping sans les avoir rangés à l’épreuve des ours. Il est illégal de laisser ces articles à la portée des animaux.
  • Jetez l’eau de vaisselle dans les endroits prévus à cette fin, et non pas près de votre camping.
  • Surveillez toujours vos enfants.
  • Si vous voyez des objets susceptibles d’attirer les ours dans les campings voisins, informez gentiment vos voisins ou avertissez immédiatement le personnel des parcs.

Si vous voyez un ours dans le camping :

Restez calme :

  • Si le temps le permet, rangez rapidement votre nourriture hors de la portée des ours.
  • Restez ensemble et trouvez refuge dans une voiture.
  • Avertissez les autres campeurs et le personnel du parc.
  • Restez dans votre voiture et attendez le départ de l’ours.
  • On ne s’approche JAMAIS des ours, même en voiture.