La gestion des ours - Parcs nationaux des Rocheuses

La gestion des ours aux parcs nationaux des Rocheuses

Stratégie de protection des ours grizzly

Extrait du plan directeur du parc national du Canada Banff

5.6.2 Cadre pour la conservation du grizzli

Les organismes responsables de la gestion du grizzli dans l’écosystème du centre des Rocheuses en Alberta, en Colombie-Britannique et dans les parcs nationaux se sont fixé un objectif commun : empêcher le déclin de la population de grizzlis. La réalisation de cet objectif risque de devenir de plus en plus difficile étant donné que les grizzlis qui habitent la partie de l’écosystème du centre des Rocheuses située en Alberta (dont le parc national Banff) se trouvent au cœur de l’un des paysages les plus aménagés de l’Amérique du Nord parmi ceux toujours fréquentés par ces animaux. De plus, l’écosystème comporte des caractéristiques naturelles, comme les rochers et les glaces, qui fragmentent l’habitat du grizzli. De vastes aménagements linéaires, par exemple des routes et des voies ferrées, sont installés au fond des vallées et aggravent la fragmentation de l’habitat, en plus de causer un stress important aux populations de grizzlis.

Depuis 1994, Parcs Canada participe, en collaboration avec d’autres organismes et gestionnaires de terres, au Projet sur le grizzli des versants Est, dirigé par l’Université de Calgary. D’après l’analyse démographique des données recueillies dans le cadre de cette étude, cette population d’ours est caractérisée par l’âge avancé auquel les animaux commencent à se reproduire, la petite taille des portées, le grand espacement de ces dernières et le taux de reproduction le plus faible de toutes les populations de grizzlis de l’Amérique du Nord. Le taux de survie des femelles adultes est élevé, soit entre 95 et 96 %; cette situation est attribuable aux efforts concertés et intensifs accomplis par les gestionnaires pour préserver la vie des femelles, malgré les problèmes causés par l’activité humaine sur leur territoire.

Parcs Canada entend adopter une approche proactive afin d’élaborer une stratégie et de prendre des mesures qui permettront d’empêcher le déclin de la population de grizzlis. L’Agence et les gestionnaires des terres adjacentes travailleront de concert à l’atteinte d’objectifs communs.

Les ours peuvent plus facilement éviter les gens lorsque ces derniers adoptent un comportement prévisible dans la pratique de leurs activités. En effet, lorsque les endroits et les périodes propices à l’activité humaine deviennent plus prévisibles, on constate une diminution du nombre de rencontres entre ours et humains, d’ours tués par des humains et d’humains blessés par des ours. La stratégie de gestion de l’activité humaine joue donc un rôle important dans l’amélioration de la conservation du grizzli.

D’importantes recherches sur le grizzli ont été menées en Amérique du Nord. Elles ont permis la création d’un certain nombre de concepts et d’outils d’analyse qui facilitent l’adoption d’une gestion efficace tenant compte du grizzli : efficacité de l’habitat, zones sûres, aires propices à la reproduction, zones de verdure, fonction de sélection des ressources, etc. Les recherches se poursuivent et notre compréhension des outils d’analyse s’améliore toujours, même si nous nous servons déjà des résultats obtenus. Parcs Canada entend appliquer les principes découlant de ces outils là où la situation du parc national Banff le justifie, en plus de s’affairer à maintenir la viabilité de la population de grizzlis.

L’habitat du grizzli est considéré comme sûr là où les animaux risquent peu de rencontrer des gens. Dans un tel habitat, les ours peuvent se nourrir sans trop subir de perturbations d’origine humaine et ils conservent ainsi un comportement méfiant. L’écosystème du centre des Rocheuses subit depuis de nombreuses décennies des pertes importantes d’habitat sûr, notamment dans les limites du parc national Banff. Cette situation est due principalement à la fragmentation de l’habitat, elle-même causée par l’amélioration de l’accès au parc et par l’activité humaine de plus en plus étendue qui en a découlé.

Le tableau 1, qui figure à la page 52 du plan directeur de 1997, fixe des objectifs en matière d’efficacité de l’habitat. En effet, Parcs Canada veut éviter que l’habitat, dans tous les secteurs du parc, perde encore davantage de son efficacité; l’Agence espère également accroître cette efficacité, en particulier dans les aires propices à la reproduction.

On a repéré dans le parc national Banff trois secteurs abritant une forte concentration de grizzlis femelles (aires propices à la reproduction) : le secteur de la vallée de la Pipestone, de la vallée du Baker et de la vallée Skoki, le secteur de la vallée Flints Park et le secteur de la vallée du cours intermédiaire de la Spray. L’activité humaine fera l’objet d’un contrôle plus direct à ces endroits qu’ailleurs dans le parc. Nombre des mesures mentionnées dans la stratégie de gestion de l’activité humaine (voir sections suivantes) sont axées sur l’amélioration de la sécurité et de l’efficacité de l’habitat.

Objectif stratégique

Empêcher le déclin de la population de grizzlis et préserver sa viabilité dans le paysage régional par l’entremise d’une gestion conjointe de la mortalité imputable aux humains, de l’utilisation du territoire par les humains et de l’état du territoire. Les mesures prises par Parcs Canada contribueront à assurer, à long terme, la longévité d’une population saine de grizzlis.

Objectifs


  • Réduire le plus possible les rencontres entre ours et humains pouvant entraîner l’accoutumance du grizzli.
  • Empêcher les humains d’éloigner les ours de leurs principales sources de nourriture.
  • Réduire au minimum la mortalité d’ours imputable aux humains ainsi que le nombre d’humains blessés par des ours.
  • Faire preuve de leadership et travailler en collaboration avec les gestionnaires de terres situées dans l’écosystème du centre des Rocheuses à la protection continue des grizzlis et d’un écosystème fonctionnel.

Principales mesures

  1. Mettre l’accent sur la diminution de la mortalité imputable aux humains des femelles adultes et sous-adultes; assurer la sécurité de ces dernières pour améliorer le taux de survie et le recrutement des oursons et le potentiel reproductif du grizzli, tout en favorisant l’introduction d’une progéniture plus méfiante.
  2. Continuer de s’efforcer d’abaisser le taux de mortalité d’origine humaine chez la population de grizzlis au-dessous de 1 % par année (voir section 3.11). D’autres indicateurs sont donnés à la section 5.6.3, principale mesure no 26.
  3. Réduire le nombre de rencontres entre grizzlis et humains afin de diminuer les possibilités d’accoutumance des ours, la mortalité imputable aux humains et le nombre d’humains blessés par des ours.
  4. Mettre en œuvre des stratégies de gestion dans les trois secteurs à forte concentration d’ourses dans le but global d’augmenter le nombre total d’ours méfiants. Les mesures prises permettront d’améliorer la qualité de l’habitat, l’accès à l’habitat et la sécurité des ours, de réduire au minimum les épisodes de perturbation d’origine humaine et d’améliorer le plus possible l’accès à l’habitat dans toute la région.
  5. Empêcher que l’habitat ne perde encore davantage de son efficacité et travailler à accroître cette efficacité, en particulier dans les secteurs les plus fréquentés par les femelles. Il faudra notamment procéder à la restauration de l’habitat et gérer l’incidence de l’activité humaine.
  6. Rendre les domaines vitaux des grizzlis plus sûrs et permettre aux ours de se nourrir relativement à l’abri des humains afin de favoriser l’adoption des comportements méfiants encouragés.
  7. Continuer de travailler, en collaboration avec les gestionnaires des terres adjacentes, au maintien et, si possible, à l’amélioration des liens entre cette population de grizzlis et les populations environnantes; pour ce faire, il faudra préserver un territoire sûr et accessible comportant des liens physiques de qualité permettant la dispersion.
  8. Dans le cadre de l’élargissement de la Transcanadienne, mettre en place des mesures d’atténuation visant à faciliter la circulation des animaux sauvages et à réduire leur taux de mortalité.
  9. Appuyer les programmes de sensibilisation du public et d’interprétation pour que les visiteurs du parc apprennent à mieux comprendre l’incidence de leur comportement sur le grizzli.
  10. Continuer de surveiller la population de grizzlis en collaboration avec d’autres organismes et élaborer une stratégie de surveillance à long terme garantissant la prise de mesures qui favoriseront la viabilité à long terme de cette espèce.
  11. Mettre en œuvre les changements mentionnés dans la stratégie de gestion de l’activité humaine afin d’améliorer la sûreté et l’efficacité de l’habitat, ainsi que le taux de survie des grizzlis.